31/12/2013

Sunil Mann : Fête des Lumières. Zurich ethnique.


Capture d’écran 2013-12-31 à 19.56.57.pngEn Suisse, il n’y a guère que Dürrenmatt qui se soit essayé au polar et c’est sous le prétexte d’une déconstruction du genre camouflant des besoins alimentaires que le célèbre dramaturge helvétique nous a livré, entre autre, La Promesse avec comme sous-titre évocateur « requiem pour le roman policier ». Il semble que cette oraison funèbre ait eu raison des velléités d’autres auteurs à se lancer dans un genre qui pourrait déparer l’ensemble de l’œuvre littéraire du bon écrivain suisse. A l’exception de Corinne Jaquet qui, dans une série de romans policiers, nous livre, quartier par quartier, un catalogue touristique de la ville de Genève et de Jean-Jacques Busino qui se fait bien trop rare après avoir confectionné cinq perles noires aux éditions Rivages, le paysage romand en matière de polar reste dramatiquement désert.

C’est donc pour palier à ce manque chronique que mon amie Valérie Solano a décidé de mettre sur pied une collection luxueuse de polars helvétiques afin de fusiller les sempiternelles clichés dont ce pays fait régulièrement l’objet. Car au delà de l’aspect propret et lissé d’une contrée aux paysages pittoresques vous allez découvrir avec les éditions des Furieux Sauvages le visage sombre d’une Suisse en proie aux conflits culturels, aux magouilles financières, aux combines foncières et aux problèmes d’immigration et d’intégration.

Pour découvrir ces auteurs vous vous rendrez en librairie (la collection n’est pas  disponible sur A…) pour faire l’acquisition d’un ouvrage relié, imprimé sur un papier de qualité. Un polar relié c’est une première et c’est ce qui explique peut-être l’utilisation du marque page pour me défaire de la détestable habitude de corner les pages. L’avenir du livre réside aussi dans l’excellence de sa conception et la cohérence de diffusion.

Première salve avec la Fête des Lumière de Sunil Mann qui nous entraîne dans les méandres de la ville de Zürich. Oubliez la Paradeplatz et ses « vénérables » établissements bancaires et bienvenue au Kreis 4, quartier multiculturel truffé de bars à champagne, de sex-shops, de restaurants indiens et de kebabs douteux où gravitent les filles faciles. Au cœur de ce quartier animé, vous allez suivre les tribulations du détective privé Vijay  Kumar qui est chargé par un magnat de la presse zurichoise de retrouver sa femme de ménage sud-américaine mystérieusement disparue. Lorsque Vijay réalise que cette même femme de ménage travaillait également pour le politicien de droite, Walter Graf, récemment trouvé mort à son domicile l’affaire prend une autre tournure d’autant plus que l’agression d’un jeune homme dont le jeune détective a été le témoin la veille n’est pas sans lien avec cette sombre affaire. Aidé de Miranda, sublime transsexuelle et de son meilleur ami journaliste José, Vijay devra faire preuve de toute sa sagacité pour parvenir à résoudre cette première enquête tout en complexité. Une lampée d’Amrut (single malt indien) pour la route et c’est parti !

Loyers exorbitants, corruption immobilière (problèmes majeurs des principales villes helvétiques) vont nous permettre de découvrir les différents Kreis (arrondissement) d’une ville plus animée qu’il n’y paraît. Vijay en sera le guide au travers de description teintée d’un humour ironique qui donne beaucoup de fraicheur à un récit qui pourrait s’avérer assez classique. On y décèle tout l’amour que l’auteur voue aux quartiers populaires de Zürich en déclinant toute une série de bars, d’épiceries et de restaurants que vous pourrez découvrir en visitant la ville.

L’immigration et l’intégration des migrants et de leurs enfants nés en Suisse et sont les principaux thèmes que Sunil Mann traite tout en subtilité et en légèreté comme par exemple la relation entre Vijay et sa mère qui au travers de dialogues aussi drôles que caustiques nous déclinent les incompréhensions de deux générations qui ne sont pas nées dans le même pays. Au delà de cette légèreté il y a en arrière plan, cette inquiétude permanente de se voir stigmatiser par des partis qui tentent par tous les moyens de diaboliser la venue de ces populations migrantes. Inquiétude que l’on retrouve notamment dans l’entourage de Rosie, la femme de ménage disparue.

On regrettera peut-être le fait que des personnages hauts en couleur et forts originaux  comme Miranda soient exploités de manière superficielle et gageons que nous les retrouverons dans les prochaines enquêtes de Vijay Kumar, détective privé zurichois !

Friedrich Dürrenmatt – Sunil Mann, tout un parcours !!

Sega

Sunil Mann : Fête des Lumières. Editions des Furieux Sauvages 2013. Traduit de l’allemand par Ann Dürr.

A lire en écoutant : Lake of Udaïpur de Le Tone. Album : En Inde. Label : Cantos 2008.

 

 

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15/11/2013

James Ellroy/David Fincher – Matz/Miles Hyman : Le Dahlia Noir.

Capture d’écran 2013-11-15 à 16.36.31.pngLe corps coupé en deux, sauvagement mutilé, c’est le 15 janvier 1947, sur un terrain vague de Los Angeles, qu’a échoué le rêve d’actrice d’Elizabeth Short. Elle avait 22 ans et ne savait pas qu’elle deviendrait, 40 ans plus tard, le personnage emblématique du Dahlia Noir de James Ellroy.

Après le succès de la trilogie Llyod Hopkins, c’est en 1987 que François Guérif directeur des éditions Rivages publie ce qui allait devenir l’un des livres le plus emblématique du roman noir et du polar tout à la fois. Le style syncopé, marque de fabrique de James Ellroy n’était pas encore présent, mais la sauvagerie du texte et l’outrance meurtrière des scènes éclaboussait déjà les lecteurs. Un livre taillé avec ses tripes et dont la folie rageuse déborde au détour de chaque page voilà comment l’on pourrait décrire le Dahlia Noir, œuvre majeure de James Ellroy.

C’est probablement la démesure et la folie de cet auteur, impossible à restituer au cinéma, qui ont fait que les adaptations de ses ouvrages se sont soldées par des échecs, hormis L.A. CONFIDENTIAL de Curtis Hanson que l’on peut juger passable même si le perfide Dudley Smith campé par James Cromwell paraissait extrêmement fade. Pour LE DAHLIA NOIR de Brian de Palma, passez sans autre votre chemin car vous ne retrouverez pas cette chaleur étouffante d’une ville démoniaque qui se pare de lumière pour éblouir vos rêves. Tout y est édulcoré à un point tel que l’ensemble en devient insipide.

Capture d’écran 2013-11-15 à 15.23.29.pngPour vous approcher de ce qui aurait pu être une bonne adaptation, il vaut mieux revoir SANGLANTES CONFESSIONS de Ulu Grossbard avec Robert de Niro et Robert Duvall tiré d’un roman de John Gregory Dunne, Sanglantes Confidences parut en 1976 dans la collection Série Noire et réédité par les Humanoïdes Associés en 1980. Un ouvrage solide que l’on ne dénichera désormais plus que chez un bon bouquiniste. Avant l’arrivé de l’opus de James Ellroy on trouvait déjà dans ce roman l’atmosphère délétère d’un Los Angeles gangréné par la corruption avec en toile de fond le meurtre d’Elizabeth Short.

C’est en bande dessinée que l’on pourra désormais redécouvrir le Dahlia Noir de James Ellroy. Cela fait déjà quelques années que François Guérif dirige en collaboration avec Casterman une collection de polars adaptés en format BD. L’adaptation du Dahlia Noir a été effectuée par Matz en collaboration avec David Fincher et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ont fait un excellent travail de découpage. Vous retrouverez la totalité de l’intrigue et les dialogues ciselés du maître. Mais c’est du côté du dessin que l’ouvrage pêche un peu. Trop raisonnable ! Le travail de recherche et le rendu des dessins de Miles Hyman sont magnifiques mais l’ensemble manque de dynamisme et rien ne déborde du cadre. Une succession de superbes illustrations bien trop figées qui étouffent l’histoire et c’est d’autant plus dommage que l’on trouve, malgré tout, au détour des pages quelques scènes magnifiques comme l’épisode où Bleichert enquête du côté du Capture d’écran 2013-11-15 à 16.43.52.pngMexique. Malgré ces petits défauts, le plaisir de retrouver les personnages d’Ellroy est bien trop grand pour vous priver de cet achat d’autant plus qu’il existe une édition luxueuse, reliée qui est absolument somptueuse.

Ellroy adapté en BD c’est aussi l’occasion pour ceux qui ne connaissent pas l’œuvre de ce grand écrivain de découvrir un univers absolument dantesque qui frise la perfection.

SEGA

James Ellroy : Le Dahlia Noir. Editions Rivages/Thriller 1988. Traduit de l’anglais (USA) par Freddy Michalski.

James Ellroy/David Fincher – Matz/Miles Hyman : Le Dahlia Noir. Editions Rivages/Casterman/Noir 2013.

John Gregory Dunne : Sanglantes Confidences. Editions Humanoïdes Associés 1980.

A lire en écoutant : Aria (orchestral suite n° 3 in D minor BWV 1068). Jacques Loussier Trio. Album: Play Bach aux Champs Elysées. Universal Music Jazz France 2000.

25/11/2011

Kris/Maël : Notre Mère la Guerre, qui sont les monstres ?

 

 
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If any question why we died,

Tell them, because our fathers lied.

Rudyard Kipling, Epitaphs of the war

11 novembre 2011 au parc Mon Repos à Genève. Tous ce qu'il y a d'institutions officielles sont présentes devant le monument aux morts pour célébrer le devoir du souvenir. Dans ces moments solennels, teintés d'émotions et après tant d'années passées, il est difficile de pouvoir s'imaginer la souffrance et le sacrifice de ces hommes qui ne sont plus. Des discours lyriques et solennels évoquent le devoir, la camaraderie,  le dévouement ainsi que l'abnégation de ces soldats, mais passent sous silence toute l'horreur et l'absurdité des combats. Il est vrai que le lieu et le moment ne s'y prêtent guère.

Pour se faire une idée des atrocités de cette guerre que l'on disait la dernière, ce ne sont pas les ouvrages qui manquent. Le dernier en date est une série de bd intitulée Notre Mère de la Guerre, scénarisée par Maël et dessinée par Kris. Le premier album est sorti en 2009 et la troisième complainte est parue début novembre 2011, soit quelques jours avant la célébration de l'Armistice de 1918.

C'est par le biais du polar que les auteurs ont décidé d'aborder le sujet. En ce début d'année 1915, à quelques semaines d'intervalles, ce sont les corps de trois femmes qui sont découvertes dans les tranchés. Sur chacune d'entres elles, l'assassin a laissé une lettre d'adieu rédigée par ses soins. C'est au lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte qu'il incombe de découvrir l'auteur de cette ignominie. Car si l'on peut tuer en masse au nom de la patrie, il n'est pas question que l'on se permette de telles exactions dans le dos des soldats. L'horreur et la barbarie, juste une question de point de vue et de victimes. C'est donc au cœur des tranchées, en première ligne que le lieutenant Vialatte devra se rendre pour mener à bien son enquête. L'idéalisme de la guerre qu'il s'était forgé par le biais des écrits de Victor Hugo et Charles Peguy sera mis à mal avec le réalisme de combats acharnés et sauvages. Interrogatoires de jeunes poilus terrorisés, résignations de sous-officiers écœurés par ces massacres absurdes, c'est par ces témoignages que le lieutenant Vialatte découvrira le vrai visage de la guerre. Au milieu de cette folie guerrière, parviendra-t-il à identifier le meurtrier qui a de nouveau sévi en assassinant une quatrième jeune femme ?

La délicatesse et la finesse du trait de Maël alliée à la légèreté de ses gouaches transfigurent l'horreur des scènes qui sont dépeintes. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à s'attarder sur la couverture du premier album qui reflète le malaise qui se dégage au travers de chaque album. Avec un scénario bien rythmé, Kris nous guide dans les méandres de cette guerre atroce et en décrit toutes les turpitudes et les flétrissures avec des textes aux empreintes lyriques savamment dosées. Une idée de génie d'avoir abordé ce pan tragique de l'histoire par le biais du polar, même si l'idée n'est pas nouvelle. Il fallait cependant oser mettre en scène un sérial killer sévissant dans les tranchées, au cœur même de la barbarie humaine qui souligne l'ambivalence pour un tueur solitaire d'opérer dans une logique de tueries de masse orchestrée par des nations belliqueuses. Qui sont vraiment les monstres ? Cette question sous-jacente, plusieurs  personnages du récit se la pose sans pour autant obtenir de réponse. Avec Notre Dame la Guerre, vous découvrirez également un sujet rarement abordé avec ces jeunes délinquants (des meurtriers parfois) extraits des institutions pour mineurs pour « servir » au front, ceci au nom de la France alors qu'ils n'avaient pas 18 ans ...

Qui sont les monstres ? Maël et Kris vous en donnent la réponse avec un récit âpre et prenant, chargé d'émotion qui s'achèvera avec un quatrième album encore à paraître, intitulé Requiem qui clôturera ce long chant plaintif.

Sega

 

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Première Complainte. Edtions Futuropolis 2009.

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Deuxième Complainte. Editions Futuropolis 2010.

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Troisième Complainte. Edition Futuropolis 2011.

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Requiem. Editions Futuropolis (à paraître)

 

A lire en écoutant : Symphonie n° 3 d'Henryk Gorecki par David Zinman dirigeant le London Sinfonietta.  Soprano : Dawn Upshaw / Nonesuch Records, 1992.

 

 

 

 

 

 

 

 

19:27 Publié dans 2. BD, Auteurs K, Auteurs M, France, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : guerre, peguy hugo, maël, kris, notre dame la guerre | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

20/11/2011

HENNING MANKELL : LE CHINOIS, LA VENGEANCE ETERNELLE !

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Des crimes absolument terrifiants, une mise en scène hallucinante c'est toujours ainsi qu'ont démarré la plupart des romans de Henning Mankell et « Le Chinois », dernier opus de l'écrivain suédois ne déroge pas à la règle. Dans le nord de la Suède, un mystérieux assassin a décimé tout un village. Au total ce ne sont pas moins de 19 personnes qui ont été massacrées à l'arme blanche. C'est ainsi que démarre l'enquête que mène la juge Birgitta Roslin en marge des services de police pour découvrir la raison pour laquelle les parents adoptifs de sa mère, qui font partie des victimes, ont été ainsi assassinés. D'un peuple exploité à la superpuissance qu'est devenue la Chine, Birgitta Roslin découvrira différents aspects de ce pays devenu un acteur incontournable de la géopolitique mondiale autour duquel un frère et une sœur s'entredéchirent jusqu'à la mort pour conduire la destinée de cette nation.

Exit donc Kurt Wallander et ces enquêtes de longues haleines qui mettaient en relief les travers d'un pays que l'on avait pour habitude de dépeindre comme le modèle idéal de société. L'auteur s'était déjà émancipé en nous livrant une enquête menée par la fille du célèbre commissaire, Linda Wallander, dans « Après le Gel ». Il avait fait une seconde tentative avec « Le Retour du Professeur de Danse » où le personnage central, Stefan Lindmann, demandera une mutation à Ystad où il aura une relation avec Linda Wallander. Dans ces deux tentatives d'émancipation, il y avait quelque chose de très « wallanderien » aussi bien dans les personnages que dans la structure de l'histoire, chose que l'on ne retrouve absolument pas avec le dernier roman de Mankell qui s'est définitivement affranchi de son personnage culte, ce qui est à saluer.

Avec « Le Chinois », nous nous plongeons dans un autre type d'intrigue qui sont peut-être à mettre en lien avec les romans « blancs » de l'auteur qui s'ingénie désormais à mettre en lumière les travers d'un ordre mondial cynique. On reprochera peut-être quelque défaut dans la structure de l'histoire avec ce retour dans le passé qui nous dévoile le nœud de l'intrigue au beau milieu du roman. Henning Mankell n'a peut-être pas le talent d'un Arnaldur Indridason pour ce type d'enquête qui nous plonge dans le passé historique d'une nation. On regrettera également le manque de profondeur du personnage principal qui apparaît plus lisse et plus terne que les personnages précédents de l'auteur. Peut-être faudra-t-il plusieurs romans pour que l'on découvre les aspérités de Birgitta Roslin afin que l'on puisse s'attacher à cette juge suédoise atypique.

Malgré ces défauts, « Le Chinois » a le très grand mérite de mettre en relief les enjeux fondamentaux d'un pays qui est encore en pleine mutation et dont les défis nationaux virent aux défis planétaires avec en toile de fond la convoitise de ce continent que l'auteur affectionne tant : L'Afrique !

« Le Chinois » dénonciation géopolitique haletante et inspirée, avec ce culte des ancêtres qui flirte vers la folie et qui ensanglantera les paysages enneigés de la Suède.

SEGA

Henning Mankell : Le Chinois. Editions Policiers Seuil / 2011. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne.

A lire en écoutant : Souvenir de Chine - Jean-Michel Jarre - Les concerts en Chine.

 

 

 

19:58 Publié dans 3. Policier, Auteurs M, LES AUTEURS PAR PAYS, Suède | Tags : chine, suède, mankell | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

13/11/2011

MARC-ANTOINE MATHIEU : 3’’, JUSTE LE TEMPS DE …

 

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Pas vraiment un polar, quoique ...

3 secondes c'est un concept graphique de Marc-Antoine Mathieu qui nous entraîne dans une perspective labyrinthique digne des récits de Borges.

Cet homme qui braque son arme. Le coup de feu qui part. Pour qui est destinée la balle ? Et qu'elle est ce scandale qui secoue le milieu du football ? Cette femme tendue dans l'avion, que craint-elle ? Que viennent faire Carine Tonca, Antoine Crac et Toni Carcena dans cette histoire ? Qu'elle est cette compagnie Swiss qui délivre des billets Swissair ?

Sans un seul dialogue c'est au travers  d'une perspective sans fin que l'on découvre tous les rouages de ce polar et on peut vraiment parler d'une plongée dans l'histoire lorsque l'on s'enfonce dans le regard de cet homme apeuré. La suite n'est qu'un renvoi d'un reflet à un autre avec une sublime précision graphique. Il faut s'attarder sur le détail de chaque case pour découvrir tout ce qui s'est produit avant ces 3 secondes qui deviennent finalement la conclusion d'un long récit sous-jacent. Entre la case noire du départ et la case blanche finale, il faudra admettre qu'à la première lecture on aura manqué bien des évènements et plusieurs lectures seront nécessaires pour décrypter les rouages de cette minuscule fraction de temps. C'est tout l'intérêt du concept original de cette histoire.

