16/02/2012

STUART NEVILLE : LES FANTOMES DE BELFAST, SANGLANTE BALADE IRLANDAISE

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Les murs de la paix qui sillonnent les quartiers de Belfast sont devenus de hauts lieux touristiques et les fresques qui les habillent, rappellent encore les années de guerre civile qui ont fait rage durant tant d'années dans les rues de cette cité.

Depuis la signature de l'accord de paix ratifié en 1998, les prisonniers politiques et autres leaders de l'IRA se sont convertis à la politique et ont pris en main les rênes de la ville. Dans ce contexte, les hommes des basses-oeuvres, ex tueurs en tout genre sont devenus des outils inutiles. Certains d'entre eux ont tout simplement pris le chemin de la délinquance, tandis que d'autres sont entretenus par la municipalité par le biais d'emplois fictifs en gage de leurs "bons et loyaux services". Gerry Fegan fait partie de la seconde catégorie. Après des années de prison, il promène son mal de vivre et sa dépression de pubs en pubs en tentant noyer sa peine dans le whisky et la bière.  Il souhaite se libérer de la horde de douze fantômes qui le hantent continuellement. Ces spectres sont les victimes des différents attentats qu'il a commis pour le compte de commanditaires devenus des personnages publics de la nouvelle Irlande. A leurs tours les fantômes deviennent les commanditaires et Gerry Fegan va devoir remettre l'ouvrage sur le métier afin de satisfaire cette soif de vengeance provenant de l'au-delà. Dès lors, Gerry Fegan, aussi fou que dangereux, devient l'homme à abattre. L'heure de régler tous les comptes a sonné et l'addition sera sanglante.

Le talent de Stuart Neville, c'est d'avoir su intégrer une part de fantastique dans un thriller extrêmement sombre, sans que cela ne dénature le récit, bien au contraire. L'auteur s'attache à décortiquer les enjeux d'une paix fragile financée par la Grande-Bretagne à coups de subventions dont nombres de politiciens véreux détournent une partie des fonds pour leur seul profit. On y découvre qu'après les convictions identitaires et religieuses des uns et des autres c'est désormais le pouvoir financier et économique qui dicte sa loi. Et puis il y a cette éternelle question de la rédemption qui reste l'enjeu majeur d'un livre fort bien écrit.

Stuart Neville nous décrit donc une Irlande en pleine expansion que l'on surnommait le « Tigre Celtique », une image désormais écornée par la crise économique qui a balayé le pays. Effondrement du marché immobilier, délocalisations, chômage, souhaitons que ce magnifique pays ne retourne pas à ses vieux démon et que les rues de Belfast ne perdent pas à nouveau leurs noms comme au temps où les habitants descellaient les plaques afin de perdre les soldats qui sillonnaient les quartiers catholiques comme l'évoquait le groupe U2 dans une célèbre chanson.

 

SEGA

Stuart Neville : Les fantômes de Belfast. Editions Rivages/Thriller 2011. Traduit de l'anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau.

A lire en écoutant : Where the streets have no names : U2 - Album : The Joshua Tree. Universal-Island Records Ltd. 1987

 

 

 

19:55 Publié dans 6. Thriller, Auteurs N, Irlande, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : stuart neville, irlande, ira, fantômes, belfast | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

05/02/2012

David Peace : 1977 ; 1980 et 1983, qu’elle était noire ma vallée ( suite et fin).

 

 

 

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Lors d'un précédent billet, je vous avais parlé de 1974, chef d'œuvre de David Peace qui était en fait l'ouverture d'une sombre et sinistre tétralogie chroniquant les affres du Yorkshire et du libéralisme outrancier qui ravagea la région.

 

En 1977, année du Jubilé, le tueur du Yorkshire sévit depuis plusieurs années, semant la terreur dans la région de Leed alors que la police impuissante s'échine à déployer des moyens considérables, mais inadaptés pour tenter de retrouver ce meurtrier. Nous suivrons le parcours de deux personnages secondaires du premier opus que sont le journaliste Jack Whitehead et le sergent Fraser qui tiennent les premiers rôles de cette tragédie. Car au-delà des apparences, certains crimes attribués à l'éventreur du Yorkshire pourraient révéler des histoires plus sombres qu'une troupe de policiers corrompus souhaiteraient dissimuler à tout jamais. Fraser, Whitehead, enquêteurs chevronnés mais minés par des tragédies personnelles vont-ils parvenir à faire éclater la vérité !?

1980, troisième opus de cette chronique atroce, est le plus linéaire et le plus classique des 4 romans. Peter Hunter, de la police de Manchester est chargé d'analyser la masse de dossiers concernant l'éventreur du Yorkshire qui n'a toujours pas été interpellé. Il continue à sévir en toute impunité et c'est pour cette raison que l'on diligente une enquête parallèle au grand dam des enquêteurs du Yorkshire qui n'apprécient pas cette intrusion. Est-ce seulement par orgueil ou pour d'autres raisons bien plus inavouables que ces policiers s'emploient à mettre des bâtons dans les roues d'un Peter Hunter qui va très vite se retrouver dépassé par les événements et découvrir les sombres magouilles de flic corrompus.

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1983 clôture le Red Ridding quartet. Un chant incantatoire à trois voix pour solder les comptes. Tous les comptes.

1ère voix incarnée par le « Je » de Maurice Jobson, alias la Chouette, policier véreux à la tête d'une horde de flics pourris qu'il entraine dans des sombres affaires immobilières, de minables trafics de pornographies et surtout d'enquêtes bâclées avec des tabassages en règle qui se déroulent dans les sous-sol d'un commissariat. Une salle d'interrogatoire que l'on surnomme « Le Ventre » qui engloutit aveux et dénégations des suspects pour ne régurgiter qu'une « vérité acceptable ». Un soubresaut de conscience poussera ce flic malfaisant à enquêter sur une nouvelle disparition de fillette tout en faisant le lien avec un autre enlèvement datant de 1969. Si les coupable ne sont pas ceux qu'il a désigné, qui peut bien enlever et tuer toutes ces petites victimes !?

Seconde voix incarnée par le « Tu » de John Piggott, avocat minable et alcoolique qui va prendre en charge les affaires de mères désespérées qui savent leurs fils innocents de tous les crimes monstrueux dont ils sont accusés. Ces petites filles qui disparaissent et qui meurent encore et toujours. Il découvrira l'enfer du Ventre, salle d'interrogatoire monstrueuse de la police du Yorkshire qui contraint les hommes à avouer l'inavouable et l'innommable. Qui est le véritable responsable de ces disparitions. John Piggott égrènera les jours qui le mèneront vers cette terrible vérité ? Cet enfant du Yorkshire, fils d'un flic déchu, pourra-t-il seulement faire face ?

Troisième voix incarné par le « Il » de BJ, petite frappe minable et jeune prostitué malfaisant. C'est le personnage central de toute la série, l'homme qui aiguillera les enquêtes d'Eddie Dunford, de Jack Whitehead et Peter Hunter qui les mèneront tous à leur perte. C'est le personnage qui partagera les derniers instants de certaines des victimes, précédent leur assassinat sauvage. Victime, témoin, c'est surtout le jeune homme qui connaît l'ange du mal manipulateur qui brise les hommes, les femmes et surtout les jeunes fillettes du Yorkshire.

En achevant ce quatuor, vous vous retrouverez laminé par tant de noirceurs et tant de tragédies. Aucun espoir de rédemption pour les protagonistes de ces tragiques épisodes car le Yorkshire engloutit ses secrets sous une trombe de pluies sombres et de boues malfaisantes et pestilentielles. David Peace, bien plus que l'atrocité des meurtres qui émaillent ses récits, s'attache à nous décrire le désespoir des victimes survivantes et surtout les affres des familles et proches qui ont perdu tout espoir avec les atrocités qui les ont frappées. Comme si l'inhumanité des crimes commis renvoyait à la fragile humanité d'hommes et de femmes ordinaires qui se retrouvent plongés dans un enfer sans nom. Le style de l'écriture n'est pas sans rappeler James Ellroy, mais pour nous entraîner dans un univers bien plus tragique que la déconstruction de la mythologie du rêve américain. Car Peace nous dépeint le Yorkshire de son enfance. Une région secouée par la fermeture des mines et des entreprises métallurgiques. Une région dépourvue de mythe ! Et c'est par petites touches, par le biais d'annonces radiophoniques, d'entrefilets des quotidiens de la région que l'écrivain nous fait prendre conscience de cette Angleterre qui sombre dans le déclin économique, irrésistiblement attirée par les mirages d'un libéralisme monstrueux qui fera bien plus de victime que l'éventreur du Yorkshire.

David Peace c'est un style féroce et un regard sans complaisance sur une société à la dérive qu'il se plaît à décortiquer sous la lumière impitoyable d'une écriture incandescente.

 

Sega

 

 

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David Peace : 1977. Editions Rivages/Noir 2005. Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Daniel Lemoine.

David Peace : 1980. Editions Rivages/Noir 2006. Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Daniel Lemoine.

David Peace : 1983. Editions Rivages/Noir 2008. Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Daniel Lemoine.

A lire en écoutant : Portishead. Album : Third, (Go ! Discs Ltd 2008)

 

 

 

31/01/2012

CHESTER HIMES : LA REINE DES POMMES, HARLEM OU LE CANCER DE L’AMERIQUE

 

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Si on regarde vers l'est, du haut des tours de Riverside Church, perchée au milieu des bâtiments universitaires, sur la rive haute de l'Hudson River, on voit tout en bas, dans la vallée, les vagues des toits gris, qui, comme celles de l'océan, faussent la perspective. Sous cette étendue mouvante, dans les eaux troubles des garnis crasseux, une population noire se convulse dans une frénésie de vivre, à l'image d'un banc grouillant de poissons carnassiers qui parfois, dans leur voracité aveugle, dévorent leurs propres entrailles. On plonge la main dans ce remous et on en retire un moignon.

C'est Harlem.

Plus on se porte à l'est plus la ville est noire.

C'est peut-être en lisant ce court extrait que l'on peut comprendre qu'au delà d'une intrigue punchy, de dialogues truculents et de personnages charismatiques la Reine des Pommes de Chester Himes est considéré comme un des grands classiques du polar. Ex étudiant, ex liftier, ex taulard, l'auteur en mal de devenir fut contraint de s'exiler en France pour obtenir une considération littéraire qu'il ne trouvait pas dans une Amérique gangrenée par la ségrégation. Alors qu'il s'obstinait à écrire des romans sociaux, Marcel Duhamel, alors directeur de la prestigieuse collection Série Noire, lui conseilla de s'essayer au polar. En 1958, La Reine des Pommes fut donc publié pour la première fois en France et obtint un énorme succès salué entre autre par Giono, Sartre et Cocteau.

Jackson est l'homme, le plus candide d'Harlem et pour combler sa garce de petite amie, prénommée Imabelle, il va faire fructifier son argent grâce aux « dons miraculeux » d'une bande de personnages très louches capable de transformer les billets de 10 dollars en billets de 100 dollars. Et lorsqu'il constate qu'il s'est fait spolier, cet apprenti croque- mort, transporté par une foi à toute épreuve et une naïveté qui confine à la stupidité, va tout faire pour récupérer son bien. Il sera aidé de son escroc de frère Chuck, qui pour survivre, se déguise en bonne sœur afin de voler les dévôts. L'histoire se réglera à coups de surins, de flingues et de bouteilles d'acide. Et parmi les personnages secondaires, apparaitront les flics les plus durs de Harlem, j'ai nommé Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Jones que l'on retrouvera dans les huit romans composant le cycle de Harlem.

 

Un monde sans pitié que le Harlem de Chester Himes où il y dénonce cette politique de ségrégation que subissait les citoyens afro-américains, mais également les travers d'une population qu'il dépeignait sans concession. On y découvre un quatier sinistré, gangréné par la violence et la misère sociale. On est bien loin des images d'épinal véhiculées par l'Apollo Theater et autres boîtes de jazz. Le Harlem que Chester Himes décrit est un quartier soufrant des affres de la drogue et de la mortalité infantile, entre autre. Un univers sordide, truffé de taudis où les délinquants en tout genre sévissent au détriment d'une population tourmentée.

 

Et si l'on veut se convaincre du lien entre l'étude sociale d'un quartier et le polar, il faut lire l'essai de Chester Himes, Harlem ou le Cancer de l'Amérique qui sert d'introduction au huit polars du Cycle de Harlem que l'on retrouve réunis pour l'édition Quarto/Gallimard. Il s'agit d'un texte édifiant qui dépeint de manière exhaustive l'historique et le contexte social de ce célèbre quartier. Là aussi vous découvrirez le regard sans concession de Chester Himes sur la vie des hommes et des femmes de ce quartier. Un texte dérangeant où l'auteur emploie à de multiples reprises le mot nègre comme pour mieux exorciser ce mal qui ronge encore l'Amérique.

 

Lorsque l'on me proposa, avec Yves Patrick Delachaux et Valérie Solano, de faire une chronique de polars pour Radio Cité, ce fut cet ouvrage qu'il me vint à l'esprit d'évoquer. Par le biais de ce lien vous découvrirez la maquette de ce projet malheureusement avorté avant même sa mise en œuvre : Machine Gun Kelly. Un joli brouillon savamment monté et mixé par l'excellent Alexandre Marcellin et animé par la talentueuse Judith Repond.

La Reine des Pommes c'est comme un morceau de be-bop que cracherait le saxo de Charlie Parker. Rapide, stylé, rythmé !!


http://www.flicdequartier.ch/machine-gun-kelly/

 

Bonne lecture et bonne écoute !

Sega

 

Chester Himes : La Reine des Pommes. Editions Gallimard/Quarto 2007. Traduit de l'anglais USA par Minnie Danzas.

A lire en écoutant : Across the 110th Street. Booby Woomack. Album : The Soul of Bobby Woomack/EMI Heart of Soul Series.

 

 

22:05 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs H, LES AUTEURS PAR PAYS, USA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

09/01/2012

DAVID PEACE : 1974, QU’ELLE ETAIT NOIRE MA VALLEE !

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Un léger vague à l'âme ? Une petite dépression ? Alors passez votre chemin car 1974 de David Peace n'est pas pour vous ! Un roman qui donne enfin un peu de sens au slogan débile « plus noir que noir ».

David Peace c'est un peu le James Ellroy britannique avec la mythologie du rêve américain en moins et la déliquescence d'un pays ravagé par une crise sociale et économique sans précédent, en plus. Avec 1974, l'écrivain entame une tétralogie qu'il bâtit sur les terres du Yorkshire, dans les régions de Leeds, Sheffield et Manchester, terreau ouvrier au nord de la Grande Bretagne.

En décembre 1974, c'est la disparition d'une jeune fillette, qui va permettre au jeune journaliste Edward Dunford de se propulser sur les devants de la scène médiatique. Une affaire en or ! Mais la concurrence est sérieuse et c'est en fouinant dans les entrailles des archives journalistiques que le jeune Eddie va mettre à jour toute une série de disparitions non élucidées. Une enquête éprouvante, pour ce jeune homme torturé qui va s'impliquer au delà de l'imaginable pour mettre à jour les carences d'une police complètement gangrénée par la corruption qui se soucie d'avantage de ses intérêts que de protéger ses concitoyens.

Au volant la vieille Viva de son père récemment décédé, Eddie Dunford sillonnera la région pour dénicher les indices qui le conduiront vers cette terrible vérité qui ne pourra que le détruire. Sur sa route il croisera des petites frappes, des mères désespérées et des promoteurs véreux, acoquinées aux forces de l'ordre, plus occupées à brûler des camps de gitans, tabasser des membres de communautés pakistanaises ou jamaïcaines que d'identifier le terrible pédophile qui sévit dans le Yokshire.

Il faudra dompter l'écriture de David Peace pour arriver au bout de l'ouvrage. Phrases courtes, hachées, répétitives qui donnent un rythme sauvage, presque hallucinatoire au récit. Il faudra également surmonter l'horreur des différents tableaux que dépeints l'auteur pour se rendre compte qu'il s'agit d'un plaidoyer pour les laisser pour compte d'une société qui subit déjà les prémices d'un libéralisme effréné que Margaret Tatcher s'apprête à mettre en place. C'est dans ce monde où la valeur humaine n'a plus de prix et où le mot d'ordre est « délocalisation » que des monstres pédophiles et des violeurs prendront leurs aises au cœur d'une région où les valeurs sociales n'ont désormais plus leur place.

A préciser que dans une partie de sa tétralogie, l'auteur qui est natif du Yorkshire, se base sur des faits réels comme l'odyssée sanglante de Peter Sutcliffe, surnommé l'éventreur du Yorkshire.

Un roman foisonnant luxuriant qui vous prendra aux trippes si vous parvenez à la maîtriser ce qui est loin d'être aisé. Un ouvrage qui se mérite, tout comme les derniers  grands chefs-d'œuvre de la littérature policière ! Car il ne faut pas se leurrer, David Peace est un génie de l'écriture. Allez vous perdre dans les contrées du Yorkshire. En reviendrez-vous sans en être ébranlé ? J'ai déjà une idée de la réponse.

SEGA

David Peace : 1974. Editions Rivages/Noir 2002. Traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Daniel Lemoine.

A lire en écoutant : Little Drummer Boy - Johnny Cash - 100 Hits of Christmas/Sony Music Entertainment 2010

 

 

05/01/2012

Giorgio Scerbanenco, Les Enfants du Massacre, tragique jeunesse

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Lorsque j'avais lu la première version des Enfants du Massacre de Giorgio Scerbanenco, édité dans la collection 10/18 Grands Détectives, j'avais été frappé par l'actualité du sujet et par la modernité du texte, car il faut savoir que ce roman avait été écrit en 1968. Il s'agissait de l'avant-dernier opus de la série mettant en scène Duca Lamberti.

Drôle de parcours pour ce personnage radié de l'Ordre des médecins et condamné à trois ans de prison pour euthanasie après avoir cédé à la demande d'une patiente souffrant d'un cancer en phase terminale. Au fil des récits, Duca Lamberti passera par le statut d'enquêteur privé,  avant d'intégrer la Questure de Milan avec l'appui du Commandant Carrua. Malgré son statut de policier, ses collaborateurs persisteront à l'appeler Dottore faisant preuve d'un immense respect pour cet homme atypique.

Beaucoup considèrent les Enfants du Massacre comme étant le meilleur roman de la série et je ne peux que confirmer ce choix. L'histoire débute dans une salle de classe déserte devenue la scène d'un crime abominable et abjecte après qu'une enseignante aient été violée et massacrée par ses 11 élèves du cours du soir. Bouleversé, Duca Lamberti va procéder à l'interrogatoire de ces jeunes adolescents en rupture sociale pour établir la responsabilité de chacun. La loi du silence va rendre son travail difficile et il devra faire preuve de tout son talent d'enquêteur pour établir la vérité qui n'est pas forcément celle que l'on croit. Enquête d'autant plus difficile pour Duca Lamberti qui sera confronté à la douleur de la perte de sa nièce âgée de 2 ans.

Bonne idée pour Rivage/Noir d'avoir réédité la série Duca Lamberti qui bénéficie d'une nouvelle traduction. La trame sociale reste toujours le moteur principal des récits avec en toile de fond cette violence terrifiante au cœur d'une Italie en pleine expansion. La modernité du texte provient également de sujets très forts, comme la délinquance juvénile, que Scerbanenco dénonçait déjà dans les années 60 et qui reste toujours un des sujets principales de l'actualité.

Il y a aussi cette grande ville de Milan, monstre tentaculaire, que Scerbanenco s'attache à nous décrire au fil de ses romans. La cité, personnage à part entière, tantôt attachante, tantôt repoussante, mais toujours pleine d'un certain charme mélancolique devient le théâtre tragique des enquêtes de Duca Lamberti.

Dans la foulée, Rivage/Noir a également édité le dernier récit des enquêtes de Duca Lamberti, les Milanais Tuent le Samedi qui, sans être du même calibre que les Enfants du Massacre, reste un roman extrêmement sombre qui traite de la problématique de la prostitution avec la disparition et la mort d'une jeune femme souffrant d'une déficience mentale.

Venus Privée et Ils Nous Trahirons Tous, sont les deux premiers romans de la série Duca Lamberti et ont également été réédité aux éditions Rivages/Noir. Sombres intrigues, société en pleine mutation, crimes sordides, ce sont les principaux éléments des récits de Giorgio Scerbanenco qui font que cet auteur est devenu l'un des grands maîtres du polar italien.

Planqués au fond des rayonnages les plus élevé de ma bibliothèque j'ai eu tout de même du plaisir à retrouver les éditions 10/18 de ces 4 romans dont la typographie surannée rend le texte peu lisible. Souvenir de lecture de jeunesse, on ne peut que saluer l'initiative des éditions Rivages/Noir d'avoir remis au goût du jour ce magnifique auteur de polar.

Bonne année et bonnes lectures

Sega

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Giorgio Scerbanenco : Les Enfants du Massacre. Editions Rivages/Noir 2011. Traduit de l'italien par Gérard Lecas.

A lire en écoutant : Madre Terra, Madre Perla de Ricardo del Fra. Album : Roses an Roots/MFA 2004.

 

 

11/12/2011

KEN BRUEN : CALIBRE, LONDON CALLING

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Toujours réjouissant de se plonger dans un livre de Ken Bruen et particulièrement lorsqu'il remet le couvert avec la série Roberts & Brant (R&B, ça ne s'invente pas !). C'est comme de recevoir une bonne beigne en pleine gueule après s'être enfilé un bon whisky bien tassé dont la brûlure vous arrache les tripes. Ca vous secoue.

Avec Calibre, Ken Bruen ne déroge pas à la règle en mettant en scène un serial-killer fan de Jim Thompson et particulièrement de son livre Le Démon dans la Peau. L'homme a décidé de trucider toutes les personnes mal élevées qu'il croise sur son chemin. Et à Londres, ce n'est pas le boulot qui manque.  L'inspecteur Roberts, flic gay en plein ascension, accompagné du sergent Brandt, un des flics le plus tordu du sud-ouest de Londres (et peut-être même d'Angleterre) sont chargés de l'affaire depuis que le tueur s'est décidé à relater ses « leçons de politesse » à la presse et à la police. Une grave erreur quand l'on sait que d'avoir le sergent Brant sur le dos équivaut à se coltiner la peste et le choléra réunis. Encore un truand qui va l'apprendre à ses dépends.

Vous voulez une intrigue linéaire, logique, bourrée de rebondissements ! Passez votre chemin ! Avec Ken Bruen, on lit du pulp à l'état pur. Dialogues ciselés, flics déjantés et truands pittoresques. Vous voulez une description des quartiers populaires de Londres ! Payez-vous un guide et prenez un  billet d'avion. Pour ce genre de littérature, on passe à l'essentiel, avec des scènes rapides et condensées. Et si vous voulez de la morale, vous la trouverez sûrement au fond de la cuvette des toilettes d'un des pubs favoris que fréquente le sergent Brant.

Dans ce nouvel opus de la série R&B, une pluie d'hommages pour Jim Thompson, Charles Willeford, Nick Tosh, Chandler et bien d'autres encore. Le livre est également bourré de référence aux  histoire d'Ed McBain et à son personnage fétiche du 87ème district : Steve Carella. Il faudra bien un jour que Ken Bruen se détache un peu de tout cela car ses personnages et ses romans n'ont rien à envier à ces grands auteurs. Ken Bruen est un écrivain de talent qui est encore bien trop méconnu en Suisse. Gageons que cela ne durera pas !

Savourez ce récit complètement barré avec des histoires secondaires hautes en couleur qui donnent encore plus de sel à l'ensemble du roman. Un souffle d'animalité, de nervosité et d'irrévérence pour Calibre, à l'image de la chanson la plus célèbres des Clash : London Calling.

SEGA

 

Ken Bruen : Calibre. Editions Série Noire/Gallimard 2011. Traduit de l'anglais (Irlande) par Daniel Lemoine.

A lire en écoutant : London Calling - The Clash - Album : London Calling/CBS Record 1979

 

 

 

 

13:30 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs B, Irlande, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : ken bruen, calibre, londres, brant | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

05/12/2011

Francesco De Filippo : L’Offense, la complainte d’un camorriste

 

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On peut le dire sans conteste, le Parrain de Mario Puzo fut un chef-d’œuvre à partir duquel Francis Ford Coppola adapta son triptyque éponyme que l’on peut considérer comme un monument du cinéma. Malgré la violence des scènes et le sort tragique de certains personnages (pour l’époque) il faut néanmoins admettre que l’on pouvait avoir une certaine empathie pour cette famille Corléone qui s’opposait au trafic de drogue et tentait même de se racheter une conduite. D’un certain point de vue, et particulièrement dans le dernier épisode de la saga, on pouvait même considérer que c’était la mafia qui corrigeait les travers d’une société bien plus sordide que les membres de cette « belle famille ». Une mafia acceptable en quelque sorte !

Pour déconstruire ce mythe, il fallut attendre bien des années avant que ne paraisse Gomorra de Roberto Saviano. Une véritable bombe littéraire que l’on ne peut pas considérer comme un roman noir, mais comme la réalité ultra sombre de ces empires mafieux qui gangrènent toutes les strates de la société. Personne n’oubliera le destin de ce tailleur qui façonne des vêtements de luxe pour les stars dans des ateliers clandestins dans lesquels travaillent les esclaves du 21ème siècle. Sa reconversion comme conducteur de camion nous entraine vers la problématique du traitement des déchets version camorra. L’adaptation cinématographique du livre est également époustouflante. Vous pourrez suivre l’ascension de deux jeunes camorristes issus de la Scampia, une des banlieues les plus sordides de Naples.

C'est ainsi que l'on s'est éloigné de cette image édulcorée du mafieux en costume rayé et borsalino évoluant dans des cadres somptueux, que ce soit en Sicile, à New-York, Chicago, Long Island ou au Nevada.

Pour poursuivre cette démarche de démystification, il y a l’Offense de Francesco De Filippo. Gennaro ne travaille pas, il se débrouille en rendant de menus services aux mafieux d’un quartier populaire de Naples où il vit avec sa femme et ses deux enfants. Satisfait de son sort, il se complait dans ce petit train-train quotidien qui lui permet de rester éloigner des "affaires". Mais Don Rafale, parrain du quartier en décide autrement et c’est ainsi qu’à 23 ans, le jeune homme devient membre de mafia. Sous la houlette, de Paolino, tueur psychopathe sans scrupule, Gennaro va entamer son apprentissage de camorriste et commencer son voyage en enfer. Au menu ce sont magouilles électorales, contacts avec immigrés clandestins, trafic de stups, intimidations en tout genre et torture. Il servira de prête-nom aux diverses sociétés que Don Rafale possède à travers le monde. Des voyages aux quatre coins de la planète pour prendre en charge des mules bourrées de cames par ses soins et une traversée de guérilla mafieuse achèveront de déshumaniser cet homme dépassé par l’horreur qu’il vit au quotidien. Il y perdra son âme, sa femme et ses enfants au cœur d’une région complètement ravagée par l’économie mafieuse.

C’est tout d’abord un hommage à Naples et à son petit peuple que Francesco De Filippo a voulu rendre dans ce livre baroque et époustouflant. Et puis, il y a cette plongée hallucinante au cœur de l’appareil mafieux qui semble tellement irréaliste qu’elle ne peut être qu’inspirée de faits réels. Dans un univers de violence, de prostitutions, de viols et de drogue où la vie n’a plus aucune valeur, les hommes qui composent ce monde tentaculaire perdent rapidement pied et sombrent dans la folie et le désespoir, sans qu’il n’y ait aucune possibilité de rédemption. Le texte est particulièrement rythmé et intense et on peut saluer l’excellente traduction de Serge Quadruppani qui a su restituer le langage populaire des quartiers napolitains. Les scènes que l’on découvre au fil des chapitres sont parfois d’une violence extrêmement crue et presque troublante suscitant auprès du lecteur une palette de sentiments contradictoires qui varient entre la fascination et le dégoût. L’Offense de Francisco De Fillipano est grand roman noir aux couleurs baroques, dont les descriptions flamboyantes et terrifiantes n’ont pas encore fini de vous faire frissonner, même si l’on regrettera peut-être un épilogue un peu mièvre. Peu importe, vous serez secoué par cette complainte d’un camorriste dépassé par les forces noires d’une organisation tentaculaire qui a su altérer toutes les couches de cette magnifique cité napolitaine que l’auteur se plaît à nous décrire avec passion.

Pour en savoir plus sur la mafia et les hommes qui la combatte, vous pouvez également découvrir une livre passionnant sur ce sujet :  Les Hommes de l'Antimafia écrit par mon collègue Christian Lovis, qu'il définit comme un essai romancé sur ces hommes et ces femmes courageux qui osent se dresser contre cet "ordre établi" et pourtant inacceptable dans un état de droit. Vous pouvez vous rendre sur son site très riche en articles édifiants sur ce monde méconnu et inquiétant de la mafia  : http://leshommesdelantimafia.wordpress.com/

 

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SEGA

Francesco De Fillippo : L’Offense. Editions Métalié/Noir 2011. Traduit de l’italien par Serge Quadruppani.

Christian Lovis : Les Hommes de l'Antimafia. Mon Petit Editeur 2011.

A lire en écoutant : Titre : Herculaneum – Auteur : DJ Pandaj – Album : Herculaneum Record Kids 2007

 

28/11/2011

SEAN DOOLITTLE : RAIN DOGS, OÙ S’ECHOUENT LES ÂMES BRISEES ?

 

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Si vous me demandez la raison pour laquelle j'ai acheté Rain Dogs, je ne vous ferai pas de réponses alambiquées en prétendant avoir fait un examen complexe pour dégotter un bon polar. Ce livre a piqué ma curiosité tout simplement parce qu'il porte le même titre qu'un album de Tom Waits datant des années 80 et que les chansons cabossées du chanteur à la voix rauque pouvaient correspondre aux fêlures du personnage principale de Sean Doolitle. De toute manière avec un roman édité aux éditions Rivages/Noir, je ne prenais pas de gros risques en matière de déconvenue.

Après la mort de sa petite fille et le départ de sa femme, Tom Coleman, ancien journaliste à Chigago, est un homme qui ne trouve le réconfort que dans le fond d'une bouteille d'alcool. En reprenant une petite exploitation de location de canoës, perdue au fin fond du Nebraska, héritée de son grand-père, il n'aspire qu'à s'enterrer d'avantage dans son chagrin. Mais panser ses plaies en retournant sur les lieux de son enfance n'est pas une chose aisée, surtout lorsque l'on retrouve son amour de jeunesse. Elles les sont d'autant moins lorsque, à proximité du domaine, explose un laboratoire de came clandestin et que des flics ripoux s'en prennent à l'un de ses employés. Ces magnigances ne vont qu'attiser la curiosité de l'ancien journaliste d'investigation et tant pis s'il le fait à ses propres risques et périls.

On pourrait reprocher le style très classique de Rain Dogs, mais c'est ce qui en fait sa force. Exit les intrigues tarabiscotées et les rebondissements douteux. Avec Rain Dogs on retrouve le classicisme du polar nord-américain dans ce qu'il a de plus noble et de plus efficace. Chaque mot est pesé avec soin, les dialogues sont forts bien construits et cette efficacité dans l'écriture nous permet de nous plonger dans ce coin perdu du Nebraska où, au travers des superbes descriptions de l'auteur, l'on se surprend à deviner les tumultes de la rivière dissimulée derrière un bouquet de chênes noueux et de pins odorants. Une histoire simple, des personnages familiers, cela pourra dérouter plus d'un lecteur bien trop habitué aux récits sophistiqués de certains auteurs plus soucieux du nombres d'exemplaires écoulés que de la qualité de leurs textes.

C'est dans les liens qui unissent les personnages que l'on trouvera l'émotion à fleur de peau qui caractérise Rain Dogs et l'on frissonnera particulièrement avec cette relation posthume entre un grand-père et son petit-fils pouvant évoquer une enfant que la maladie a emporté bien trop rapidement. En guise d'introduction au récit, il y a cette du lettre du vieil homme qu'il adresse à son petit-fils. A elle seule, elle donne un avant-goût de la sobriété talentueuse d'un écrivain méconnu, mais bourré de talent.

« Thomas,

Aujourd'hui tu enterres ta petite. J'imagine que tu as le cœur brisé et je suis bigrement désolé. J'aimerais te dire que j'aurais aimé être là, mais en fait, non. Plus le temps passe, et moins je supporte les gens. Je suppose que cette rivière est probablement ce qu'il y a de mieux pour un vieux chien sans collier comme moi. Peut-être que tu ne voudras rien avoir à faire avec cet endroit. De toute manière, la terre, les bâtiments et le camion sont à toi. Fais en ce que tu veux. Peu importe, moi je suis sous terre. Pas grand-chose à ajouter. Bonn chance fiston.

Parker Coleman »

Où vont s'échouer les âmes brisées ? Probablement au bord d'un rivière perdue au cœur du Nebraska. Sean Doolittle : un nom à retenir.

SEGA

 

Sean Doolittle : Rain Dogs. Editions Rivages/Noir 2011. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides.

A lire en écoutant : Tom Waits : Jockey Full Of Bourbon / Album : Rain Dogs / Island Records 1985

Tom Waits : Jersey Girls / Album : Heartattack and vine / Asylum Records 1980

 

 

 

00:17 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs D, LES AUTEURS PAR PAYS, USA | Tags : sean doolittle, rain dogs, tom waits, rivages | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

25/11/2011

Kris/Maël : Notre Mère la Guerre, qui sont les monstres ?

 

 
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If any question why we died,

Tell them, because our fathers lied.

Rudyard Kipling, Epitaphs of the war

11 novembre 2011 au parc Mon Repos à Genève. Tous ce qu'il y a d'institutions officielles sont présentes devant le monument aux morts pour célébrer le devoir du souvenir. Dans ces moments solennels, teintés d'émotions et après tant d'années passées, il est difficile de pouvoir s'imaginer la souffrance et le sacrifice de ces hommes qui ne sont plus. Des discours lyriques et solennels évoquent le devoir, la camaraderie,  le dévouement ainsi que l'abnégation de ces soldats, mais passent sous silence toute l'horreur et l'absurdité des combats. Il est vrai que le lieu et le moment ne s'y prêtent guère.

Pour se faire une idée des atrocités de cette guerre que l'on disait la dernière, ce ne sont pas les ouvrages qui manquent. Le dernier en date est une série de bd intitulée Notre Mère de la Guerre, scénarisée par Maël et dessinée par Kris. Le premier album est sorti en 2009 et la troisième complainte est parue début novembre 2011, soit quelques jours avant la célébration de l'Armistice de 1918.

C'est par le biais du polar que les auteurs ont décidé d'aborder le sujet. En ce début d'année 1915, à quelques semaines d'intervalles, ce sont les corps de trois femmes qui sont découvertes dans les tranchés. Sur chacune d'entres elles, l'assassin a laissé une lettre d'adieu rédigée par ses soins. C'est au lieutenant de gendarmerie Roland Vialatte qu'il incombe de découvrir l'auteur de cette ignominie. Car si l'on peut tuer en masse au nom de la patrie, il n'est pas question que l'on se permette de telles exactions dans le dos des soldats. L'horreur et la barbarie, juste une question de point de vue et de victimes. C'est donc au cœur des tranchées, en première ligne que le lieutenant Vialatte devra se rendre pour mener à bien son enquête. L'idéalisme de la guerre qu'il s'était forgé par le biais des écrits de Victor Hugo et Charles Peguy sera mis à mal avec le réalisme de combats acharnés et sauvages. Interrogatoires de jeunes poilus terrorisés, résignations de sous-officiers écœurés par ces massacres absurdes, c'est par ces témoignages que le lieutenant Vialatte découvrira le vrai visage de la guerre. Au milieu de cette folie guerrière, parviendra-t-il à identifier le meurtrier qui a de nouveau sévi en assassinant une quatrième jeune femme ?

La délicatesse et la finesse du trait de Maël alliée à la légèreté de ses gouaches transfigurent l'horreur des scènes qui sont dépeintes. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à s'attarder sur la couverture du premier album qui reflète le malaise qui se dégage au travers de chaque album. Avec un scénario bien rythmé, Kris nous guide dans les méandres de cette guerre atroce et en décrit toutes les turpitudes et les flétrissures avec des textes aux empreintes lyriques savamment dosées. Une idée de génie d'avoir abordé ce pan tragique de l'histoire par le biais du polar, même si l'idée n'est pas nouvelle. Il fallait cependant oser mettre en scène un sérial killer sévissant dans les tranchées, au cœur même de la barbarie humaine qui souligne l'ambivalence pour un tueur solitaire d'opérer dans une logique de tueries de masse orchestrée par des nations belliqueuses. Qui sont vraiment les monstres ? Cette question sous-jacente, plusieurs  personnages du récit se la pose sans pour autant obtenir de réponse. Avec Notre Dame la Guerre, vous découvrirez également un sujet rarement abordé avec ces jeunes délinquants (des meurtriers parfois) extraits des institutions pour mineurs pour « servir » au front, ceci au nom de la France alors qu'ils n'avaient pas 18 ans ...

Qui sont les monstres ? Maël et Kris vous en donnent la réponse avec un récit âpre et prenant, chargé d'émotion qui s'achèvera avec un quatrième album encore à paraître, intitulé Requiem qui clôturera ce long chant plaintif.

Sega

 

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Première Complainte. Edtions Futuropolis 2009.

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Deuxième Complainte. Editions Futuropolis 2010.

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Troisième Complainte. Edition Futuropolis 2011.

Maël/Kris : Notre Dame la Guerre, Requiem. Editions Futuropolis (à paraître)

 

A lire en écoutant : Symphonie n° 3 d'Henryk Gorecki par David Zinman dirigeant le London Sinfonietta.  Soprano : Dawn Upshaw / Nonesuch Records, 1992.

 

 

 

 

 

 

 

 

19:27 Publié dans 2. BD, Auteurs K, Auteurs M, France, LES AUTEURS PAR PAYS | Tags : guerre, peguy hugo, maël, kris, notre dame la guerre | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

20/11/2011

HENNING MANKELL : LE CHINOIS, LA VENGEANCE ETERNELLE !

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Des crimes absolument terrifiants, une mise en scène hallucinante c'est toujours ainsi qu'ont démarré la plupart des romans de Henning Mankell et « Le Chinois », dernier opus de l'écrivain suédois ne déroge pas à la règle. Dans le nord de la Suède, un mystérieux assassin a décimé tout un village. Au total ce ne sont pas moins de 19 personnes qui ont été massacrées à l'arme blanche. C'est ainsi que démarre l'enquête que mène la juge Birgitta Roslin en marge des services de police pour découvrir la raison pour laquelle les parents adoptifs de sa mère, qui font partie des victimes, ont été ainsi assassinés. D'un peuple exploité à la superpuissance qu'est devenue la Chine, Birgitta Roslin découvrira différents aspects de ce pays devenu un acteur incontournable de la géopolitique mondiale autour duquel un frère et une sœur s'entredéchirent jusqu'à la mort pour conduire la destinée de cette nation.

Exit donc Kurt Wallander et ces enquêtes de longues haleines qui mettaient en relief les travers d'un pays que l'on avait pour habitude de dépeindre comme le modèle idéal de société. L'auteur s'était déjà émancipé en nous livrant une enquête menée par la fille du célèbre commissaire, Linda Wallander, dans « Après le Gel ». Il avait fait une seconde tentative avec « Le Retour du Professeur de Danse » où le personnage central, Stefan Lindmann, demandera une mutation à Ystad où il aura une relation avec Linda Wallander. Dans ces deux tentatives d'émancipation, il y avait quelque chose de très « wallanderien » aussi bien dans les personnages que dans la structure de l'histoire, chose que l'on ne retrouve absolument pas avec le dernier roman de Mankell qui s'est définitivement affranchi de son personnage culte, ce qui est à saluer.

Avec « Le Chinois », nous nous plongeons dans un autre type d'intrigue qui sont peut-être à mettre en lien avec les romans « blancs » de l'auteur qui s'ingénie désormais à mettre en lumière les travers d'un ordre mondial cynique. On reprochera peut-être quelque défaut dans la structure de l'histoire avec ce retour dans le passé qui nous dévoile le nœud de l'intrigue au beau milieu du roman. Henning Mankell n'a peut-être pas le talent d'un Arnaldur Indridason pour ce type d'enquête qui nous plonge dans le passé historique d'une nation. On regrettera également le manque de profondeur du personnage principal qui apparaît plus lisse et plus terne que les personnages précédents de l'auteur. Peut-être faudra-t-il plusieurs romans pour que l'on découvre les aspérités de Birgitta Roslin afin que l'on puisse s'attacher à cette juge suédoise atypique.

Malgré ces défauts, « Le Chinois » a le très grand mérite de mettre en relief les enjeux fondamentaux d'un pays qui est encore en pleine mutation et dont les défis nationaux virent aux défis planétaires avec en toile de fond la convoitise de ce continent que l'auteur affectionne tant : L'Afrique !

« Le Chinois » dénonciation géopolitique haletante et inspirée, avec ce culte des ancêtres qui flirte vers la folie et qui ensanglantera les paysages enneigés de la Suède.

SEGA

Henning Mankell : Le Chinois. Editions Policiers Seuil / 2011. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne.

A lire en écoutant : Souvenir de Chine - Jean-Michel Jarre - Les concerts en Chine.

 

 

 

19:58 Publié dans 3. Policier, Auteurs M, LES AUTEURS PAR PAYS, Suède | Tags : chine, suède, mankell | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |