25/06/2013

Manu Larcenet : Blast, le souffle de la vérité.

« La vérité c’est plus facile à dire qu’à entendre. »

Polza Mancini

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Dans le milieu de la BD, Manu Larcenet n’est de loin pas un inconnu que l’on peut d’ailleurs considérer comme l’un des principal auteurs francophones qui a obtenu, entre autre, le prix du meilleur album du Festival d’Angoulème. C’était en 2004, l’année où Zep recevait le Grand Prix de ce même festival.

Conte de la Vie Ordinaire et Retour à la Terre sont les deux séries phares de l’auteur qui l’on fait connaître du grand public. Deux histoires d’une vie quotidienne, presque banal qui oscillent pourtant entre rire et émotion. Mais le choc visuel et scénaristique débarque en 2009 avec le premier opus de la série Blast, Grasse Carcasse. De la beauté et du silence, c’est ce que l’on découvre tout au long des 200 pages  de ce que l’on peut considérer comme le « Garde à Vue » de la BD. Mais point de notaire bourgeois ou de flic bourru, nous sommes bien loin de la célèbre confrontation entre Lino Ventura et Michel Serraut. Place désormais à Polza Mancini, ancien critique gastronomique qui a tourné le dos au monde après avoir vécu son premier blast lors de la mort de son père. En quête de cette explosion psychique qui a sécoué tous ses sens, Polza livre sa vie d’errance, d’alcool et de déliquescence mentale aux deux flics anonymes qui l’interroge lors de sa garde à vue après qu’il ait sauvagement agressé Carole Oudinot. Bien plus qu’un interrogatoire, Polza homme aussi obèse qu’intelligent mêne le bal en distillant avec une lenteur précise le fil de sa sombre existence.

Un récit en noir et blanc, ponctué de longue plage de silence où le dessin seul révèle l’indicible et l’horreur d’une existence empreinte de folie et de liberté qui se paie parfois au prix fort.  On y découvre une déclinaison de personnages aux traits caricaturaux qui renforcent la noirceur d’une histoire où l’ordinaire côtoie l’onirique. En marge d’une société labelisée, Polza promène sa masse dans les campagnes pour s’ancrer dans un monde marginal aussi généreux que cruel, aussi lucide que déphasé. Le luxe de cette histoire réside dans le fait que l’auteur prend le temps de placer l’action au fil des cases qui se déclinent comme des tableaux.

Il faut se frotter au récit de Polza Mancini, dont la subjectivité est sujette à caution, pour pénétrer dans l’humanité foudroyante d’un homme qui cherche au travers de sa propre destruction le chemin dont personne ne connaît la destination finale. Dans le dessin on ressent la douleur de l’auteur pour accoucher d’une histoire qui prend toute sa force et son amplitude dans les phases de transe d’un personnage qui va au bout de lui-même et peut-être même un petit peu au-delà. Qui osera suivre la folle errance de Polza Mancini !?

Avec Blast vous retrouverez les belles sensations de quelques BD fabuleuses comme Silence de Comès, l’Espace Bleu entre les Nuages de Cosey ou  L’homme qui Marche de Taniguchi. Comme le roman noir ou le polar, la bd est encore bien trop souvent considérée comme un art mineur. Blast, comme beaucoup d’autres chefs-d’œuvre prouve le contraire. Il suffit de découvrir les trois tomes de cette magnifique série pour s’en convaincre.

SEGA 

 

 

Manu Larcenet : Blast – Tome 1  Grasse Carcasse. Blast – Tome 2  L’apocalypse selon Saint Jacky – Blast Tome 3  La Tête la Première. Editions Dargaud.

A lire en écoutant : Noir Désir : Tostaki. Dies Irae (live). Barclay 1994

04/11/2012

CHRISTIAN ROUX : L’HOMME A LA BOMBE. DEFLAGRATION EXPRESS !

9782743623562.jpgLes crises ont  toujours été un terreau fertile pour les analystes économiques et les auteurs de romans noirs et celle qui secoue l’Europe actuellement ne déroge pas à la règle. Délaissons la première catégorie avec leurs sempiternelles théories cycliques teintées de la seule valeur absolue qui transparaît dans leurs propos : l’incertitude, pour nous pencher sur la seconde catégorie, vers ceux qui nous racontent les actes extrêmes d’hommes et des femmes plongés dans le chaos économique. Parmi ces auteurs, il y a Christian Roux qui vient de publier son dernier roman, L’Homme à la Bombe.

La vie de Larry n’est plus qu’une succession d’entretiens d’embauche aussi mornes qu’infructueux. Il ne supporte plus ces hommes, ces femmes qui lui font face et ces rituels conventionnels qui ne débouchent sur rien. Pour détruire cette mécanique relationnel de façade, Larry décide de fabriquer une bombe. Bien sûr, il ne s’agit pas d’un véritable engin explosif, mais lui seul le sait. Et même s’il s’agit d’une folie, cet ancien ingénieur s’en moque éperdument car il n’a plus rien à perdre. Un mariage insipide qui se délite au rythme des rentrées d’argent de plus en plus rare, une vie sociale qui s’est dissoute à l’instant même où il a perdu son emploi, Larry est désormais seul avec sa bombe, l’image évanescente de sa fille et le souvenir d’un amour passé qui s’est terminé tragiquement. Après avoir tenté l’expérience et semé la panique lors d’une de ces entrevues stériles, Larry décide d’aller plus loin en braquant une banque. Il y rencontrera Lu, jeune fille explosive, qui elle également, accompagnée de trois complices, braque le même établissement que Larry. Un couple improbable se forme et les deux comparses s’enfuient en sillonnant toutes les régions d’une France désenchantée.