Lorsque vous aurez terminé l'ouvrage vous pourrez vous connecter sur le web pour découvrir la vidéo élaborée à partir de l'intégralité des cases. Une façon de redécouvrir l'histoire en zoomant  les détails sur lesquels vous souhaitez vous attarder tout en étant maître de la vitesse de déroulement. C'est peut-être de cette manière que vous repèrerez dans l'une des cases, cet ancien footballeur célèbre et si vous ne le trouviez pas, vous pourrez au moins découvrir son nom au travers des anagrammes de plusieurs personnages de l'histoire.

Puis comme si cela ne suffisait pas, vous vous retrouverez au travers du forum pour commenter vos impressions, vos découvertes et vos observations. Cette plate-forme vous permettra peut-être de répondre à vos doutes et vos interrogations.

Un très bel ouvrage d'un auteur bourré de talent qui rend hommage à de nombreux artistes tels que MC Escher, Niki de Saint-Phale, Mark Shaw, Amish Kapoor, Lewis Trondheim et bien d'autres encore.

Pour décrypter toutes les clés de ce magnifique ouvrage gageons qu'il vous faudra bien plus de 3 secondes pour y parvenir. A vos chronos !

 

Marc-Antoine Mathieu : 3''. Editions Delcourt 2011

A lire en écoutant : Walking in the Rain. Album : Flash and the Pan (mai 2011).

 

 

18:00 Publié dans 2. BD, Auteurs M, France, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : 3'', borges, escher, marc-antoine mathieu, polar | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/09/2011

FUREUR NOIRE : LEO MALET/TARDI, BROUILLARD AU PONT DE TOLBIAC

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Fiat Lux ! Que la lumière soit !

Première phrase de la Genèse c'est aussi le nom de l'agence du célèbre détective Nestor Burma, détail piquant quand on connaît le parcours de son créateur, l'écrivain Léo Malet. Une jeunesse dans le milieu anarchiste que l'auteur évoque dans Brouillard au pont de Tolbiac que l'on peut considérer comme son meilleur roman de la série inachevée des nouveaux mystères des Paris.

Nestor Burma reçoit un message d'un certain Abel Benoît qui lui demande de le rencontrer à l'hôpital de la Salpêtrière afin « d'empêcher un salaud de mijoter des saloperies ». Une rencontre qui n'aura pas lieu puisque l'auteur de la lettre meurt des blessures que lui a infligé son agresseur. C'est une belle et mystérieuse gitane qui lui annonce le décès, devant l'établissement hospitalier. Poussé par la curiosité, Nestor Burma découvrira qu'Abel Benoît n'est autre qu'Albert Lenantais un camarade anarchiste qu'il a connu il y a de cela plus de 20 ans. Un époque où notre détective de choc, alors jeune crieur de journaux, vivait au foyer végétalien de la rue Tolbiac, fréquenté par toute une clique d'idéalistes et d'anarchistes. Une histoire d'amour avec une belle gitane, un ancien flic au bord de la folie, une plongée dans le passé, des rencontres avec d'anciens anarchistes embourgeoisés avec en arrière-plan le XIIIème arrondissement de Paris pour cette enquête de Nestor Burma. Parviendra-t-il à découvrir qui a agressé Albert Lenantais ; Arrivera-t-il à empêcher le salaud de commettre des saloperies et réussira-t-il à résoudre une enquête là où un ex-flic n'y est pas parvenu, malgré un acharnement de 20 ans qui le conduira à sa perte tragique sur le pont de Tolbiac.

Bien plus que le livre, c'est l'adaptation qu'en a faite Tardi que je vous propose de découvrir avec une BD absolument somptueuse. Le quartier du XIIIème n'est plus ce qu'il était, mais lorsqu'il en a fait l'adaptation en 1982, le dessinateur, grâce à un travail de recherche et de documentation fouillé est parvenu à restituer l'atmosphère poisseuse de ce quartier. Des lieux désormais mythiques, comme la place d'Italie, le viaduc d'Austerlitz, la rue et le pont Tolbiac ont été restitués fidèlement grâce au talent de l'artiste. L'escalier entre la rue Chevralet et la rue Tolbiac, lieu de la dernière rencontre entre Belita et Nestor Burma existe toujours, tout comme le bâtiment de l'Armée du Salut, conçut par un certain Le Corbusier. Ce n'est pas le cas du Viaduc métallique de Tolbiac où se déroule une part importante de l'intrigue. Cet ouvrage a été complètement démonté et rouille désormais dans un entrepôt.

Léo Malet voulait écrire un roman contre le XIIIème, mais ce fut un échec parfait puisqu'en transposant sur son personnage fétiche, des pans de sa jeunesse il est parvenu à dégager des émotions puissantes qui se sont fichées dans les décors de ce quartier. Vous l'aurez compris, le personnage principal de cette histoire c'est bien évidemment Paris et ce XIIIème arrondissement qui émerge des cases de cette magnifique BD. Vous vous perdrez dans ces ruelles étroites, exhalant ses vapeurs de brouillards tout en trébuchant sur le pavé luisant de pluie. Vous frémirez en arpentant la sinistre rue Watt et le sombre passage des Hauts-de-Forme. Et pour vous remettre, vous pourrez boire un calva ou un ballon de rouge en vous appuyant sur le zinc du comptoir d'un ces cafés surpeuplés de la place d'Italie.

Pour évoquer l'œuvre de Léo Malet, les organisateurs de la Fureur Noire, ont invité Guy Marchand qui a connu l'auteur et qui a incarné le personnage de Nestor Burma dans un série télévisée dont les producteurs ont eu la mauvaise idée de la transposer dans le Paris nos jours (années 90), laissant de côté, l'aspect rétro de l'époque des années cinquantes. Cet acteur de talent qui s'est vu décerner un César pour le meilleur second rôle dans Garde à Vue (encore un polar !) de Claude Miller, exposera son point de vue sur l'un des détectives phares de la littérature française de l'après-guerre. Retrouvez le donc le mardi 4 octobre 2011 à 2030 à la salle du Faubourg.

« Paris. La nuit sur le pont de Tolbiac, un homme rôde. Dans son regard la folie. »

 

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SEGA

 

 

 

Léo Malet/Tardi : Brouillard sur le pont de Tolbiac. Casterman 1982

A lire en écoutant :  Ni Dieu ni Maître - Léo Ferre - Album : Et Basta !

 

 

 

18/09/2011

Fureur noire : Manotti / DOA, le polar politique

A l'heure des élections, c'est bien évidemment le sempiternelle sujet de la sécurité qui enflamme les débats où l'on assène aux citoyens, à coups de slogans ravageurs et phrases rapides, les recettes qui vont remettre la cité sur les rails.

Police de proximité ! Patrouilles pédestres ! Tolérance zéro ! Des termes génériques qui prennent désormais des teintes politiques sans que l'on soit bien certain que les protagonistes en connaissent toutes les implications. La plupart d'entre eux seraient bien avisés de se pencher sur les ouvrages de nombreux spécialistes qui se sont intéressés à la question depuis bien des années, ceci avant même que ce sujet émotionnel, ne devienne le thème majeur des politiques et ne soit justement dévoyé par certains d'entres eux ! Dans le domaine francophone, on peut citer : Sebastien Roché, Loïc Wacquant, Jean-Paul Brodeur, Dominique Monjardet, Jean-Louis Loubet de Bayle et François Dieu.

Certains ouvrages de ces auteurs sont même disponibles en ligne !

 

Il faut l'admettre certaines de ces études, toutes passionnantes qu'elles soient, peuvent tout de même s'avérer extrêmement arides et on peut aborder le sujet de la sécurité et de la police par le biais du polar en s'intéressant particulièrement aux romans de nos voisins français.

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Avec « Bien connu de nos services » Dominique Manotti nous invite à partager la vie quotidienne des policiers du commissariat de Panteuil (lieu fictif), dans la banlieue nord de Paris, dirigé par la commissaire Le Muir, femme ambitieuse qui a adopté la politique du chiffre imposée par les pouvoirs politiques du Ministère de l'Intérieur. Flics aguerris, jeunes débutants, hiérarchie dépassée, truands chevronnés, petits voyous, tout ce petit monde s'entrecroise dans un chassé-croisé rapide et passionnant. Description du travail des BAC, de police-secours qui semble tellement vain au milieu de banlieues défavorisées, de camps gitans et de squats vétustes prêts à flamber. Afin de favoriser l'intrigue, l'auteur a parfois forcé le trait au détriment de la réalité. Mais cela importe peu, car au travers de ces pages on peut tout de même se rendre compte du désarroi de ces policiers qui, manipulés par leurs hiérarchies et le pouvoirs politiques, se referment sur eux-mêmes se révélant ainsi incapables de faire face aux défis sociaux qui les submergent. Débrouillardise et improvisation pour régler les problèmes au jour le jour tout cela à l'ombre de la compromission et  de la corruption. Un tableau sombre, probablement exagéré mais qui reflète tout de même le malaise du monde policier.

Pour DOA le tableau n'est guère plus reluisant même s'il s'attarde sur les SG et le monde des services secrets pour dépeindre les arcanes d'un monde souterrain inquiétant. « Citoyens Clandestins » c'est un thriller haletant avec cette menace d'attentat à la Dioxine sur la France par un groupuscule d'islamistes radicaux. Une description froide et troublante de réalisme d'une traque sanglante d'un ensemble de clandestins, d'agents doubles, d'espions à la solde d'une clique de manipulateurs qui mettent la raison d'état au-dessus de tous les principes moraux. Un livre volumineux extrêmement bien documenté qui se lit d'une traite, même s'il pêche parfois par son ton quelque peu professoral.

 

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La réunion des ces deux talents se retrouve dans « L'Honorable Société », livre à quatre mains de moins bonne facture qui se penche sur les arcanes des institutions étatiques liées à l'énergie atomique. Police criminelle, DGSE, éco terroristes, journalistes et milieu patronal s'interrogent ou tentent de dissimuler les mobiles du meurtre d'un policier rattaché à la commission pour l'Energie Atomique. Le tout se déroulant sur fond de campagne présidentielle, on assistera à la compromission des diverses instances étatiques qui useront de tous les expédients, même les plus extrêmes, pour parvenir à leur fin. On reprochera le côté impersonnel des personnages qui manquent de saveur. Toutefois l'intrigue, quoique classique, nous entrainera dans un récit passionnant, assez inquiétant et très bien documenté qui, espérons-le, ne s'avérera pas trop réaliste. Un sujet sensible (le nucléaire en France) que l'on retrouve d'ailleurs au cœur des débats pour l'élection présidentielle, rendent les tribulations du commandant Petrus Paris encore plus passionnantes. Cet enquêteur de la police criminelle, secondé par son équipe, devra faire preuve d'une pugnacité des tous les instants pour parvenir à résoudre cette sombre affaire.

Pour la Fureur de Lire, on retrouvera Dominique Manotti et DOA lors d'une table ronde qui aura lieu le jeudi 6 octobre 2011 à 21h50 à la salle du Faubourg, sur le thème du polar social et politique. Le polar qui devient protestataire et contestataire, cela promet un beau débat qui sera précédé d'une pièce de théâtre intitulée « Je refuse de répondre » qui relate le combat de Dashiell Hammett en proie à l'inquisition de la commission du sénateur McCarthy. Cela se déroulait en 1953. Le polar contestataire, protestataire, une forme d'écriture qui ne date pas d'hier.

 

 

Dominique Manotti : Bien connu des services de police. Série Noire/Gallimard 2010

DOA : Citoyens Clandestins. Série Noire/Gallimard 2007

Manotti / DOA : L'Honorable Société. Serie Noire/Gallimard 2011

A lire en écoutant : Demain c'est loin - IAM/L'Ecole du Micro d'Argent/Delabel-Virgin 1997

 

 

 

 

20/07/2011

Tardi – Manchette : Sous les pavés, la plage, l’enfer et le Petit Bleu de la Côte Ouest

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En libraire, marketing oblige, nous avons droit ces derniers temps aux bandeaux ultra originaux des commerciaux avec la mention : « Roman de l'été » ou pire encore « polar de l'été », tout ça pour vous faire acheter le mauvais livre spécialement édité pour cette période qui finira sur votre pile de romans inachevés. Un peu excessif me direz-vous, mais tellement réaliste. On en a tous fait les frais un jour ou l'autre. On découvre également les prix littéraires de l'été avec par exemple le « thriller de l'été » spécialement conçus par quelques revues mensuelles dont la principale caractéristique est de couronner l'auteur le plus conscensuel possible à défaut du plus talentueux. On appréciera tout de même certaines selections émanant principalement des blogs et de quelques revues littéraires « sérieuses ». Faites votre choix.

Pour vous isoler de l'enfer des plages bondées et pour vous pendre à votre parasol, un excellent roman noir de Jean-Patrick Manchette que je vous propose de redécouvrir sous l'angle de la BD avec cette magnifique adaptation de Jacques Tardi : Le Petit Bleu de la Côte Ouest dont l'un des moments fort de l'histoire se déroule justement sur une plage, ce qui est de circonstance en cette période « estivale ». Georges Gerfaut est un cadre dynamique dont la routine sera brisée par deux tueurs lancés à sa poursuite. Pour faire face, il mettra de côté tout ce qui façonne sa petit vie trépidante. Il affrontera, parfois de manière pathétique, ses adversaires avant de retourner auprès des siens pour se retrouver dans une voiture à 145 km/h à tourner en rond, la nuit sur le périphérique désert.

Une excellente adaptation en noir et blanc qui accentue le ton froid et cassant des dialogues qui sont fidèlement restitués. Il faut dire que le dessinateur et le romancier s'étaient déjà rencontré en 1978 pour nous livrer « Griffu » une des première BD - roman noir de l'époque. Du talent à l'état pur et une bonne claque dans la gueule à une époque ou des revues comme Pilote publiaient de la bonne BD.

Avec le Petit Bleu de la Côte Ouest, Manchette voulait nous décrire le malaise de ces cadres moyens sous constante pression où la réussite sociale importe plus que tout. Le roman paru en 1976 n'en reste pas moins d'actualité en ces temps de troubles économiques où les performances sont une exigence de tous les instants.

Dans la foulée, vous apprécierez une nouvelle adaptation de Jacques Tardi avec la Position du Tireur Couché, tiré également d'un roman de Manchette. Là également le dessin de Tardi restitue parfaitement l'histoire de ce tueur à gage, froid, précis, méthodique mais dont la vie se désagrège au fur et à mesure qu'il sème les cadavres pour échapper à son destin qui le ramènera inéxorablement à la petite vie minable qu'il a toujours cherché à fuir. Et l'on concluera que cet auteur a eu plus de chance dans les adaptations bd que cinématrographiques de ses œuvres, mais on pourra tout de même découvrir Polar de Jacques Bral pour se faire une bonne idée de ce que l'on peut tirer d'un excellent roman noir de Manchette.

Sous les pavés, il n'y a plus la plage, il y l'enfer décrétait Ferre ! et le Petit Bleu de la Côte  Ouest, pourrait-on rajouter !

SEGA

Manchette - Tardi : Le Petit Bleu de la Côte Ouest. Humanoïdes Associés 2005.

Manchette - Tardi : La Position du Tireur Couché. Futuropolis 2010.

A lire en écoutant : Gerry Mulligan. Litttle Girl Blue.

 

 

07:17 Publié dans 2. BD, Auteurs M, Auteurs T, France, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : manchette, tardi, plage roman noir, polar, tueurs, bd | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

20/04/2011

CORMAC McCARTHY : NON, CE PAYS N'EST PAS POUR LE VIEIL HOMME. ANNONCEZ !

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Annoncez ! C'est l'injonction funeste de Chigurh, tueur à gage psychopathe, froid comme l'acier d'une lame, qui joue la vie des gens à pile ou face.

Et n'espérez aucune miséricorde dans cette terre aride qui se situe à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique car « Non ce pays n'est pas pour le vieil homme » est un roman cinglant de Cormac McCarthy qui nous plonge dans la noirceur absolue du genre humain.

Dans un coin de désert, Llewelyn Moss découvre les reliquats d'un règlement de compte entre trafiquants de drogues : Cadavres, armes automatiques, drogue et une valise bourrée d'argent. En s'emparant de l'argent, Moss sait qu'il risque gros mais ne se doute pas de la sauvagerie de la horde qui va se mettre à le traquer impitoyablement.

Pour arbitrer cette traque sanglante il y a ce sheriff vieillissant qui ne peut que compter les morts qui s'accumulent. Ed Tom Bell est ce vieil homme, dépassé par les évènements mais également par ce monde qu'il ne comprend plus.

Cormac McCarthy c'est une écriture sèche et sans fioriture tout comme les paysages désertiques que parcourent ses personnages. Des dialogues percutants qui résonnent comme des rafales de pistolet-mitrailleur. Il y décrit une société en mouvement qui ne sait plus trop bien où elle va avec ces hommes qui vivent dans des caravanes, qui dorment dans des motels et qui se croisent dans des stations services. Ils tournent autour de cette frontière qui est devenue le terrain de jeu des trafiquants. Tout cela préfigure déjà de ce que sera son dernier roman « La Route ». Un voyage sans retour.

En se contentant de regarder l'excellente adaptation qu'en ont tirée les frères Cohen, outre le fait de se priver de la qualité d'écriture de l'auteur, c'est passer à côté des réflexions de Ed Tom Bell qui ponctuent chaque chapitre. Ce vieux flic fatigué, un peu réac,  pose les questions sur la place du policier dans une société en pleine mutation. Humble et terriblement humain il admet que ces questions peuvent rester sans réponses. Ed Tom Bell fait également le bilan de la violence auquel il a dû faire face, des évènements majeurs qui ont jalonné son parcours de flic. Un constat sans haine et sans rancœur dans lequel un bon nombre de policiers pourra se retrouver.

« Non , ce pays n'est pas pour le vieil homme » est bien plus qu'un roman noir. C'est un chef-d'œuvre crépusculaire. A lire et à relire !

Dans ce livre, la vie et la mort dansent une gigue endiablée dans des contrées désertiques du sud des Etats-Unis. On les trouve sur les deux faces d'une pièce de monnaie. Annoncez !

 

SEGA

 

Cormac McCarthy : Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme. Edition de l'Olivier 2006. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par François Hirsch

 

 

 

 

03:52 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs M, LES AUTEURS PAR PAYS, USA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |