05/01/2012

Giorgio Scerbanenco, Les Enfants du Massacre, tragique jeunesse

9782743622831FS.gifLorsque j'avais lu la première version des Enfants du Massacre de Giorgio Scerbanenco, édité dans la collection 10/18 Grands Détectives, j'avais été frappé par l'actualité du sujet et par la modernité du texte, car il faut savoir que ce roman avait été écrit en 1968. Il s'agissait de l'avant-dernier opus de la série mettant en scène Duca Lamberti.

Drôle de parcours pour ce personnage radié de l'Ordre des médecins et condamné à trois ans de prison pour euthanasie après avoir cédé à la demande d'une patiente souffrant d'un cancer en phase terminale. Au fil des récits, Duca Lamberti passera par le statut d'enquêteur privé,  avant d'intégrer la Questure de Milan avec l'appui du Commandant Carrua. Malgré son statut de policier, ses collaborateurs persisteront à l'appeler Dottore faisant preuve d'un immense respect pour cet homme atypique.

Beaucoup considèrent les Enfants du Massacre comme étant le meilleur roman de la série et je ne peux que confirmer ce choix. L'histoire débute dans une salle de classe déserte devenue la scène d'un crime abominable et abjecte après qu'une enseignante aient été violée et massacrée par ses 11 élèves du cours du soir. Bouleversé, Duca Lamberti va procéder à l'interrogatoire de ces jeunes adolescents en rupture sociale pour établir la responsabilité de chacun. La loi du silence va rendre son travail difficile et il devra faire preuve de tout son talent d'enquêteur pour établir la vérité qui n'est pas forcément celle que l'on croit. Enquête d'autant plus difficile pour Duca Lamberti qui sera confronté à la douleur de la perte de sa nièce âgée de 2 ans.

Bonne idée pour Rivage/Noir d'avoir réédité la série Duca Lamberti qui bénéficie d'une nouvelle traduction. La trame sociale reste toujours le moteur principal des récits avec en toile de fond cette violence terrifiante au cœur d'une Italie en pleine expansion. La modernité du texte provient également de sujets très forts, comme la délinquance juvénile, que Scerbanenco dénonçait déjà dans les années 60 et qui reste toujours un des sujets principales de l'actualité.

Il y a aussi cette grande ville de Milan, monstre tentaculaire, que Scerbanenco s'attache à nous décrire au fil de ses romans. La cité, personnage à part entière, tantôt attachante, tantôt repoussante, mais toujours pleine d'un certain charme mélancolique devient le théâtre tragique des enquêtes de Duca Lamberti.

Dans la foulée, Rivage/Noir a également édité le dernier récit des enquêtes de Duca Lamberti, les Milanais Tuent le Samedi qui, sans être du même calibre que les Enfants du Massacre, reste un roman extrêmement sombre qui traite de la problématique de la prostitution avec la disparition et la mort d'une jeune femme souffrant d'une déficience mentale.

Venus Privée et Ils Nous Trahirons Tous, sont les deux premiers romans de la série Duca Lamberti et ont également été réédité aux éditions Rivages/Noir. Sombres intrigues, société en pleine mutation, crimes sordides, ce sont les principaux éléments des récits de Giorgio Scerbanenco qui font que cet auteur est devenu l'un des grands maîtres du polar italien.

Planqués au fond des rayonnages les plus élevé de ma bibliothèque j'ai eu tout de même du plaisir à retrouver les éditions 10/18 de ces 4 romans dont la typographie surannée rend le texte peu lisible. Souvenir de lecture de jeunesse, on ne peut que saluer l'initiative des éditions Rivages/Noir d'avoir remis au goût du jour ce magnifique auteur de polar.

Bonne année et bonnes lectures

Sega

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Giorgio Scerbanenco : Les Enfants du Massacre. Editions Rivages/Noir 2011. Traduit de l'italien par Gérard Lecas.

A lire en écoutant : Madre Terra, Madre Perla de Ricardo del Fra. Album : Roses an Roots/MFA 2004.

 

 

Commentaires

Je les ai retrouvés chez des bouquinistes, et j'ai réussi patiemment à réunir la série Duca Lamberti éditée chez 10/18, mais ma curiosité avait été éveillée avant, par un autre roman de Giorgio Scerbanenco intitulé en français "Naïves auto-stoppeuses", qui racontait la cavale de deux jeunes femmes à travers l'Europe, après qu'elles aient tué accidentellement leur agresseur. Comme pour "Les Enfants du Massacre", j'avais été assez surprise d'apprendre que ces romans avaient été écrits dans les années 60, car ils ont un côté sombre assez contemporain, et, détail aussi surprenant, le fait que l'auteur avait commencé à écrire des récits à l'eau de rose qui devenaient de plus en plus noirs avec le temps. J'ai acheté un recueil de ses nouvelles, des "Raconti neri", avec l'espoir de me remettre à l'italien avec quelque chose d'accessible :-)

Écrit par : Inma Abbet | 05/01/2012

Toute la série rachetée en 10/18 ! Vous êtes une passionnée ! Je vous recommande cependant la nouvelle traduction du texte chez Rivages qui me semble plus fluide. Beaucoup d'auteurs écrivaient du polar, du western ou du roman d'amour (voire les trois) pour des raisons alimentaires. Courage pour l'italien !

Écrit par : Sega | 06/01/2012

Les quatre volumes sont très bons. Je ne connaissais pas la première traduction mais celle-ci me paraît bien et tout à fait correct

Écrit par : cynic63 | 13/02/2012

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