Sur la base d’un canevas classique, la fuite éperdue d’un couple d’amants terribles, que l’on peut retrouver dans les romans de Jim Thompson, Christian Roux a truffé son récit de toute une série d’anti cliché qui donne cette saveur particulière à une histoire qui claque comme un coup de feu. Un livre très court, dans lequel l’auteur se concentre sur l’essentiel, à savoir Larry, pour nous décrire les réflexions d’un homme emporté par des événements qui le dépasse. Afin de condenser le récit, les autres personnages sont relégués au plan secondaire mais n’en demeure pas moins représentatif d’un pays qui ne compte plus ses ombres cabossées par la vie. Plus qu’une fable sociale, L’Homme à la Bombe est une trajectoire tragique qui conduira Larry vers un destin que l’on devine funeste et que Christian Roux déclinera sur un ultime clin d’œil plein d’ironie.

Dans une dédicace l’auteur rend hommage à Jim Thompson et David Goodis, qui lui ont ouvert les portes du roman noir. Mais bien plus que ces deux immenses écrivains c’est à Manchette que l’on pense car tout comme Georges Gerfaut, antihéros du Petit Bleu de la Côte Ouest, Larry est un homme de son temps et de son espace.

Sega

 

Christian Roux : L’Homme à la Bombe. Editions Rivages/Noir 2012.

A lire en écoutant : La Bombe Humaine. Téléphone. Album : Crache ton Venin/EMI 1979

10/09/2012

Jean-Christophe Grangé : Kaïken. Le seppuku d’un auteur consumé.

 

 

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Rien de plus affligeant que la rentrée littéraire. Outre l’écho médiatique outrancier, c’est cette marée d’ouvrages que les éditeurs nous balancent à une période donnée qui rend l’événement insupportable. Un dictat affligeant qui fleure bon le marketing avec sa flopée de prix littéraires à venir. L’ennui dans tout cela, c’est que ces contraintes éditoriales imposent aux auteurs de rendre leur copie à une échéance précise s’ils souhaitent faire du chiffre. Car dans tout ce cirque, c’est bien souvent le nombre d’exemplaires vendus qui prime au détriment de la qualité.

Cela peut s’illustrer avec les trois stars du thriller français que sont Jean-Christophe Grangé, Frank Thilliez et Maxime Chattam. Les trois auteurs présentent le même style d’écriture emprunté d’ailleurs à la littérature des thrillers anglo-saxon : Phrases aussi courtes que les chapitres. Descriptions détaillées et précises des scènes de crimes et des lieux où se déroulent les évènements. C’est d’ailleurs Grangé qui en a été le précurseur avec son fameux Le Vol des Cigognes édité en 1984. Maxime Chattam s’est fait connaître avec l’Ame du Mal, qui était le premier opus d’une trilogie consacrée aux tueurs en série. On a découvert Frank Thilliez avec la Chambre des Morts, bien qu’il ait précédemment écrit Train d’Enfer pour Ange Rouge, couronné du prix SNCF. Tous ces ouvrages ont eu comme point commun d’apporter une certaine fraicheur et une certaine originalité dans ce genre littéraire trusté par les auteurs anglo-saxon. Mais voilà à force de vouloir devenir le « Grand Maître du Thriller » et le n° 1 des ventes il semble que ces auteurs soient passés à une certaine démesure avec cette surenchère d’horreur qui frise le grand guignol et ces intrigues tarabiscotées qui peinent à tenir debout.

C’est donc dans un contexte de déceptions successives que j’avais perdu de vue Jean-Christophe Grangé (particulièrement avec La ligne Noire) jusqu’à ce que je me heurte à la muraille de son dernier opus qui se trouvait au beau milieu d’une librairie incitant le pauvre consommateur compulsif que je suis à consulter la couverture qui d’ailleurs n’avait rien d’engageant. Mais avec une intrigue se déroulant au Japon, je me suis laissé tenté.

Avec Kaïken nous suivons l’enquête d’Olivier Passant flic borderline (pour ne pas dire complètement cinglé) lancé à la poursuite d’un tueur sanguinaire qui s’est mis en tête d’éventrer des femmes enceintes avant de les brûler. Heureusement, il est secondé d’un flic punk et piercé de partout, grand consommateur de coke, héroïne et haschich qui ne crache pas dans son verre (rien que ça). Grand amateur du Japon, notre héros est marié à Naoko dont il a eu deux enfants. Un couple à la dérive en pleine procédure de divorce. Olivier Passant parviendra-t-il à appréhender ce meurtrier psychopathe tout en préservant le peu qu’il reste de sa vie de famille.

Bien évidemment, le livre se lit rapidement ce qui est d’un côté assez salutaire pour le pauvre lecteur. Au risque de dévoiler l’histoire, je ne vais pas m’étendre sur les incohérences du récit avec ce flic prétendument intuitif et intelligent qui ne serait pas capable de percevoir ce qu’il se passe dans son entourage direct. Pour le reste vous découvrirez une série de clichés sur le Japon avec le code d’honneur du Bushido, l’art de positionner son lit, de composer un jardin et de sélectionner un thé. Vous découvrirez également toute une série d’information extraite de Wikipédia comme par exemple l’arme de service d’Olivier Passant, un Beretta PX4, qui a été celle utilisée par Leonardo Di Caprio dans Inception. Très peu de suspense dans ce récit puisque nous connaissons l’identité et les motivations du tueur dès les premiers chapitres et outre le fait que les deux tiers de l’histoire se déroulent dans la région parisienne, c’est la fin bâclée qui se situe au Japon qui plongeront le lecteur dans la plus grande des consternations. Un peu comme si Grangé, pressé par son éditeur avait été contraint de rendre sa copie sans avoir pu lui donner plus de maturité. Kaïken est donc une histoire froide à l’image de ce petit couteau japonais dont on aurait oublié d’aiguiser la lame devenue finalement aussi émoussée que l’intrigue.

 

Jean-Christophe Grangé : Kaïken. Editions Albin Michel 2012.

A lire en écoutant : Weather Storm de Massiv Attack. Album Protection. Circa/Virgin 

21:49 Publié dans 6. Thriller, Auteurs G, France, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : grangé, kaïken, japon | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/11/2011

Kris/Maël : Notre Mère la Guerre, qui sont les monstres ?

 

 
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If any question why we died,

Tell them, because our fathers lied.

Rudyard Kipling, Epitaphs of the war

11 novembre 2011 au parc Mon Repos à Genève. Tous ce qu'il y a d'institutions officielles sont présentes devant le monument aux morts pour célébrer le devoir du souvenir. Dans ces moments solennels, teintés d'émotions et après tant d'années passées, il est difficile de pouvoir s'imaginer la souffrance et le sacrifice de ces hommes qui ne sont plus. Des discours lyriques et solennels évoquent le devoir, la camaraderie,  le dévouement ainsi que l'abnégation de ces soldats, mais passent sous silence toute l'horreur et l'absurdité des combats. Il est vrai que le lieu et le moment ne s'y prêtent guère.

Pour se faire une idée des atrocités de cette guerre que l'on disait la dernière, ce ne sont pas les ouvrages qui manquent. Le dernier en date est une série de bd intitulée Notre Mère de la Guerre, scénarisée par Maël et dessinée par Kris. Le premier album est sorti en 2009 et la troisième complainte est parue début novembre 2011, soit quelques jours avant la célébration de l'Armistice de 1918.

C'est par le biais du polar que les auteurs ont décidé d'aborder le sujet. En ce début d'année 1915, à quelques semaines d'intervalles, ce sont les corps de trois femmes qui sont découvertes dans les tranchés. Sur chacune d'entres elles, l'assassin a laissé une lettre d'adieu rédigée par ses soins. C'est au lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte qu'il incombe de découvrir l'auteur de cette ignominie. Car si l'on peut tuer en masse au nom de la patrie, il n'est pas question que l'on se permette de telles exactions dans le dos des soldats. L'horreur et la barbarie, juste une question de point de vue et de victimes. C'est donc au cœur des tranchées, en première ligne que le lieutenant Vialatte devra se rendre pour mener à bien son enquête. L'idéalisme de la guerre qu'il s'était forgé par le biais des écrits de Victor Hugo et Charles Peguy sera mis à mal avec le réalisme de combats acharnés et sauvages. Interrogatoires de jeunes poilus terrorisés, résignations de sous-officiers écœurés par ces massacres absurdes, c'est par ces témoignages que le lieutenant Vialatte découvrira le vrai visage de la guerre. Au milieu de cette folie guerrière, parviendra-t-il à identifier le meurtrier qui a de nouveau sévi en assassinant une quatrième jeune femme ?

La délicatesse et la finesse du trait de Maël alliée à la légèreté de ses gouaches transfigurent l'horreur des scènes qui sont dépeintes. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à s'attarder sur la couverture du premier album qui reflète le malaise qui se dégage au travers de chaque album. Avec un scénario bien rythmé, Kris nous guide dans les méandres de cette guerre atroce et en décrit toutes les turpitudes et les flétrissures avec des textes aux empreintes lyriques savamment dosées. Une idée de génie d'avoir abordé ce pan tragique de l'histoire par le biais du polar, même si l'idée n'est pas nouvelle. Il fallait cependant oser mettre en scène un sérial killer sévissant dans les tranchées, au cœur même de la barbarie humaine qui souligne l'ambivalence pour un tueur solitaire d'opérer dans une logique de tueries de masse orchestrée par des nations belliqueuses. Qui sont vraiment les monstres ? Cette question sous-jacente, plusieurs  personnages du récit se la pose sans pour autant obtenir de réponse. Avec Notre Dame la Guerre, vous découvrirez également un sujet rarement abordé avec ces jeunes délinquants (des meurtriers parfois) extraits des institutions pour mineurs pour « servir » au front, ceci au nom de la France alors qu'ils n'avaient pas 18 ans ...

Qui sont les monstres ? Maël et Kris vous en donnent la réponse avec un récit âpre et prenant, chargé d'émotion qui s'achèvera avec un quatrième album encore à paraître, intitulé Requiem qui clôturera ce long chant plaintif.

Sega

 

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Première Complainte. Edtions Futuropolis 2009.

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Deuxième Complainte. Editions Futuropolis 2010.

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Troisième Complainte. Edition Futuropolis 2011.

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Requiem. Editions Futuropolis (à paraître)

 

A lire en écoutant : Symphonie n° 3 d'Henryk Gorecki par David Zinman dirigeant le London Sinfonietta.  Soprano : Dawn Upshaw / Nonesuch Records, 1992.

 

 

 

 

 

 

 

 

19:27 Publié dans 2. BD, Auteurs K, Auteurs M, France, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : guerre, peguy hugo, maël, kris, notre dame la guerre | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

13/11/2011

MARC-ANTOINE MATHIEU : 3’’, JUSTE LE TEMPS DE …

 

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Pas vraiment un polar, quoique ...

3 secondes c'est un concept graphique de Marc-Antoine Mathieu qui nous entraîne dans une perspective labyrinthique digne des récits de Borges.

Cet homme qui braque son arme. Le coup de feu qui part. Pour qui est destinée la balle ? Et qu'elle est ce scandale qui secoue le milieu du football ? Cette femme tendue dans l'avion, que craint-elle ? Que viennent faire Carine Tonca, Antoine Crac et Toni Carcena dans cette histoire ? Qu'elle est cette compagnie Swiss qui délivre des billets Swissair ?

Sans un seul dialogue c'est au travers  d'une perspective sans fin que l'on découvre tous les rouages de ce polar et on peut vraiment parler d'une plongée dans l'histoire lorsque l'on s'enfonce dans le regard de cet homme apeuré. La suite n'est qu'un renvoi d'un reflet à un autre avec une sublime précision graphique. Il faut s'attarder sur le détail de chaque case pour découvrir tout ce qui s'est produit avant ces 3 secondes qui deviennent finalement la conclusion d'un long récit sous-jacent. Entre la case noire du départ et la case blanche finale, il faudra admettre qu'à la première lecture on aura manqué bien des évènements et plusieurs lectures seront nécessaires pour décrypter les rouages de cette minuscule fraction de temps. C'est tout l'intérêt du concept original de cette histoire.

Lorsque vous aurez terminé l'ouvrage vous pourrez vous connecter sur le web pour découvrir la vidéo élaborée à partir de l'intégralité des cases. Une façon de redécouvrir l'histoire en zoomant  les détails sur lesquels vous souhaitez vous attarder tout en étant maître de la vitesse de déroulement. C'est peut-être de cette manière que vous repèrerez dans l'une des cases, cet ancien footballeur célèbre et si vous ne le trouviez pas, vous pourrez au moins découvrir son nom au travers des anagrammes de plusieurs personnages de l'histoire.

Puis comme si cela ne suffisait pas, vous vous retrouverez au travers du forum pour commenter vos impressions, vos découvertes et vos observations. Cette plate-forme vous permettra peut-être de répondre à vos doutes et vos interrogations.

Un très bel ouvrage d'un auteur bourré de talent qui rend hommage à de nombreux artistes tels que MC Escher, Niki de Saint-Phale, Mark Shaw, Amish Kapoor, Lewis Trondheim et bien d'autres encore.

Pour décrypter toutes les clés de ce magnifique ouvrage gageons qu'il vous faudra bien plus de 3 secondes pour y parvenir. A vos chronos !

 

Marc-Antoine Mathieu : 3''. Editions Delcourt 2011

A lire en écoutant : Walking in the Rain. Album : Flash and the Pan (mai 2011).

 

 

18:00 Publié dans 2. BD, Auteurs M, France, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : 3'', borges, escher, marc-antoine mathieu, polar | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

09/10/2011

HUGUES PAGAN. DERNIERE STATION AVANT L'AUTOROUTE, ET TOMBENT LES FLICS ...

 

Michel Neyret, grand ponte de la PJ lyonnaise est tombé en entrainant dans sa chute une cohorte de supers flics. Et c'est la stupeur au sein des51ARMQR7Q0L._SL500_AA300_.jpg services de police où l'on peine à comprendre ce qu'il s'est passé. Pourtant ces mêmes flics ne cessent de dénoncer le manque de moyen, contrebalancé par cette culture du résultat qui perdure depuis bien des années. Cette ambivalance ne saurait excuser ces flics qui franchissent la ligne, mais permettrait tout au moins, si l'on s'en préoccupait, de prévenir les risques. Mais voilà, avec une hiérarchie qui, pareille à Ponce Pilate, préfère se laver les mains et fermer les yeux sur les moyens pour mettre en lumière les résultats, il n'est pas certain que cette hypocrisie ne cesse du jour au lendemain.

De l'étonnement ? Pourtant d'anciens flics comme Olivier Marchal n'ont pas cessé de parler de ces flics qui passent les bornes pour plonger dans la boue et franchir définitivement la frontière sans espoir de retour. Il n'y a qu'à revoir l'excellent 36 quai des Orfèvres ou la saison 1 de Braquo (la saison 2 sera diffusée sur Canal + dès le mois de novembre). Quand la fiction rejoint la réalité. Ou inversément...

Le pendant littéraire d'Olivier Marchal, n'est autre que Hugues Pagan, également ancien fonctionnaire de police, devenu écrivain et scénariste. Au fil de ces écrits, cet auteur talentueux n'a eu de cesse de dénoncer et décrire le mal-être qui règne depuis des années au sein de la Grande Maison. Vous trouverez le même langage de flic que dans les films de Marchal et une certaine exactitude des procédures judiciaires. Et puis il y a cette ambiance poisseuse qui émane de chaque page pour décrire le quotidien de ces flics torturés qui bien souvent flirtent avec la bouteille pour noyer leurs maux.

Cet auteur se fait bien trop rare et son dernier roman date de 1997. Dernière Station avant l'Autoroute relate la vie d'un OPJ de nuit qui se rend sur les lieux d'un suicide. Une mission bien ordinaire si ce n'est que le suicidé est un membre influent du gouvernement qui semblait compromis dans de sombres histoires de corruption. Une disquette disparue et c'est l'OPJ qui est soupçonné. L'intrigue devient un prétexte pour assister à la longue descente aux enfers de ce flic torturé et désabusé qui sombre, au grand dam de ses collégues, dans une espèce de folie intérieure qui fera remonter en lui des souvenirs qu'il aurait préféré rester enfoui au plus profond de son âme. Un homme dangereux pour ses supérieurs et les officines politiques car n'ayant plus rien à perdre, il refusera toute compromission. Des dialogues teintés d'humour au vitriole, une petite musique jazzy et une belle description d'un Paris très sombre, le tout parsemé d'anecdotes que l'auteur ou ses anciens collègues doivent probablement avoir vécus, font la force de ce roman qui, du polar vire au roman noir. Beaucoup de flics retrouveront dans ces pages l'univers qui est le leur et apprécieront la verve du personnage principal et ses confrontations avec une hiérarchie étouffante.

Pour ceux qui auraient vu Diamant 13 (encore une histoire de flics corrompus) avec Gérard Depardieu et Olivier Marchal, je ne peux que recommander d'oublier ce film médiocre pour se concentrer sur le livre dont il a été adapté : L'Etage des Morts (jeu de mot pour Etat-Major) du même Hugues Pagan.

Tout le monde s'étonne donc de la chute de Michel Neyret ?! Hugues Pagan, Olivier Marchal et bien d'autres vous racontent, chacun à leur manière et ceci depuis bien des années, l'histoire de ces flics qui franchissent la ligne. Mais bien sûr tout cela n'est que de la pure fiction.

 

SEGA

 

Hugues Pagan. Dernière Station avant l'Autoroute. Rivage/Noir 2000.

A lire en écoutant : Let's Get Lifted. John Legend. Album : Get Lifted  (Sony Urban Music / Universal)

 

 

22:41 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs P, France, LES AUTEURS PAR PAYS | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/09/2011

FUREUR NOIRE : LEO MALET/TARDI, BROUILLARD AU PONT DE TOLBIAC

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Fiat Lux ! Que la lumière soit !

Première phrase de la Genèse c'est aussi le nom de l'agence du célèbre détective Nestor Burma, détail piquant quand on connaît le parcours de son créateur, l'écrivain Léo Malet. Une jeunesse dans le milieu anarchiste que l'auteur évoque dans Brouillard au pont de Tolbiac que l'on peut considérer comme son meilleur roman de la série inachevée des nouveaux mystères des Paris.

Nestor Burma reçoit un message d'un certain Abel Benoît qui lui demande de le rencontrer à l'hôpital de la Salpêtrière afin « d'empêcher un salaud de mijoter des saloperies ». Une rencontre qui n'aura pas lieu puisque l'auteur de la lettre meurt des blessures que lui a infligé son agresseur. C'est une belle et mystérieuse gitane qui lui annonce le décès, devant l'établissement hospitalier. Poussé par la curiosité, Nestor Burma découvrira qu'Abel Benoît n'est autre qu'Albert Lenantais un camarade anarchiste qu'il a connu il y a de cela plus de 20 ans. Un époque où notre détective de choc, alors jeune crieur de journaux, vivait au foyer végétalien de la rue Tolbiac, fréquenté par toute une clique d'idéalistes et d'anarchistes. Une histoire d'amour avec une belle gitane, un ancien flic au bord de la folie, une plongée dans le passé, des rencontres avec d'anciens anarchistes embourgeoisés avec en arrière-plan le XIIIème arrondissement de Paris pour cette enquête de Nestor Burma. Parviendra-t-il à découvrir qui a agressé Albert Lenantais ; Arrivera-t-il à empêcher le salaud de commettre des saloperies et réussira-t-il à résoudre une enquête là où un ex-flic n'y est pas parvenu, malgré un acharnement de 20 ans qui le conduira à sa perte tragique sur le pont de Tolbiac.

Bien plus que le livre, c'est l'adaptation qu'en a faite Tardi que je vous propose de découvrir avec une BD absolument somptueuse. Le quartier du XIIIème n'est plus ce qu'il était, mais lorsqu'il en a fait l'adaptation en 1982, le dessinateur, grâce à un travail de recherche et de documentation fouillé est parvenu à restituer l'atmosphère poisseuse de ce quartier. Des lieux désormais mythiques, comme la place d'Italie, le viaduc d'Austerlitz, la rue et le pont Tolbiac ont été restitués fidèlement grâce au talent de l'artiste. L'escalier entre la rue Chevralet et la rue Tolbiac, lieu de la dernière rencontre entre Belita et Nestor Burma existe toujours, tout comme le bâtiment de l'Armée du Salut, conçut par un certain Le Corbusier. Ce n'est pas le cas du Viaduc métallique de Tolbiac où se déroule une part importante de l'intrigue. Cet ouvrage a été complètement démonté et rouille désormais dans un entrepôt.

Léo Malet voulait écrire un roman contre le XIIIème, mais ce fut un échec parfait puisqu'en transposant sur son personnage fétiche, des pans de sa jeunesse il est parvenu à dégager des émotions puissantes qui se sont fichées dans les décors de ce quartier. Vous l'aurez compris, le personnage principal de cette histoire c'est bien évidemment Paris et ce XIIIème arrondissement qui émerge des cases de cette magnifique BD. Vous vous perdrez dans ces ruelles étroites, exhalant ses vapeurs de brouillards tout en trébuchant sur le pavé luisant de pluie. Vous frémirez en arpentant la sinistre rue Watt et le sombre passage des Hauts-de-Forme. Et pour vous remettre, vous pourrez boire un calva ou un ballon de rouge en vous appuyant sur le zinc du comptoir d'un ces cafés surpeuplés de la place d'Italie.

Pour évoquer l'œuvre de Léo Malet, les organisateurs de la Fureur Noire, ont invité Guy Marchand qui a connu l'auteur et qui a incarné le personnage de Nestor Burma dans un série télévisée dont les producteurs ont eu la mauvaise idée de la transposer dans le Paris nos jours (années 90), laissant de côté, l'aspect rétro de l'époque des années cinquantes. Cet acteur de talent qui s'est vu décerner un César pour le meilleur second rôle dans Garde à Vue (encore un polar !) de Claude Miller, exposera son point de vue sur l'un des détectives phares de la littérature française de l'après-guerre. Retrouvez le donc le mardi 4 octobre 2011 à 2030 à la salle du Faubourg.

« Paris. La nuit sur le pont de Tolbiac, un homme rôde. Dans son regard la folie. »

SEGA

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Léo Malet/Tardi : Brouillard sur le pont de Tolbiac. Casterman 1982

A lire en écoutant :  Ni Dieu ni Maître - Léo Ferre - Album : Et Basta !

 

 

 

18/09/2011

Fureur noire : Manotti / DOA, le polar politique

 

 

A l'heure des élections, c'est bien évidemment le sempiternelle sujet de la sécurité qui enflamme les débats où l'on assène aux citoyens, à coups de slogans ravageurs et phrases rapides, les recettes qui vont remettre la cité sur les rails.

Police de proximité ! Patrouilles pédestres ! Tolérance zéro ! Des termes génériques qui prennent désormais des teintes politiques sans que l'on soit bien certain que les protagonistes en connaissent toutes les implications. La plupart d'entre eux seraient bien avisés de se pencher sur les ouvrages de nombreux spécialistes qui se sont intéressés à la question depuis bien des années, ceci avant même que ce sujet émotionnel, ne devienne le thème majeur des politiques et ne soit justement dévoyé par certains d'entres eux ! Dans le domaine francophone, on peut citer : Sebastien Roché, Loïc Wacquant, Jean-Paul Brodeur, Dominique Monjardet, Jean-Louis Loubet de Bayle et François Dieu.

Certains ouvrages de ces auteurs sont même disponibles en ligne !

 

Il faut l'admettre certaines de ces études, toutes passionnantes qu'elles soient, peuvent tout de même s'avérer extrêmement arides et on peut aborder le sujet de la sécurité et de la police par le biais du polar en s'intéressant particulièrement aux romans de nos voisins français.

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Avec « Bien connu de nos services » Dominique Manotti nous invite à partager la vie quotidienne des policiers du commissariat de Panteuil (lieu fictif), dans la banlieue nord de Paris, dirigé par la commissaire Le Muir, femme ambitieuse qui a adopté la politique du chiffre imposée par les pouvoirs politiques du Ministère de l'Intérieur. Flics aguerris, jeunes débutants, hiérarchie dépassée, truands chevronnés, petits voyous, tout ce petit monde s'entrecroise dans un chassé-croisé rapide et passionnant. Description du travail des BAC, de police-secours qui semble tellement vain au milieu de banlieues défavorisées, de camps gitans et de squats vétustes prêts à flamber. Afin de favoriser l'intrigue, l'auteur a parfois forcé le trait au détriment de la réalité. Mais cela importe peu, car au travers de ces pages on peut tout de même se rendre compte du désarroi de ces policiers qui, manipulés par leurs hiérarchies et le pouvoirs politiques, se referment sur eux-mêmes se révélant ainsi incapables de faire face aux défis sociaux qui les submergent. Débrouillardise et improvisation pour régler les problèmes au jour le jour tout cela à l'ombre de la compromission et  de la corruption. Un tableau sombre, probablement exagéré mais qui reflète tout de même le malaise du monde policier.

Pour DOA le tableau n'est guère plus reluisant même s'il s'attarde sur les SG et le monde des services secrets pour dépeindre les arcanes d'un monde souterrain inquiétant. « Citoyens Clandestins » c'est un thriller haletant avec cette menace d'attentat à la Dioxine sur la France par un groupuscule d'islamistes radicaux. Une description froide et troublante de réalisme d'une traque sanglante d'un ensemble de clandestins, d'agents doubles, d'espions à la solde d'une clique de manipulateurs qui mettent la raison d'état au-dessus de tous les principes moraux. Un livre volumineux extrêmement bien documenté qui se lit d'une traite, même s'il pêche parfois par son ton quelque peu professoral.

 

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La réunion des ces deux talents se retrouve dans « L'Honorable Société », livre à quatre mains de moins bonne facture qui se penche sur les arcanes des institutions étatiques liées à l'énergie atomique. Police criminelle, DGSE, éco terroristes, journalistes et milieu patronal s'interrogent ou tentent de dissimuler les mobiles du meurtre d'un policier rattaché à la commission pour l'Energie Atomique. Le tout se déroulant sur fond de campagne présidentielle, on assistera à la compromission des diverses instances étatiques qui useront de tous les expédients, même les plus extrêmes, pour parvenir à leur fin. On reprochera le côté impersonnel des personnages qui manquent de saveur. Toutefois l'intrigue, quoique classique, nous entrainera dans un récit passionnant, assez inquiétant et très bien documenté qui, espérons-le, ne s'avérera pas trop réaliste. Un sujet sensible (le nucléaire en France) que l'on retrouve d'ailleurs au cœur des débats pour l'élection présidentielle, rendent les tribulations du commandant Petrus Paris encore plus passionnantes. Cet enquêteur de la police criminelle, secondé par son équipe, devra faire preuve d'une pugnacité des tous les instants pour parvenir à résoudre cette sombre affaire.

Pour la Fureur de Lire, on retrouvera Dominique Manotti et DOA lors d'une table ronde qui aura lieu le jeudi 6 octobre 2011 à 21h50 à la salle du Faubourg, sur le thème du polar social et politique. Le polar qui devient protestataire et contestataire, cela promet un beau débat qui sera précédé d'une pièce de théâtre intitulée « Je refuse de répondre » qui relate le combat de Dashiell Hammett en proie à l'inquisition de la commission du sénateur McCarthy. Cela se déroulait en 1953. Le polar contestataire, protestataire, une forme d'écriture qui ne date pas d'hier.

 

 

Dominique Manotti : Bien connu des services de police. Série Noire/Gallimard 2010

DOA : Citoyens Clandestins. Série Noire/Gallimard 2007

Manotti / DOA : L'Honorable Société. Serie Noire/Gallimard 2011

A lire en écoutant : Demain c'est loin - IAM/L'Ecole du Micro d'Argent/Delabel-Virgin 1997

 

 

 

 

09/09/2011

FUREUR NOIRE : TONINO BENACQUISTA, LES MORSURES DE L'AUBE

 

La Fureur de Lire aura lieu du 4 au 9 octobre 2001 et se parera de la plus belle des couleurs : Le noir. Fureur Noire pour cette édition placée sous le signedu polar et du roman noir avec durant toutes ces journées, soirées et même nuit blanche des cadors du genre qui vont truster la place littéraire. Un programme ch66227159_p.jpgargé que je vous laisserai découvrir en consultant le site internet que vous pouvez trouver en cliquant ici.

Parmi toutes ces pointures, il faut citer Tonino Benacquista, écrivain et scénariste français très connu dans le milieu cinématographique pour ses collaborations fructueuses avec le cinéaste Jacques Audiard dans « Sur mes lèvres » (César du meilleur scénario) et « De battre mon cœur s'est arrêté » (César de la meilleure adaptation).

Dans le domaine littéraire j'ai une affection particulière pour son roman « Les Morsures de l'Aube » qui a été adapté par Antoine De Caunes en 2001. Antoine (personnage récurrent des premiers romans de l'auteur) et « Mister Laurence » sont deux noctambules et parasites mondains qui écument les réceptions, les bars et les boîtes de nuit parisiennes grâce à leur tchatche et la myriade de contacts qu'il ont su nouer durant leurs virées nocturnes. Pour accéder à l'une de ces soirées privées, Antoine se fait passer pour l'ami d'un certain Jordan, qu'il connaît pourtant à peine et qu'il a vaguement croisé dans un bar de la place. Mais le bluff tourne mal, car si Antoine et « Mister Laurence » parviennent à entrer, c'est pour être rapidement conduit auprès de l'organisateur de la soirée, qui les charge de retrouver ce Jordan. Pour s'assurer de leur succès, l'homme, mystérieux et inquiétant, retient « Mister Laurence » tandis qu'Antoine va devoir se lancer dans une course effrénée afin de retrouver ce mystérieux Jordan ainsi que sa sœur, l'envoutante Violette.

Une comédie sociale, un roman noir, un livre fantastique, les Morsures de l'Aube c'est tout cela à la fois, sans que l'on s'y perde, bien au contraire. On s'y sent bien ! Une belle ambiance nocturne émane des pages de cet excellent récit. L'auteur nous entraine dans ce monde de la nuit qu'il semble très bien connaître tant il est décrit à la perfection. Tonino Benacquista a su restituer cet univers particulier avec une dose équivalente de cynisme, d'humour et de mystère. Un cocktail parfait pour traverser ces nuits de bout en bout sans jamais s'ennuyer. On plongera dans ces lieux qui composent le Paris by night, mais que l'on peut retrouver dans toutes le villes du monde : Bars branchés, boîtes de nuit à la mode et rades pourris où le monde de la nuit se rassemble, s'expose et se disloque sous ces ténèbres éphémères pour éviter à tout prix la morsure de l'aube.

Tonino Benacquista sera présent lors de cette Fureur Noire, le mardi 4 octobre 2011 à 18h00 pour le vernissage de l'exposition « POLAR ET DESSINS » qui aura lieu à la salle du Faubourg. On y découvrira des planches de Tardi, Loustal, Myles Hyman et bien d'autres illustrateurs de renom.

Dans mes billets à venir, je reviendrai régulièrement sur cette manifestation littéraire en vous parlant des auteurs qui y seront présents. Il était grand temps que la Fureur de Lire vire au noir, car un livre vendu sur quatre est un polar comme le souligne dans son message d'introduction, M. Sami Kaanan, magistrat de la Ville de Genève en charge de la culture et du sport. Un chiffre à méditer...

SEGA

 

Des armées insolites

Et des ombres équivoques

Des fils dont on se moque

Et des femmes que l'on quitte

Alain Bashung, Tant de nuits

Tonino Benacquista : Les Morsures de l'Aube. Editions Rivages/Noir 1992

A lire en écoutant : Tant de nuit - Alain Bashung - Bleu pétrole.

 

 

28/08/2011

GIANNI PIROZZI : LE QUARTIER DE LA FABRIQUE, L’INFORTUNE DES ROMS.

 

Capture d’écran 2013-10-26 à 01.20.10.pngRetour de vacances. La Croatie, pays encore sauvage, préservé (pour combien de temps encore) du tourisme de masse où la côte
 montagneuse, pelée par un soleil de plomb, plonge directement dans les eaux azurs et cristalline de la mer Adriatique. De cette carte postale idyllique, peu d'élément pour nous rappeler les ravages d'une guerre pas si lointaine qui désola toute cette région, ainsi qu'une grande partie des pays voisins de l'Europe du sud est. Quelques plaques commémoratives, des impacts d'obus et de balles soigneusement conservés et que
lques clichés pour sensibiliser les touristes que nous sommes, aux conflits qui semèrent le chaos dans ces contrées des Balkans. Comme piqûre de rappel, il y a aussi dans mes bagages, emporté presque par hasard, ce livre de Gianni Pirozzi, "Le quartier de la Fabrique".

 

Avril 1999, la guerre du Kosovo bat son plein et des réseaux s'organisent afin de livrer des armes aux milices de l'UCK. En France, Santis, ex-activiste italien des années de plomb, convainc son camarade Rinetti de convoyer une de ces cargaisons jusqu'au cœur du Kosovo. L'ouvrage, comme une « road story », décrit donc le voyage de Rinetti accompagné de Craven, Paco et Frankie. Après avoir affréter deux camions depuis la Hongrie, ces 4 compères de l'infortune sillonneront tour à tour la Roumanie, la Bulgarie, la Macédoine et l'Albanie tout en étant les témoins involontaires d'un environnement social en pleine déliquescence qui sombre peu à peu dans le chaos le plus meurtrier qui soit et qui ne laisseront aucun d'entre eux indemne. Au fil du périple, les convictions idéalistes s'étiolent pour ne laisser place qu'à une désillusion qui sera plus que brutale.

On se laisse emporter sur ces routes chaotiques, décrites à la perfection par un auteur inspiré. Dépôts de locomotives inquiétant, postes de garde-frontière aux longues files d'attente, ponts démesurés et complexes industriels quasiment abandonnés, entrecoupés de paysages montagneux et de plaines aux aspects ruraux presque révolus. Une guerre sans héros où milices serbes, groupuscules de l'UCK et forces de l'OTAN s'opposent dans un chassé-croisé déroutant. Dans ce conflit ce sont bien évidemment les populations civiles qui font particulièrement les frais de cette guerre, se retrouvant sur les routes pour fuir les exactions des diverses milices. Et parmi cette population martyrisée, il en est une qui a particulièrement souffert aussi bien de la fureur des milices et que de celle des habitants exaspérés, c'est la population rom. Le récit est d'ailleurs entrecoupé de témoignages vibrants de demandeurs d'asiles roms décrivant les exactions qu'ils ont subit durant ce conflit. Gianni Pirozzi  nous livre également le récit dantesque  de la destruction complète d'un quartier entier de la ville de Mitrovica au Kosovo, (le quartier de la Fabrique) vieux de cinq siècles et qui abritait des milliers de familles roms. Toutes traces de son existence ont été complètement effacées, comme s'il n'avait jamais existé. Il ne reste plus la moindre ruine.

A la lecture de ce roman, on perçoit mieux quelques une des raisons qui ont poussé des milliers de roms des pays de l'Est à trouver refuge dans nos contrées. C'est tout le talent de Gianni Pirozzi qui par le biais d'un récit prenant, plein de suspense, nous relate les conditions sociales d'un peuple honnis dont personne ne souhaite la présence et ceci particulièrement dans les rues de nos cités occidentales.

Le quartier de la Fabrique est donc un roman noir, écrit comme un carnet de voyages, décrivant avec une précision redoutable, une partie de l'Europe que bon nombre d'entre nous méconnaissent. Une écriture, précise, minutieuse qui font que l'on tourne les pages sans pouvoir s'arrêter.

SEGA

 

Gianni Pirozzi : le quartier de la Fabrique. Editions Rivages/Noir 2009.

A lire en écoutant : Bohemian Ballet de Deep Forest. Album : Bohème, Sony Music 1995.

 

21:28 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs P, France, LES AUTEURS PAR PAYS | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |