11/12/2011

KEN BRUEN : CALIBRE, LONDON CALLING

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Toujours réjouissant de se plonger dans un livre de Ken Bruen et particulièrement lorsqu'il remet le couvert avec la série Roberts & Brant (R&B, ça ne s'invente pas !). C'est comme de recevoir une bonne beigne en pleine gueule après s'être enfilé un bon whisky bien tassé dont la brûlure vous arrache les tripes. Ca vous secoue.

Avec Calibre, Ken Bruen ne déroge pas à la règle en mettant en scène un serial-killer fan de Jim Thompson et particulièrement de son livre Le Démon dans la Peau. L'homme a décidé de trucider toutes les personnes mal élevées qu'il croise sur son chemin. Et à Londres, ce n'est pas le boulot qui manque.  L'inspecteur Roberts, flic gay en plein ascension, accompagné du sergent Brandt, un des flics le plus tordu du sud-ouest de Londres (et peut-être même d'Angleterre) sont chargés de l'affaire depuis que le tueur s'est décidé à relater ses « leçons de politesse » à la presse et à la police. Une grave erreur quand l'on sait que d'avoir le sergent Brant sur le dos équivaut à se coltiner la peste et le choléra réunis. Encore un truand qui va l'apprendre à ses dépends.

Vous voulez une intrigue linéaire, logique, bourrée de rebondissements ! Passez votre chemin ! Avec Ken Bruen, on lit du pulp à l'état pur. Dialogues ciselés, flics déjantés et truands pittoresques. Vous voulez une description des quartiers populaires de Londres ! Payez-vous un guide et prenez un  billet d'avion. Pour ce genre de littérature, on passe à l'essentiel, avec des scènes rapides et condensées. Et si vous voulez de la morale, vous la trouverez sûrement au fond de la cuvette des toilettes d'un des pubs favoris que fréquente le sergent Brant.

Dans ce nouvel opus de la série R&B, une pluie d'hommages pour Jim Thompson, Charles Willeford, Nick Tosh, Chandler et bien d'autres encore. Le livre est également bourré de référence aux  histoire d'Ed McBain et à son personnage fétiche du 87ème district : Steve Carella. Il faudra bien un jour que Ken Bruen se détache un peu de tout cela car ses personnages et ses romans n'ont rien à envier à ces grands auteurs. Ken Bruen est un écrivain de talent qui est encore bien trop méconnu en Suisse. Gageons que cela ne durera pas !

Savourez ce récit complètement barré avec des histoires secondaires hautes en couleur qui donnent encore plus de sel à l'ensemble du roman. Un souffle d'animalité, de nervosité et d'irrévérence pour Calibre, à l'image de la chanson la plus célèbres des Clash : London Calling.

SEGA

 

Ken Bruen : Calibre. Editions Série Noire/Gallimard 2011. Traduit de l'anglais (Irlande) par Daniel Lemoine.

A lire en écoutant : London Calling - The Clash - Album : London Calling/CBS Record 1979

 

 

 

 

13:30 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs B, Irlande, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : ken bruen, calibre, londres, brant | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

09/09/2011

FUREUR NOIRE : TONINO BENACQUISTA, LES MORSURES DE L'AUBE

 

La Fureur de Lire aura lieu du 4 au 9 octobre 2001 et se parera de la plus belle des couleurs : Le noir. Fureur Noire pour cette édition placée sous le signedu polar et du roman noir avec durant toutes ces journées, soirées et même nuit blanche des cadors du genre qui vont truster la place littéraire. Un programme ch66227159_p.jpgargé que je vous laisserai découvrir en consultant le site internet que vous pouvez trouver en cliquant ici.

Parmi toutes ces pointures, il faut citer Tonino Benacquista, écrivain et scénariste français très connu dans le milieu cinématographique pour ses collaborations fructueuses avec le cinéaste Jacques Audiard dans « Sur mes lèvres » (César du meilleur scénario) et « De battre mon cœur s'est arrêté » (César de la meilleure adaptation).

Dans le domaine littéraire j'ai une affection particulière pour son roman « Les Morsures de l'Aube » qui a été adapté par Antoine De Caunes en 2001. Antoine (personnage récurrent des premiers romans de l'auteur) et « Mister Laurence » sont deux noctambules et parasites mondains qui écument les réceptions, les bars et les boîtes de nuit parisiennes grâce à leur tchatche et la myriade de contacts qu'il ont su nouer durant leurs virées nocturnes. Pour accéder à l'une de ces soirées privées, Antoine se fait passer pour l'ami d'un certain Jordan, qu'il connaît pourtant à peine et qu'il a vaguement croisé dans un bar de la place. Mais le bluff tourne mal, car si Antoine et « Mister Laurence » parviennent à entrer, c'est pour être rapidement conduit auprès de l'organisateur de la soirée, qui les charge de retrouver ce Jordan. Pour s'assurer de leur succès, l'homme, mystérieux et inquiétant, retient « Mister Laurence » tandis qu'Antoine va devoir se lancer dans une course effrénée afin de retrouver ce mystérieux Jordan ainsi que sa sœur, l'envoutante Violette.

Une comédie sociale, un roman noir, un livre fantastique, les Morsures de l'Aube c'est tout cela à la fois, sans que l'on s'y perde, bien au contraire. On s'y sent bien ! Une belle ambiance nocturne émane des pages de cet excellent récit. L'auteur nous entraine dans ce monde de la nuit qu'il semble très bien connaître tant il est décrit à la perfection. Tonino Benacquista a su restituer cet univers particulier avec une dose équivalente de cynisme, d'humour et de mystère. Un cocktail parfait pour traverser ces nuits de bout en bout sans jamais s'ennuyer. On plongera dans ces lieux qui composent le Paris by night, mais que l'on peut retrouver dans toutes le villes du monde : Bars branchés, boîtes de nuit à la mode et rades pourris où le monde de la nuit se rassemble, s'expose et se disloque sous ces ténèbres éphémères pour éviter à tout prix la morsure de l'aube.

Tonino Benacquista sera présent lors de cette Fureur Noire, le mardi 4 octobre 2011 à 18h00 pour le vernissage de l'exposition « POLAR ET DESSINS » qui aura lieu à la salle du Faubourg. On y découvrira des planches de Tardi, Loustal, Myles Hyman et bien d'autres illustrateurs de renom.

Dans mes billets à venir, je reviendrai régulièrement sur cette manifestation littéraire en vous parlant des auteurs qui y seront présents. Il était grand temps que la Fureur de Lire vire au noir, car un livre vendu sur quatre est un polar comme le souligne dans son message d'introduction, M. Sami Kaanan, magistrat de la Ville de Genève en charge de la culture et du sport. Un chiffre à méditer...

SEGA

 

Des armées insolites

Et des ombres équivoques

Des fils dont on se moque

Et des femmes que l'on quitte

Alain Bashung, Tant de nuits

Tonino Benacquista : Les Morsures de l'Aube. Editions Rivages/Noir 1992

A lire en écoutant : Tant de nuit - Alain Bashung - Bleu pétrole.

 

 

18/05/2011

James Lee Burke : La nuit la plus longue ou le souffle de Katerina.

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"Tandis que le vent se lève et que l'eau devient plus noire, il voit des centaines, sinon des milliers de lumières qui nagent sous la surface. Puis il se rend compte qu'il ne s'agit pas du tout de lumières. Elles ont la forme d'hosties brisées, et la luminosité qu'elles irradient réside précisément dans le fait qu'elles ont été rejetées et brisées. Mais, sans comprendre pourquoi, Bertrand sait que toutes sont maintenant en sécurité, y compris lui-même, dans un gobelet d'étain aussi grand que la main de Dieu."

Dans le monde du polar, il est des rendez-vous que l'on ne peut pas manquer comme par exemple les retrouvailles avec Dave Robicheaux, policier de New Ibéria en Louisiane. C'est un peu comme cette connaissance lointaine que l'on perd régulièrement de vue mais qui lorsqu'elle réapparaît vous procure une émotion et une excitation que l'on ne saurait totalement expliquer. Il faut bien l'admettre, depuis quelques années avec James Lee Burke, le schéma narratif est loin d'être une surprise. En effet,  vous trouverez des mafieux ou personnage puissants qui déchainent leur puissance maléfiques en lâchant  un pervers psychopathe qui s'en prendra régulièrement à l'entourage de Dave et de son acolyte Clete Purcel, ce qui se confirme avec « La nuit la plus longue » traduction déplorable du titre originale « The Tin Roof Blowdown » qui fait référence à un standard de jazz composé à la Nouvelle Orléans (Tin Roof Blues).

Nous sommes en août 2005, date à laquelle, l'ouragan Katerina déferle sur les côtes de la Louisiane, ravageant, entre autre, la ville de la Nouvelle Orléans. Cette toile de fond cataclysmique relègue l'intrigue de ce 16ème opus des enquêtes de Dave Robicheaux au second plan. En effet, James Lee Burke nous décrit de façon particulièrement saisissante les affres de cette population mise à genou par la force des intempéries mais plus dramatiquement encore, par l'abandon de tout un système étatique à la dérive. Au travers de ces pages on assiste à la déshumanisation d'une société dite civilisée qui, noyée sous les flots, plonge dans le chaos le plus absolu.

Dave Robicheaux est amené à enquêter sur la mort de deux jeunes pillards issus du Lower Ninth Ward, quartier le plus pauvre de la Nouvelle Orléans et le plus durement touché par le cataclysme. Les deux jeunes noirs rôdaient dans un quartier aisé de la ville. Auto-défense, crime raciste ou règlement de compte mystérieux ? Dave Robicheaux devra trouver des réponses à ces questions en menant une enquête dans un milieu en pleine décomposition où les repères sociaux n'ont plus aucun sens. Pour résoudre ces meurtres, le policier au grand cœur de New Ibéria sera accompagné de son fidèle acolyte, l'inénarrable Clete Purcel. On retrouvera également les personnages récurrents de la série, avec le retour d'Alafair, fille adoptive de Dave. On regrettera par contre l'absence de Batist employé du magasin de pêche et de location de bateau que tenait notre héro. Ce personnage atypique apportait une note de sagesse toute terrienne à ces récits flamboyants.

L'histoire de la Louisiane a toujours été l'une des pierres angulaires des récits de James Lee Burke. Une histoire riche et chargée qui donne à cet état une dimension si particulière. Et puis il y a ces paysages magnifiques que l'auteur décrit avec un tel soin que l'on peut sentir au travers des pages le parfum des bougainvilliers et des chênes verts chauffés par le soleil. On devine également les effluves de cette cuisine créole composée de Jambalaya, de po-boy et de gumbo. Le Café du Monde, le Vieux Carré, le lac Pontchartrain et les marais. Des clichés bien sûr mais toujours contrebalancés par une vision plus sombre car, sans jamais sombrer dans le voyeurisme gratuit, James Lee Burke nous dépeint la misère sociale dans laquelle vit une grande partie d'une population continuellement discriminée. Avec « La Nuit la Plus Longue » on devine par le biais des personnages la colère froide et les désillusions de l'auteur qui dénonce la tragédie d'une Louisiane qui restera toujours le rebut d'un pays qui a décidé de lui tourner le dos. Et puis il y a ce constat implacable qui démontre que malgré la peine de mort, la dureté des peines et l'augmentation des effectifs policiers, la sécurité ne sera jamais qu'un vœu pieu tant que l'injustice sociale demeurera le fondement d'une société en pleine déroute et dont la délinquance et la violence des gangs ne sont qu'un symptôme parmi d'autres.

"Mais, ainsi que je me le répète tous les jours, la plupart des gens auxquels j'ai affaire n'ont pas choisi le monde dans lequel ils vivent. Certains essaient de lui échapper, certains y adhèrent, la plupart sont dépassés et submergés par lui."

 

SEGA

 

A lire en écoutant : Tin Roof Blues - Heritage Hall Jazz Band - New Orleans

James Lee Burke : La Nuit la Plus Longue (The Tin Roof Blowdown). Edition Rivages/Thriller 2011. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christophe Mercier.