02/08/2015

Thierry Marignac : Fasciste. Un pavé dans la gueule.

thierry marginac,fasciste,hélios noir,pierric guittaut,fn,extreme droitePlus que partout ailleurs, c’est en France que le polar et le roman noir sont devenus l’instrument d’une espèce de propagande politique entretenue par des militants de gauche et d’extrême gauche. Il ne s’agit en rien d’une critique mais d’un constat dont il faut prendre conscience en lisant les œuvres de ces écrivains reconnus avec en tête de file Jean-Patrick Manchette qui créa la mouvance de la critique sociale par l’entremise du roman noir. Il est même amusant de voir ces vieux briscards de gauche s’invectiver entre eux dans les salons du livre ou par l’entremise de la tribune des hebdomadaires en se traitant de négationniste, d’antisioniste ou autres joyeusetés à l’instar d’un Didier Daeninckx qui dresse régulièrement des procès d’intention aux accents parfois staliniens en s’en prenant aux écrivains qui n’entreraient pas dans le moule. C’est beaucoup moins amusant lorsque l’on sait que certains auteurs en marge subissent les foudres d’une censure ou d’un silence médiatique parfois assourdissant comme le révèle des auteurs comme Pierric Guittaut  ou Thierry Marignac. Ce dernier semble avoir fait les frais de cette censure lorsqu’il écrivit en 1988 son premier roman intitulé Fasciste qui fait l’objet d’une troisième réédition.

Rebelle sans cause, étudiant bourgeois achevant son service militaire, Rémi Fontevrault est un fasciste qui embrasse d’avantage la cause pour l’aura romantique du réprouvé que pour les convictions politiques de rejet. Manifs, bagarres, études bâclées, le jeune homme végète en vivant au crochet d’un père qu’il méprise. C’est en rencontrant Lieutenant et sa sœur Irène, tous deux issus d’une famille de collaborateurs que Rémi va orienter l’ensemble de ses actions en organisant le service d’ordre d’un homme politique du front national. Trafic d’armes, luttes d’influence, ratonades, Rémi et Lieutenant mettent leurs idéaux de côté pour laisser la place aux actions violentes et déterminées que même les politiques extrémistes de droite, en quête de respectabilité, doivent désormais rejeter. Quand on arrive à l’extrême de l’extrême on se retrouve au bord du vide.

Qualifié de roman culte, Fasciste est désormais présenté comme un ouvrage licencieux, voire même subversif dont la seule acquisition provoquerait un certain frisson. Une bravade de l’interdit en quelque sorte. Mais que l’on soit bien clair, Fasciste n’a rien du brûlot sulfureux que l’on veut nous décrire, bien au contraire. Certes l’auteur nous dépeint la trajectoire d’un fasciste sans pour autant décrier la démarche du personnage principal. En fait tout le postulat inconvenant du roman réside dans le fait que Rémi soit un fasciste. Et alors ? Héros ou antihéros, Thierry Marignac ne nous impose aucun jugement de valeur, aucune morale et surtout aucune démarche de rédemption et c’est tant mieux. Il semblerait que l’auteur parie finalement sur l’intelligence du lecteur. Car même s’il est beau, intelligent et cultivé, nous n’avons aucune envie d’apprécier ce jeune en rupture dont on suit la trajectoire dans une succession de scènes parfois ennuyeuses. Il est indéniable que Thierry Marignac possède une maîtrise de l’écriture qui lui permet de nous délivrer un texte fluide qui tranche avec la pauvreté de l’intrigue. On appréciera toutefois l’épisode où Rémi se rend à Belfast pour rencontrer un leader unioniste ainsi que la scène finale. Mais est-ce que tout cela est suffisant pour faire de Fasciste un roman culte ? Certainement pas.

Thierry Marignac nous explique qu’il souhaitait écrire un roman dans un registre où l’on ne l’attendait pas. Cela semble un peu court pour dépeindre le milieu de l’extrême droite et on le ressent tout au long du récit. Car Fasciste manque cruellement d’ampleur et c’est bien dommage, d’autant plus que l’on se doute bien que l’auteur en a sous la pédale. On déplorera également le manque de clarté environnementale et politique qui conduit les différents personnages vers leur destinée. Cette absence de contexte motivant l’action des protagonistes est l’une des faiblesses du roman qui perd de sa substance trash.

Il n’en demeure pas moins qu’il faut lire Fasciste, qui reste un des rares romans sans complaisance évoquant le FN et ses groupuscules d’extrême droite sans pour autant tomber dans les clichés de convenance. Et si l’on se demande ce que sont devenus les différents acteurs de l’histoire il suffit d’inscrire Fasciste dans la perspective de la démarche de dédiabolisation du rassemblement bleu marine que l’on vit actuellement en France.

Sega

Thierry Marignac : Fasciste. Editions ActuSF Hélios Noir 2015.

A lire en écoutant : Come Out and Play. The Offspring. Album : Smash (Epitaph 1994).

Commentaires

Cher Monsieur,
Je vous remercie de votre chronique. Je n'ai pas d'opinion à émettre, puisque, dès qu'il est publié, un livre appartient à ses lecteurs. Néanmoins, je me permettrai une remarque, puisque je vois cette réflexion pour la seconde fois. Au-delà de l'aspect publicitaire du label "culte" pour l'éditeur, qui se comprend tout seul, il se trouve qu'à chacune de mes publications suivantes (9 pour l'instant)des lecteurs sont venus faire signer précisément ce livre-là, et que des critiques l'ont redécouvert à intervalles assez réguliers, jusqu'à 20-25 ans plus tard, ce que vous pouvez vérifier assez facilement sur Internet. C'est ce qui justifie le "culte". Pour certains, il est "culte", un quart de siècle plus tard. Voilà tout.

Écrit par : marignac | 03/08/2015

"Et si l’on se demande ce que sont devenus les différents acteurs de l’histoire il suffit d’inscrire Fasciste dans la perspective de la démarche de dédiabolisation"
Vous voulez dire que ce sont les mêmes ? Pourtant, avec ce qui se passe entre le vieux fasciste et sa fille de droite dure, certes, mais de droite, les choses paraissent différentes de ce que vous suggérez, si j'ai bien compris.

"Cette absence de contexte motivant l’action des protagonistes est l’une des faiblesses du roman". Je ne connais pas le roman, mais ce qui me paraîtrait important, c'est de comprendre pourquoi certains sont extrémistes. De gauche comme de droite, c'est évidemment le fait de déséquilibrés. Mélenchon est fou, c'est une évidence, mais aucun psychologue des profondeurs ne nous a expliqué pourquoi et comment...

Écrit par : Géo | 03/08/2015

"Aspects du drame contemporain" de C.G.Jung, qui rassemble des articles parus entre 1936 et 1945. Extraits :

"...il nous faut avouer que Wotan, pris en tant qu'hypothèse causale, est assez bien venu. J'ose même formuler l'affirmation sacrilège que le vieux Wotan, avec son caractère insondable et inépuisable, explique davantage du national-socialisme qu'ensemble les trois facteurs rationnels ci-dessus mentionnés (note: économiques, politiques et psychologiques)(...)
Wotan est une donnée germanique originelle, l'expression suprêmement vraie et la personnification inégalable d'une donnée fondamentale du peuple allemand en particulier.(...)La race germanique(couramment, aryenne), la communauté populaire germanique, le sol et le sang, les chants de Wagalaweia, les chevauchées des Walkyries, un Seigneur Jésus transformé en héros blond aux yeux bleus, la mère grecque de saint Paul, le diable devenu un Alberich international, réédité sous les traits des Juifs et des Francs-maçons, les aurores boréales d'une culture nordique, les races méditerranéennes inférieures... Tout cela constitue une mise en scène indispensable et traduit au fond un même état d'âme, la prise de possession par un dieu des Allemands, dont la demeure est hantée par un souffle puissant."

Plus loin :
"Le dieu national a attaqué le christianisme sur un large front, qu'il s'appelle en Russie "Technique et science", en Italie "Duce", en Allemagne "Croyance allemande" ou encore "Etat"

Plus loin :
"Si nous appliquons avec conséquence nos considérations, il nous faudrait conclure que Wotan devrait extérioriser non seulement son caractère fébrile, agité, brutal et tempétueux, mais aussi sa nature toute différente, extatique et divinatoire. Si cette conclusion se vérifie, le national-socialisme ne serait pas, et de loin, le dernier mot; il faudrait s'attendre, dans les prochaines années et décades, à ce que surviennent des événements procédant d'arrière-plans obscurs, et desquels, d'ailleurs, nous pouvons encore mal nous faire une idée à l'heure actuelle. Le réveil de Wotan est un recul et une régression; le flot, se heurtant à un barrage venu l'obstruer, a de nouveau fait irruption dans son ancien lit. Mais l'accumulation des eaux ne peut durer éternellement; elle constitue un "recul pour mieux sauter" et les flots finiront par déborder par-dessus l'obstacle. Alors se manifestera ce que Wotan "murmurait à la tête de Mimir".

Ceci a été écrit en 1936...

De plus, lors d'une émission sur la confrontation Hindenburg - Hitler sur Arte, on a vu Hitler lors de l'enterrement de son rival lui dire dans son discours funèbre : "Tu peux rejoindre le Wahlala..." (paradis des guerriers germaniques).

Écrit par : Géo | 04/08/2015

En pensant aux toutes jeunes générations, celle qui n'ont rien connu de la seconde guerre mondiale et avouent, certains, s'en moquer franchement...

A propos de l'image d'Adolf Hitler évoquant le paradis des guerriers germaniques pourquoi, aujourd'hui, ce silence à propos de la secte de Thulé à laquelle il appartenait: occultisme, magie noire avec "sexualité" démoniaque correspondant?!

D'autre part, jusque dans l'un ou l'autre de ses écrits Jung était antisémite et bien avant sa rupture avec Freud, Freud "pénétrant" comme on sait percevait nettement en cet interlocuteur, Jung, qu'il voulait cependant faire pour la psychanalyse son héritier l'antisémitisme couvant sous les "objections" ce qui donnait alors à Jung le moyen de traiter Freud de paranoïaque!

Écrit par : Myriam Belakowsky | 04/08/2015

Quelqu'un d'antisémite aurait-il écrit ceci :

C.G Jung, 1945, Aspects du drame contemporain
(Article paru dans la « Neue Schweizer Rundschau »)

« Les événements qui se sont déroulés en Allemagne et la dévastation morale de toute une génération d’un peuple qui compte 80 millions d’habitants constituent pour tout Européen un rude coup. On pouvait jadis reléguer de telles horreurs dans la lointaine Asie… Qu’un membre de la famille culturelle européenne ait pu en arriver aux camps de concentration, jette sur tous les autres une lumière troublante. Car enfin, qui sommes –nous pour nous imaginer qu’une chose pareille soit absolument impossible chez nous ? Multiplions pour un instant la population suisse par vingt, et nous voilà 80 millions d’âmes. Du même coup, l’intelligence de notre opinion publique et notre morale civique s’en trouveraient divisées d’autant, en raison de l’influence catastrophique qu’a, au point de vue spirituel et moral, toute accumulation grégaire, toute agglutination en masses.

Cela est la base même des crimes collectifs, et il ne faut rien moins qu'un miracle qu'il ne s'en produise point. Croyons-nous sérieusement que nous en aurions été préservés, nous qui avons parmi nous bon nombre de traîtres et de psychopathes politiques ?
Avec horreur nous avons pris conscience de tout ce dont l'homme est capable et de ce dont nous aurions été capables aussi. Depuis lors, un affreux doute en l'humanité nous tenaille, en cette humanité dont nous sommes faits et dont nous sommes une parcelle. Certes pareille dégénérescence suppose la réalisation de certaines conditions préalables, dont la principale est l'accumulation de masses citadines, industrialisées, c'est-à-dire occupées à des travaux spécialisés et monotones, masses humaines déracinées qui ont perdu les instincts les plus sains, jusqu'à l'instinct de conservation.

En effet, dans la mesure où l'on attend de l'Etat protection et sollicitude, l'instinct de conservation se perd, ce qui est un symptôme alarmant. Tout attendre de l’Etat,cela signifie qu’on attend tout des « autres » au lieu de compter sur soi. Chacun s’appuie sur l’autre, dans un faux sentiment de sécurité. Car pour être dix mille à s’accrocher les uns aux autres, on n’en est pas moins suspendu dans les airs, avec la seule différence que l’on ne ressent plus l’insécurité qui vous entoure. Compter toujours davantage sur la protection de l’Etat n’est pas de bon augure, car cela signifie que le peuple est en train de se transformer en un troupeau de moutons, qui escomptent toujourd que les bergers les conduiront sur de gras pâturages. Mais bientôt la houlette devient règle de fer et les bergers se changent en loups. Ce fut un spectacle pénible que d’assister au soupir de soulagement que poussa l’Allemagne tout entière lorsqu’un psychopathe atteint de la folie des grandeurs lui déclara : « Je prends sur moi l’entière responsabilité ». Quiconque a encore en apanage un instinct de conservation intact sent parfaitement que seul un imposteur peut prétendre vouloir le soulager de toute sa responsabilité. Un homme sain d’esprit songera-t-il à prendre la responsabilité de l’existence d’autrui ? Quiconque promet tout ne tiendra rien, et quiconque promet trop court le danger d’en venir aux expédients pour tenir ses promesses, ce qui le met sur la pente de la catastrophe. L’extension continuelle de la prévoyance étatisante est, certes, en un sens très belle, mais elle donne d’autre part fort à penser, car elle escamote la responsabilité individuelle et produit des caractères infantiles et moutonniers. Elle s’accompagne en outre du danger que les gens irresponsables n’exploitent finalement les hommes capables, comme cela s’est produit en Allemagne sur une vaste échelle. Il faut veiller, coûte que coûte, à ce que soit préservé l’instinct de conservation du citoyen ; car l’homme privé des racines nourricières de ses instincts devient la proie des vents. Il n’est plus qu’un animal malade, démoralisé et dégénéré, et ce n’est qu’à travers une catastrophe qu’il a une chance de recouvrer la santé.

Vraisemblablement une légende inventée par les freudiens. Les chapelles des grands hommes sont presque par définition constituées d'individus parfaitement imbuvables. En premier lieu les chrétiens, par exemple et au hasard...

Écrit par : Géo | 11/08/2015

Géo

Sans vouloir vous contredire l'homme coupé non seulement de ses racines mais de lui-même tombe malade... On ne saurait assez recommander la lecture, par Thomas D'Ansembourg, Les Editions de L'homme :CESSEZ D'ETRE GENTIL SOYEZ VRAI! Etre avec les autres en restant soi-même (livre "seau d'eau lancé pour nous réveiller de notre inconscience".

Il est aujourd'hui de bon ton et parfaitement reconnu, c'est une carte de visite prometteuse! d'enfoncer Freud mais ceux qui ont entrepris ce processus dit de psychanalyse ce à "long terme" ("Connais-toi toi-même et tu connaîtras (...) savent reconnaître de Freud ce qui est indiscutable (sans oublier le retour de Lacan ou la fidélité de Dolto à Freud):
notamment que la remontée de l'inconscient jusqu'au conscient des traumatismes sexuels de la petite enfance est extrêmement longue.

Jung, génial, était malheureusement indiscutablement antisémite et d'un antisémitisme "religieux" parfaitement notoire concernant ces milieux protestants de Jung fils de pasteur.

Ce qui permet aux antisémites d'aujourd'hui, par le moyen de Jung, entre autres, de "remonter en surface"!

Écrit par : Myriam Belakowsky | 12/08/2015

"Jung, génial, était malheureusement indiscutablement antisémite" Plutôt que ce genre d'affirmations, merci de bien vouloir nous citer des textes où cela apparaîtrait...

Écrit par : Géo | 12/08/2015

Géo: vous qui êtes si sûr de vous, informez-vous.

J'ai, si l'on peut dire, d'autres chats à fouetter mais apprenez que, jamais au grand jamais, une personne sensée ne se permettrait d'écrire en blogosphère ce que de moi vous citez sans être sûre de son fait.

Écrit par : Myriam Belakowsky | 12/08/2015

Autrement dit, vous êtes sûre de votre fait mais vous n'avez rien pour le démontrer. On va en rester là...

Écrit par : Géo | 12/08/2015

@ Géo: Je suis parfaitement sûre de mon fait.
Un commentaire envoyé sur ce blog sera assurément publié avec une citation de Jung à propos de l'"inconscient aryen qui a un potentiel plus élevé que celui des juifs"! in Zentralblatt für Psychothérapie datant de 1934.

Quelques brèves autres lignes en vous priant Géo d'éviter la provocation car j'ai à côté de moi un extrait des Propos de table de Luther qui font dire à l'auteur de la citation: "Patience, patience Luther! Hitler viendra": (Jésus et Israël, Jules Isaac, Fasquelle

Merci à Cédric Segapelli de me rendre justice en publiant les deux commentaires concernés.

En revanche, en l'occurrence, Géo, je ne vous répondrai plus sans que cela signifie le moins du monde que j'accepte vos propos.

Respectons le travail sérieux des auteurs de blogs.

Écrit par : Myriam Belakowsky | 12/08/2015

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