24/08/2015

ALBERTO GARLINI : LES NOIRS ET LES ROUGES. LE ROMANTISME DE LA DEFAITE FASCISTE.

Capture d’écran 2015-08-24 à 11.24.41.pngA l'heure où l'on évoque déjà la rentrée littéraire avec sa cohorte de près de 600 ouvrages, il faut se dire que désormais l'auteur ne doit plus sa notoriété à son seul talent, mais à un service de presse efficace qui permettra peut-être à son roman d’émerger de cette déferlante saisonnière. Outre les têtes d'affiche (ou de gondole), il y a de temps à autre quelques phénomènes littéraires qui sortent du lot, parfois pour de mauvaises raisons au détriment de certains romans d'une rare intensité qui passent totalement inaperçus. Au regard de ses qualités indéniables, on peut dire que pour l'année 2014 -2015 Les Noirs et Les Rouges d'Alberto Garlini a fait les frais de cette discrétion totalement inappropriés pour un roman que l'on peut qualifier sans aucune hésitation de prodigieux. Alliant la noirceur des évènements des années de plomb à la candeur d'une romance pourtant destructrice, le roman d'Alberto Garlini se situe au-delà des catégories roman noir/roman blanc pour nous livrer une histoire flamboyante contant la lutte armée d'un jeune fasciste italien aux convictions inébranlables.

Stefano Guerra est un jeune fasciste déterminé portant un nom dédié à la violence. Mais c’est en 1968 que son destin bascule lors des affrontements sur le campus universitaire de Valle Giulia entre les noirs, jeunes militants fascistes, et les rouges, jeunes militants gauchistes. Durant ces heurts violents, Stefano tue accidentellement le jeune Mauro d’un coup de couteau. Outre le fait d’être le fils d’un grand intellectuel communiste, la victime est le frère d’Antonella dont Stefano est tombé éperdument amoureux. Ignorant tout de son crime et de ses sombres activités la jeune femme est séduite par ce garçon passionné. En parallèle à cette idylle naissante, Stefano Guerra passe du militantisme à la lutte armée en formant avec ses amis d’enfance un petit groupuscule qui prendra part aux tragiques évènements qui jalonneront la sinistre période des années de plomb. Si les actions débutent par du sabotage de meeting politique, du trafic d’armes et des agressions contre des militants gauchistes, Stefano Guerra va s’engouffrer dans une spirale de violence en participant à des attentats tragiques et sanglants. Idéaliste exalté Stefano Guerra est désormais un guerrier déchaîné qui va devoir faire face aux compromissions de ses pairs. Mais qui pourra arrêter cet homme survolté élevé dans une logique de haine et de violence ?

Dans une période trouble telle que l'a vécue l'Italie durant les années de plomb, il est à présent bien difficile d'appréhender le vrai du faux dans ce conglomérat de complots, compromissions, manipulations et infiltrations qui ont mis à mal la crédibilité des autorités institutionnelles du pays. Que ce soit les juges, les politiques, les chercheurs ou les historiens, aucune de ces corporations n'a été capable de faire la lumière complète sur ces tragiques évènements qui ont marqué de manière durable toute une population. L’Italie à peine remise du joug fasciste s’entredéchire à nouveau dans ce que l’on n’oserait pas désigner comme une guerre civile mais qui y ressemble furieusement. Quoiqu’il soit, après tant d'années, l'affaire est désormais du ressort de la fiction, car en s'appropriant les faits, en les déformant et en les réinterprétant un auteur peut nous livrer son point de vue exempt de manipulations, de certitudes et d'exactitudes. Mais paradoxalement il est possible que ce soit par ce biais que l'on se rapproche le plus d'une certaine forme de  vérité.  " Cette histoire est vraie puisque je l'ai inventée".  C'est donc ainsi qu'Alberto Garlini nous livre avec Les Noirs et Les Rouges, un roman exceptionnel qui dépeint les activités occultes d’un groupuscule fasciste œuvrant pour mettre en place une stratégie de la tension durant plusieurs décennies. Alberto Garlini mêle donc habilement fiction et réalité. Le personnage principal s’inspire librement des activités terroristes de l’extremiste de droite Vincenzo Vinciguerra, tandis que son père spirituel politique, prénommé Franco fait référence au parcours de Stefano Delle Chiaie, activiste néofasciste. L’auteur a d’ailleurs mixé la contraction du nom de famille de l’un au prénom de l’autre pour façonner l’identité de son héros Stefano Guerra. Outre les personnages, Alberto Garlini s’est réapproprié des évènements tragiques qui ont marqués cette triste période à l’instar de l’attentat de la Piazza Fontana à Milan qu’il déplace de quelques mètres sur la Piazza del Monumente. Cette attaque sanglante que l’auteur reconstitue avec force de tension devient le point central du roman où tout bascule. Les différents chapitres segmentent la période guerrière de Stefano Guerra de mai 1968 à avril 1971. Ils sont entrecoupés d’un procès se déroulant en 1985 qui donne quelques éclairages anticipatifs sur la suite des évènements ce qui a l’avantage d’amplifier l’appréhension du lecteur tout en démontrant la vacuité de la démarche judiciaire. Car à ce jour, les principaux instigateurs de l’attentat de la piazza Fontana restent encore impunis. 

Avec Les Noirs et Les Rouges Alberto Garlini nous livre donc la version du camp des fascistes, nous qui étions habitués à un point de vue « romantique », parfois dangereusement esthétisant de la lutte armée révolutionnaire gauchiste. Rien de tout cela dans ce roman qui parvient à dresser un portrait dépourvu de stéréotype en dévoilant les liens occultes entre ces groupuscules fascistes, bénéficiant de la protection bienveillante des services de police et les services secrets italiens. Dans ce contexte trouble, Stefano Guerra est certes un fasciste violent et animé par un haine peu commune contre ses adversaires, il n’en demeure pas moins quelqu’un d’intelligent qui peut faire preuve d’une certaine sensibilité. Il aime la musique, le cinéma et apprécie la poésie, particulièrement celle d’une jeune auteure sud américaine dont les vers semblent le toucher particulièrement. Et puis il y a cet amour qu’il porte à Antonella qui lui permet, un temps seulement, de s’écarter du parcours de violent qu’il a empruté. Son périple déchaîné nous entraîne dans toute la partie nord de l’Italie, l’Autriche, l’Afghanistan pour s’achever au Chili. Sur ce chemin, l’homme révolté croisera quelques personnages réels comme le réalisateur et poète Pier Paolo Pasolini, le compositeur Luciano Bério, l’écrivain Bruce Chatwin et le sinistre philosophe Julius Evola.

Guerrier sauvage et intègre, Stefano Guerra n’est finalement que le fruit de la colère qui anime les trois « pères » qui forment autour de lui un cercle de haine qui l’aveugle. Il y a tout d’abord Franco Revel, guide politique et militant qui l’entraîne sur la voie révolutionnaire tout en se compromettant avec les arcanes du gourvernement en place. Il y a également Rocco, père de substittution, guide érotomane, tout droit sorti du dernier film de Pier Paolo Pasolini, Salo ou les 120 jours de Sodome. C’est cet homme monstrueux qui abreuve et influence une partie de la jeunesse d’Udine avec ses souvenirs « glorieux » lorsqu’il était membre des commandos fascistes du Duce. Et puis il y a ce père géniteur que Stefano découvre à l’âge de huit ans pendu dans une grange. On peut donc ressentir une forme d’empathie pour ce personnage tragique, très vite contebalancée par ses actes abjectes et les propos ignobles de son entourage sur la pureté de la race à l’instar de ce comte Sperelli, jeune noble fasciste, probablement bien plus dangereux que Stefano Guerra.

La violence, la passion, la fraternité et la lutte armée dans un pays où se déchire les extrémistes de tous bords durant cette période intense de la fin des sixties parfaitement reconstituée c’est ce que vous offre Alberto Garlini avec Les Noirs et Les Rouges fabuleux roman qui traduit l’audacieuse époque où il fallait tout détruire pour mieux reconstruire. A découvrir impérativement.

Sega

 

Alberto Garlini : Les Noirs et Les Rouges (titre original : La Legge Dell’ Odio). Editions Gallimard – Du Monde Entier / 2014. Traduit de l’italien par Vincent Raynaud.

A lire en écoutant : Sinfonia de Luciano Bério. Album : Sinfonia – Eindrücke. 1986 Erato Classic S.N.C.

11:26 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs G, Italie | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

02/08/2015

Thierry Marignac : Fasciste. Un pavé dans la gueule.

thierry marginac,fasciste,hélios noir,pierric guittaut,fn,extreme droitePlus que partout ailleurs, c’est en France que le polar et le roman noir sont devenus l’instrument d’une espèce de propagande politique entretenue par des militants de gauche et d’extrême gauche. Il ne s’agit en rien d’une critique mais d’un constat dont il faut prendre conscience en lisant les œuvres de ces écrivains reconnus avec en tête de file Jean-Patrick Manchette qui créa la mouvance de la critique sociale par l’entremise du roman noir. Il est même amusant de voir ces vieux briscards de gauche s’invectiver entre eux dans les salons du livre ou par l’entremise de la tribune des hebdomadaires en se traitant de négationniste, d’antisioniste ou autres joyeusetés à l’instar d’un Didier Daeninckx qui dresse régulièrement des procès d’intention aux accents parfois staliniens en s’en prenant aux écrivains qui n’entreraient pas dans le moule. C’est beaucoup moins amusant lorsque l’on sait que certains auteurs en marge subissent les foudres d’une censure ou d’un silence médiatique parfois assourdissant comme le révèle des auteurs comme Pierric Guittaut  ou Thierry Marignac. Ce dernier semble avoir fait les frais de cette censure lorsqu’il écrivit en 1988 son premier roman intitulé Fasciste qui fait l’objet d’une troisième réédition.

Rebelle sans cause, étudiant bourgeois achevant son service militaire, Rémi Fontevrault est un fasciste qui embrasse d’avantage la cause pour l’aura romantique du réprouvé que pour les convictions politiques de rejet. Manifs, bagarres, études bâclées, le jeune homme végète en vivant au crochet d’un père qu’il méprise. C’est en rencontrant Lieutenant et sa sœur Irène, tous deux issus d’une famille de collaborateurs que Rémi va orienter l’ensemble de ses actions en organisant le service d’ordre d’un homme politique du front national. Trafic d’armes, luttes d’influence, ratonades, Rémi et Lieutenant mettent leurs idéaux de côté pour laisser la place aux actions violentes et déterminées que même les politiques extrémistes de droite, en quête de respectabilité, doivent désormais rejeter. Quand on arrive à l’extrême de l’extrême on se retrouve au bord du vide.

Qualifié de roman culte, Fasciste est désormais présenté comme un ouvrage licencieux, voire même subversif dont la seule acquisition provoquerait un certain frisson. Une bravade de l’interdit en quelque sorte. Mais que l’on soit bien clair, Fasciste n’a rien du brûlot sulfureux que l’on veut nous décrire, bien au contraire. Certes l’auteur nous dépeint la trajectoire d’un fasciste sans pour autant décrier la démarche du personnage principal. En fait tout le postulat inconvenant du roman réside dans le fait que Rémi soit un fasciste. Et alors ? Héros ou antihéros, Thierry Marignac ne nous impose aucun jugement de valeur, aucune morale et surtout aucune démarche de rédemption et c’est tant mieux. Il semblerait que l’auteur parie finalement sur l’intelligence du lecteur. Car même s’il est beau, intelligent et cultivé, nous n’avons aucune envie d’apprécier ce jeune en rupture dont on suit la trajectoire dans une succession de scènes parfois ennuyeuses. Il est indéniable que Thierry Marignac possède une maîtrise de l’écriture qui lui permet de nous délivrer un texte fluide qui tranche avec la pauvreté de l’intrigue. On appréciera toutefois l’épisode où Rémi se rend à Belfast pour rencontrer un leader unioniste ainsi que la scène finale. Mais est-ce que tout cela est suffisant pour faire de Fasciste un roman culte ? Certainement pas.

Thierry Marignac nous explique qu’il souhaitait écrire un roman dans un registre où l’on ne l’attendait pas. Cela semble un peu court pour dépeindre le milieu de l’extrême droite et on le ressent tout au long du récit. Car Fasciste manque cruellement d’ampleur et c’est bien dommage, d’autant plus que l’on se doute bien que l’auteur en a sous la pédale. On déplorera également le manque de clarté environnementale et politique qui conduit les différents personnages vers leur destinée. Cette absence de contexte motivant l’action des protagonistes est l’une des faiblesses du roman qui perd de sa substance trash.

Il n’en demeure pas moins qu’il faut lire Fasciste, qui reste un des rares romans sans complaisance évoquant le FN et ses groupuscules d’extrême droite sans pour autant tomber dans les clichés de convenance. Et si l’on se demande ce que sont devenus les différents acteurs de l’histoire il suffit d’inscrire Fasciste dans la perspective de la démarche de dédiabolisation du rassemblement bleu marine que l’on vit actuellement en France.

Sega

Thierry Marignac : Fasciste. Editions ActuSF Hélios Noir 2015.

A lire en écoutant : Come Out and Play. The Offspring. Album : Smash (Epitaph 1994).

14/06/2015

BENJAMIN WHITMER : CRY FATHER. BORN IN THE USA.

« Je vis en Amérique et en Amérique on est tout seul. L’Amérique, c’est pas un pays, c’est que du business. Alors maintenant putain payez moi ! »

Cogan - Killing Them Softly

Film réalisé par Andrew Dominik

 

Capture d’écran 2015-06-14 à 20.01.36.pngLorsque Pike de Benjamin Whitmer est publié en 2012, il fait carrément figure d’intrus dans la ligne éditoriale de la maison d’édition Gallmeister essentiellement tournée vers le roman noir de type nature writing. Et on ne peut pas dire que les aventures d’un ancien truand réglant ses comptes dans les rues de Cincinatti entraient dans ses critères. Mais j’imagine qu’en détenant un texte pareil, on ne pouvait décemment pas orienter l’auteur vers une autre maison d’édition.  Pike c’est le genre de livre qu’un éditeur, un tant soit peu lucide, ne peut pas laisser filer entre ses mains. Finalement Oliver Gallmeister a contourné le problème en créant, cette année, une nouvelle collection Néo Noir dans laquelle figure Pike, ainsi que le dernier roman de l’auteur, intitulé Cry Father.

On ne peut pas dire que Patterson Wells soit un homme stable et fiable. Mais depuis qu’il a perdu son fils, l’homme parcours le pays pour travailler en tant qu’élagueur sur les zones sinistrées des USA en déblayant les décombres. Entre deux chantiers, Patterson retourne du côté Denver où il cultive son mal être à coup de bitures et de souvenirs  dans une cabane isolée de la San Luis Valley. Tout pourrait être simple, s’il n’y avait pas le fils de son voisin et meilleur ami Henry qui débarque dans la région. Outre le fait d’être dealer, Junior a une sérieuse tendance à s’attirer des problèmes en provoquant des bagarres aussi brutales que sanglantes. Désormais liés par une amitié complexe, le deux hommes vont s’entraîner l’un l’autre dans une spirale d’ennuis meurtriers.

Ce qu’il y a de surprenant avec les romans de Benjamin Whitmer, c’est cette espèce de spontanéité qui émane d’une écriture aussi fluide que percutante. Whitmer n’écrit pas, il respire en inspirant des mots et en expirant des phrases qui s’enchaînent les unes aux autres pour former un texte d’une cinglante perfection. Il faut bien l’admettre, l’auteur détient cette faculté peu commune de conjuguer la simplicité avec le génie, comme si tout cela coulait de source. Cette aisance innée dans l’écriture permet au lecteur de lire les romans de Benjamin Whithmer d’une traite, ce qui équivaut presque à un regret lorsque l’on achève un tel ouvrage aussi rapidement. 

 

Capture d’écran 2015-06-14 à 20.03.09.pngCapture d’écran 2015-06-14 à 20.03.57.png

Cry Father, tout comme Pike, aborde les problèmes d’une paternité perdue au cœur de cette Amérique en marge. Que ce soit Pike, Patterson, Henry ou Junior, ces hommes doivent faire face soit à leurs défaillances en tant que père soit à la disparition d’un fils ou d’une fille. Les démarches pour se reconstituer sont bien évidemment chaotiques et toutes empruntes d’une maladresse crasse qui font que la possibilité d’une quelconque  rédemption se résume à une lointaine illusion. Dans Cry Father, l’auteur délaisse l’aspect noir de l’intrigue pour explorer de manière plus approfondie ce thème de prédilection. Cela se traduit par les messages poignants que Patterson adresse à son fils défunt pour décrire la vacuité de sa vie actuelle.  C’est ainsi que sur une poignée de pages l’auteur parvient à décrire la situation dramatique de la Nouvelle Orléans, après l’ouragan Katerina et la raison pour laquelle son personnage principal est désormais toujours armé.

Toujours dans cette même veine spontanée, le récit s’enchaine dans une succession de scènes dans lesquelles évoluent des personnages hauts en couleur qui se laissent porter par leur destinée. Il y a tout au long de l’histoire cette tension permanente enrobée d’une indolence trompeuse troublée soudainement par des éclats d’une violence aussi brutale que saisissante.

Benjamin Whitmer décrit donc une Amérique chaotique qu’il se garde bien de critiquer. Natif de l’Ohio, il nous livre un point de vue de l’intérieur où il donne la parole à cette majorité silencieuse qui n’est plus représentée. Au travers du regard de l’auteur, le lecteur s’immerge au cœur d’un pays rude emprunt d’une certaine désillusion. Une vision pessimiste et apocalyptique relayée, entre autre, par les diatribes de l’animateur radio Brother Joe qui balance sur les ondes les versions paranoïaques des nouvelles du monde. Outre des personnages rugueux, cabossées par la vie, Benjamin Whitmer dépeint avec acuité les banlieues sauvages des villes industrielles sur le déclin. On y perçoit les effluves acides des polluants et les odeurs écœurantes de la charogne qui imprègnent ces zones d’habitations décaties transpercées de longues langues de bitumes rectilignes.

On est donc bien loin du bien-pensant et du politiquement correct. Cry Father c’est la description d’un univers troublant et dérangeant qui fascinera les lecteurs les plus blasés. C’est la marque de fabrique sans ambages de Benjamin Whitmer.

Sega

Benjamin Whitmer : Cry Father. Editions Gallmeister/Néo Noir 2015. Traduit de l’anglais (USA) par Jacques Mailhos.

A lire en écoutant : Love is Battlefield de Raining Jane. Album : The Good Match. Raining Jane 2011.

 

20:10 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs W, USA | Tags : benjamin whitmer, cry father, pike, gallmeister, neo noir | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

08/06/2015

Patrick K Dewdney : Crocs. Après nous, le déluge !

Service de presse

 

Capture d’écran 2015-06-08 à 00.19.33.pngCyril Herry et Pierre Fourniaud. Retenez bien ces deux noms car ces éditeurs possèdent le rare talent de concentrer dans leur nouvelle collection Territori, issue des éditions Ecorce et de la Manufacture de Livres, une palette d’auteurs exceptionnels comme Séverine Chevalier avec Clouer l’Ouest, ou Frank Bouysse avec Grossir le Ciel. Désormais il faut également compter avec Crocs de Patrick K Dewdney. Bien plus qu’un simple courant de type Nature Writing, Territori s’inscrit dans une volonté de mettre en lumière un artisanat de l’écriture finement ciselée d’où émane des textes d’une singulière puissance.

Il n’est plus qu’une ombre titubante que la forêt absorbe peu à peu. Il n’est plus qu’un animal traqué que les hommes poursuivent sans relâche. Mais rien n’arrêtera sa marche incertaine. Il tracera son chemin au travers des ronciers, des tourbières et des arrêtes rocheuses. Hirsute, il s’imprègnera de la nature et du souvenir des Anciens avec pour seul compagnon de misère, ce cabot famélique. En lisière de cette civilisation désormais honnie il avancera. Sa pioche sur l’épaule, il avancera vers le Mur. Droit dans le Mur.

Crocs est indubitablement un roman noir que l’auteur a enveloppé d’une tonalité poétique peu commune en puisant, entre autre, dans la richesse d’une langue maîtrisée à la perfection. Des accents pastoraux pour un récit qui se déroule dans une succession de paysages sauvages du Limousin déclinés sur une scène unique de fuite dont ne connaît ni les raisons, ni les buts, hormis celui d’atteindre, par tous les moyens, ce Mur hostile. On découvrira en alternance à cette fuite, quelques réflexions du personnage et quelques souvenirs lointains le poussant à s’immerger corps et âme au cœur d’une nature hostile qui se révèle être son ultime alliée. Puis dans les cinq dernières pages s’illustrera la tragédie poignante révélant les vains desseins de cet homme mystérieux. Car l’autre particularité du roman réside dans le fait que l’auteur ne s’embarrasse pas de détails concernant l’identité du fuyard. Il le débarrasse de tout ce qui fait de lui un homme dit civilisé. Libéré de ces oripeaux humains, notre fugitif s’imprègne d’un mysticisme acétique. Cela prend parfois des tournures bibliques à l’instar de son corps déchiré par les épines, de l’hostie animale ou du but final qu’il s’est assigné. Outre l’aspect divin, l’homme prend conscience, au fur et à mesure de l’échappée, de son animalité qui donne son titre au roman.  

Dans Crocs, vous vous immergerez dans les profondeurs troubles d’une nature magnifiée par un torrent de phrases et de mots qui donnent toutes leurs saveurs à ce roman sauvage qui pose les questions que personne ne souhaite formuler et auxquels personne n’ose répondre. D’ailleurs, dans cette errance forestière, l’homme a cessé depuis longtemps de s’interroger en laissant tout derrière lui, hormis cette pioche qu’il porte comme un fardeau. Il ne lui reste que cette fragile certitude d’avancer jusqu’au Mur accompagné des souvenirs enfouis de ce peuple oublié dont les reliques hantent la forêt.

Patrick K Dewdney dresse le constat amer et pessimiste d’une civilisation disparue qui fait écho à notre monde en voie de désintégration dont la spirale sans issue contraindrait  des hommes lucides aux actes les plus extrêmes afin de s’extraire du système. En contrepartie, il nous offre un texte fait de sensations et de ressentis où le lecteur perçoit le goût de l’eau impétueuse, la douceur de la mousse spongieuse et les effluves des écorces chauffées par le soleil. Un récit tout en vigueur et en douceur à l’image de ces bois sauvages dont on ne ressort pas indemne.

Lorsque l’on découvre Crocs, on capte immédiatement le talent d’un auteur qui maîtrise les jeux de l’écriture en façonnant des phrases toutes plus belles les unes que les autres. Il serait vraiment dommage de passer à côté d’un tel roman.

Sega

Patrick K Dewdney : Crocs. La Manufacture de Livres - Editions Ecorce/Collection Territori 2015.

A lire en écoutant : White Rabbit de Jeffeson Airplane. Album : The Best of Jefferson Airplane. Sony BMG Music Entertainment 2007.

26/05/2015

JAMES ELLROY : PERFIDIA. LA CINQUIEME COLONNE.

Capture d’écran 2015-05-26 à 14.16.22.pngDésormais pour lire l’œuvre d’Ellroy, il faut prendre la peine de se débarrasser de l’emballage outrancier que l’écrivain déploie depuis un certain temps pour la promotion de ses romans. Une composition flamboyante, faite d’excès et de provocations, aussi criarde et consternante que les chemises hawaïennes dont il s’affuble. Il faut se souvenir de l’aura mystérieuse qui entourait l’auteur à l’époque où paraissait le fameux Dahlia Noir roman fondateur du premier quatuor de Los Angeles. Dans un paysage médiatique plus austère, dépourvu de web et de portables, l’emballement littéraire se concentrait principalement sur l’œuvre au détriment de l’auteur que l’on considérait comme une espèce de monstre raciste et fasciste au fur et à mesure de sa notoriété grandissante. Perfidia doit donc être abordé comme Le Dahlia Noir, en dehors du tumulte des interviews superficielles que l’on nous assène depuis quelques semaines et qui ressassent les mêmes assertions que l’auteur s’amuse à mettre en valeur dans un show parfois grotesque. Car que pourrait dire Ellroy de plus qui ne figure pas dans ses romans ? Encore faudrait-il que certains chroniqueurs qui l’abordent aient au moins pris le temps de lire ses romans ce qui est loin d’être garanti. Un selfie, une dédicace et un bon mot, c’est désormais tout ce qu’il faut pour certains d’entre eux. Et Ellroy, plus que tout autre s’en amuse en faisant sa tournée promotionnelle.

C’est à la veille de Pearl Harbour que l’on découvre dans leur villa de Los Angeles, les quatre cadavres de la famille Watanabe, sauvagement assassinés à coups de poignards dans ce qui ressemble vaguement à un scène du rituel seppuku. Le sergent Dudley Smith du LAPD est chargé de l’enquête avec la recommandation expresse de faire en sorte que le coupable soit japonais car le pays, sur le point d’entrer en guerre, est désormais en proie à une hystérie collective sans précédent. La communauté américaine d’origine japonaise en est la première victime en subissant une série de rafles aussi massives qu’abusives en vue d’une déportation vers des camps d’internement. Dans ce contexte de manipulation et de paranoïa, le criminologue Hideo Ashida va tenter de ramener la vérité au premier plan tout en éprouvant des sentiments troubles à l’égard du machiavélique sergent. L’enquête est supervisée par le  capitaine Parker, jeune officier de police ambitieux, aussi croyant qu’alcoolique, d’avantage préoccupé par la menace communiste. Afin d’infiltrer les milieux bourgeois à tendance gauchiste, il fera appel à la sulfureuse Kay Lake, brillante jeune femme qui entretient une relation complexe avec le détective Lee Blanchard. Ce quatuor trouble va se mouvoir au cœur d’une troublante machination où la trahison et la compromission semblent être les règles majeures permettant de survivre dans le marigot sordide de cette cité corrompue.

Avec Perfidia, James Ellroy rassemble les personnages qui ont hanté les romans du quatuor de Los Angeles et de la trilogie Underworld USA afin d’entamer une seconde tétralogie se situant à nouveau à Los Angeles, mais durant la période de la seconde guerre mondiale. Une espèce de préquel destiné à faire le lien avec les évènements relatés dans Le Dahlia Noir. Je laisserai à d’autre le soin de compter le nombre de pages ou de dénombrer la myriade de personnages que le roman contient. Ce qui importe c’est que l’écriture aux phrases concises et incisives est toujours bien présente, mais que l’on dénote, en plus, une certaine fluidité qui n’est pas du tout coutumière chez un auteur comme James Ellroy. Cela provient probablement du fait que l’auteur a choisi, pour la première fois, une narration en temps réel, sur une durée précise égrenant chaque journée située entre le 6 et le 29 décembre 1941. Avec cette rapidité dans le déroulement de l’histoire, on perçoit ainsi l’atmosphère frénétique qui émane de chacune des pages du livre. Car outre l’aspect journalier, le fil de l’histoire s’égrène au rythme des points de vue des quatre personnages principaux que sont Dudley Smith, Hideo Ashida, William Parker et Kay Lake. De cette manière, l’auteur nous entraine au cœur d’un maelstrom de rage, de haine et de turpitude beaucoup plus intense que ce que l’on avait l’habitude de lire notamment dans le premier quatuor de Los Angeles. Les intrigues et sous intrigues s’entremêlent dans une confusion savante que l’auteur maîtrise avec le talent qui lui est coutumier. Sur fond d’émeutes raciales, de cinquième colonne perfide,  d’enquêtes sabordées et de trahisons en tout genre, le tout dilué dans une crainte de bombardements destructeurs et d’invasions imminentes, vous allez découvrir une ville de Los Angeles détonante où les personnages les plus abjects monnaient déjà l’expulsion, l’expropriation et même l’internement des ressortissants américains d’origine japonaise. Car même s’il ne l’aborde pas de manière frontale, c’est ce pan méconnu  et peu reluisant de l’histoire américaine que l’auteur évoque tout au long du récit (Outre Ellroy, Alan Parker avec son film Bienvenue au Paradis et David Gustavson  avec son livre La Neige Tombait sur les Cèdres sont, à ma connaissance, les rares auteurs à relater ces tristes évènements). Avec ces déportations, ces internements et ces projets d’eugénisme que l’auteur expose par l’entremise d’hommes de loi, de médecins et de promoteurs véreux on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les desseins funestes du régime nazi, même si les conséquences n’ont pas été aussi tragiques.

james ellroy,perfidia,rivages thriller,parker,dudley smith,kay lake,japon,little tokyo,los angelesSi Ellroy a pour habitude d’inclure dans ses romans des personnages réels, c’est la première fois qu’il met en scène l’un d’entre eux, parmi les protagonistes principaux. C’est ainsi qu’il romance la vie de William Parker, l’un des plus célèbres directeurs du LAPD dont le quartier général porte, aujourd’hui encore, son nom. Comme bon nombre de ses héros, Ellroy dresse un portrait sombre et ambivalent d’un homme d’une grande intelligence et d’une clairvoyance extrême le contraignant, presque à son corps défendant, à mettre en place de sombres machinations afin de satisfaire sa soif d’ambition que l’alcool n'arrive pas à étancher. Un personnage torturé qui ne parvient pas à s’aimer tout comme son alter égo féminin, Kay Lake.

Avec Perfidia, on ne peut s’empêcher de frissonner à l’idée de recroiser le destin de l’un des personnages les plus emblématiques de l’œuvre d’Ellroy à savoir le sergent Dudley Smith. On retrouve un flic plus jeune, mais tout aussi dangereux et violent qui effectue avec son équipe les basses œuvres du LAPD pour le compte de cadres corrompus. Séduisant, machiavélique, on décèle chez cet homme quelques fêlures qui rendent le monstre plus présentable. En évoquant certains pans de sa jeunesse en Irlande, on peut deviner l’origine du mal qui a façonné un personnage qui recèle encore quelques brides d’humanité.

Le principal défaut de Perfidia est qu’il s’agit d’un préquel et que, de ce fait, le lecteur connaît déjà la destinée de la plupart des personnages qui hantent cette histoire ce qui dessert parfois la tension narrative de certaines péripéties du roman. D’autre part, on peine à comprendre le sens de l’apparition d’Elisabeth Short accompagnée de son véritable géniteur, dont je tairai l’identité afin de vous en laisser la surprise. Néanmoins cette surprise s’avère plutôt embarrassante. En effet, il est difficile désormais de croire que ce personnage soit absent du fameux roman Le Dahlia Noir. Le fait de découvrir le point de vue de Kay Lake sous la forme d’un journal consigné au musée du LAPD reste également très déconcertant et peu crédible dans la forme où il est rédigé. Là aussi on peine à comprendre l’utilité d’un tel style de narration. Il faudra peut-être attendre la suite de cette tétralogie pour entrevoir le sens de ce qui apparaît à ce jour comme des défauts mineurs.

Parce qu’il ne faut pas se leurrer, Perfidia considéré par l’auteur lui-même comme son meilleur roman prouve sans l’ombre d’un doute qu’Ellroy reste l’immense écrivain qu’il n’a d’ailleurs jamais cessé d’être n’en déplaise à ses détracteurs. Perfidia c’est un livre d’une force brute dégageant une telle intensité dramatique qu’il mettra à terre le plus blasé des lecteurs. Un véritable KO littéraire.

Sega

James Ellroy : Perdifia. Editions Rivages/Thriller 2015. Traduit de l’anglais (USA) par Jean-Paul Gratias.

A lire en écoutant : Sayonara Blues de The Bronx Horns. Album : Silver in the Horns. Savoy Jazz 1998.

 

25/04/2015

François Médéline : Les Rêves de Guerre. "Lire rend moins con"

françois médecine, les rêves de guerre, la manufacture des livres, « Lire rend moins con » c’est avec cet aphorisme de Claude Mesplède que l’on pourrait débuter cette chronique consacrée au dernier roman de François Médéline, Les Rêves de Guerre. Il y a comme ça dans le paysage littéraire des ouvrages qui vous échappent. Et malgré toute la bonne volonté que vous y apportez, il faut bien admettre que l’on ne parvient pas toujours à saisir le sens du récit vers lequel certains auteurs veulent entrainer le lecteur. Lire rend peut-être moins con, mais donne parfois l’impression de l’être toujours un peu. Roman iconoclaste ou récit brillant, Les Rêves de Guerre fait partie de ceux-là.

Michel Molina est un flic atypique qui dirige un groupe de la SRPJ de Lyon. La quiétude des bord du Léman et son charmant petit village d’Yvoire qui l’a vu naître, tout cela est désormais loin derrière lui jusqu’au jour où il reçoit deux coupures de presse relatant le parcours d’un simple d’esprit de la région, condamné pour le meurtre d’un ami d’enfance et qui, après vingt ans de placard, s’empresse de tuer le frère de la victime. Mais autour de ces deux faits divers tragiques, Molina sait parfaitement que la version des journaux ne reflète pas toute la vérité. Accompagné du « Vieux », flic revêche et alcolo, Michel Molina va retourner sur les lieux de son enfance pour mettre à jour les magouilles de cette bourgeoisie provinciale. Amours défunts, sectes solaires, combines financières et politiques, tractations douteuses entre deux pays voisins, Michel Molina va surtout mettre à jour les secrets liés à sa jeunesse et à sa famille peu ordinaire composée d’un frère truand international désormais en cavale et d’une mère mystérieuse dont il découvre le passé par le biais du texte d’un écrivain mythique qui porte le même nom que lui. Du bordel du camp de la mort de Mauthausen aux eaux troubles du Léman, François Médéline interroge la mort, la vengeance et surtout cet irrépressible besoin d’écrire.

Que l’on ne s’y trompe pas, outre le fait d’être tous un peu con, il faut comprendre que Les Rêves de Guerre est un roman spécialement destiné à malmener le lecteur. C’est un récit baroque, chaotique, surchargé de fioritures dont certaines s’avèrent inutiles. Il y a trop de trop dans ce récit. Trop d’intrigues parallèles, trop de styles différents, trop de questions, trop de réponses, trop de références. On s’y perd. C’est très souvent brillant, parfois pompeux et très rarement ennuyant. Le tout est déconcertant, c’est le moins que l’on puisse dire.

Je vous laisse tout d’abord vous attarder sur la couverture du livre. Elle est magnifique. Le portrait d’une femme du ghetto de Varsovie prise par le photographe personnel de Hitler. Ce visage souriant qui se ferme au cliché suivant, illustre l’ambivalence qui résonne tout au long du livre de François Médéline. C’est probablement une Natacha, personnage central du roman.

En guise d’introduction les cinq premières pages au style aussi insolite qu’artificiel nous présente un trio maudit, composé de deux hommes et d’une femme, s’évadant du camp de la mort de Mauthausen. Un style qui n’appartient pas à François Médéline, mais à l’un de ses personnages dont il nous livre des extraits de son roman culte. On oscille entre l’agacement et l’émerveillement pour finalement se laisser entrainer dans ce déferlement de mots disparates chargés d’émotions. Le retour à la normal est relatif puisque le style de l’auteur reste déconcertant avec cette propension surprenante à décliner le passé sur le mode du présent. On évolue principalement dans les années 80 que François Médéline parvient à nous restituer avec une belle justesse que ce soit par l’entremise de la musique, des nouvelles diffusées par les médias et surtout la fameuse Citroën CX. Une belle écriture très bien travaillée nous permet de découvrir des protagonistes atypiques évoluant dans une atmosphère qui évoque les films de Guillaume Nicloux. On appréciera donc ces seconds couteaux comme le « Vieux » flic qui rappelle un Bérurier à l’âme plus sombre. Le personnage principal n’est malheureusement pas dépourvu de clichés. Un flic rebelle qui fume et deal du haschich, franchement on a vu mieux et surtout plus original. Le côté borderline reste également très convenu. Et puis il y a ce romancier énigmatique qui nous livre dans une interview d’Apostrophe sa vision  alambiquée, parfois conflictuelle du monde littéraire qu’il méprise dans des envolées délirantes. Sans servir le récit, ce passage ostensiblement pompeux semble parfois refléter le point de vue de l’auteur qui se dissimule derrière les propos de son personnage.

Alors bien sûr, on me dira que je suis trop con pour avoir saisi derrière ce texte chaotique toute la quintessence du génie de l’auteur, la perspective du bien et du mal, la puissance d’un final onirique qui donne son titre au livre, des personnages qui rendent hommage à l’univers de Bialot. Et puis Emile Verhaeven, Juan Ramon Jiménez, Les Nocturnes de Chopin et même Nietzsche. Un étalage culturel éblouissant qui devient finalement trop indigeste.

Avec Les Rêves de Guerre, je me suis perdu dans un roman troublant, déstabilisant où le talent de l’auteur se disperse dans une mise en scène qui oscille entre le sublime et le grotesque. Un livre puissant qui manque parfois de tenue mais qui mérite d’être découvert car même si vous n’en maîtrisez pas tous les tenants et aboutissants, il est absolument certain qu’il vous rendra un peu moins con. 

Sega

 

François Médéline : Rêves de Guerre. Edition La Manufacture de Livres 2014.

A lire en écoutant : Gorecki - Symphony No. 3 : III. Lento - Cantabile semplice.                             David Zinman, Dawn Upshaw & London Sinfonietta. Nonesuch Classique 1998.                       

 

29/03/2015

Nicolas Mathieu : Aux Animaux la Guerre. Chronique de la déshumanisation ordinaire.

Capture d’écran 2015-03-29 à 12.29.53.png« Le bon roman noir est un roman social, un roman de critique sociale, qui prend pour anecdote des histoires de crimes »

Manchette

Après Pauvres Zhéros de Pierre Pelot, restons dans les Vosges mais en effectuant un bon d’une trentaine d’années dans une région désormais minée par les fermetures d’usine et les licenciements. Car c’est dans cet univers moribond que nous entraine Nicolas Mathieu avec Aux Animaux la Guerre qui prend pour cadre une usine vacillante dont il chronique les différentes étapes d’une mort programmée.

Martel est dans une sale posture. Ouvrier et délégué syndical de l’usine Vélocia il s’est endetté lourdement en puisant dans la caisse du Conseil d’Entreprise tout en espérant pouvoir éponger sa dette à plus ou moins long terme. Mais avec la fermeture de l’usine et l’examen des comptes qui va avoir lieu très prochainement, le temps est désormais compté. Alors il va peut-être falloir accepter la proposition de Bruce, le colosse bodybuildé, vaguement intérimaire à l’usine, vaguement dealer, dont la plupart des neurones ont été calciné par la consommation de produits dopants et une légère addiction à la cocaïne. Le job est plutôt simple puisqu’il consiste à enlever à Strasbourg une prostituée en main de caïds mafieux pour le compte de deux truands locaux avec qui Bruce est en cheville.  Dans un climat de travail délétère où la solidarité ouvrière n’est désormais plus qu’un lointain souvenir on se débrouille désormais comme on peut pour survivre. Ce n’est pas Rita, l’inspectrice du travail, vaguement désabusée, qui vous dira le contraire, même si ses mornes journées sortent quelque peu de l’ordinaire depuis qu’elle a recueilli une jeune fille qui courait, quasiment dénudée, dans la forêt vosgienne.

Ayant pour décor une région minée par le cataclysme des licenciements en cascade, Nicolas Mathieu nous invite à travers la voix de ses protagonistes à partager le marasme et la désillusion qui rythment le quotidien d’hommes et de femmes ordinaires qui font ce qu’ils peuvent pour survivre. Avec la fermeture d’une usine et l’enlèvement d’une jeune fille, l’auteur allie la chronique sociale au fait divers pour nous livrer un roman noir d’une belle singularité qui réjouira les lecteurs les plus blasés. Chaque chapitre se concentre sur le point de vue d’un des nombreux personnages du roman sans se soucier de l’aspect temporel des événements qui surviennent au fil du récit offrant ainsi une tonalité originale et surprenante pour un texte tout en maîtrise.

Si Aux Animaux la Guerre est d’apparence classique, Nicolas Mathieu n’hésite pas à casser les codes du genre afin de fourvoyer le lecteur trop prompt à tirer des conclusions hâtives au fur et à mesure de l’avancée du récit. L’auteur se concentre sur certains personnages pour en délaisser d’autres qui ne connaîtront leur destin que par le biais de notre imagination ou de notre esprit de déduction. Le grand talent de l’auteur c’est d’avoir construit un récit où le hasard joue un grand rôle sans être forcément au service de l’histoire.

Aux Animaux la Guerre n’est pas un plaidoyer larmoyant sur la fin du monde ouvrier. On l’apparenterait presque à un récit social analytique qui nous présente les modes de pensées des différents acteurs sociaux qui partagent la destinée d’une usine avec en toile de fond cette vague libérale assassine qui met en avant le profit et la rentabilité au détriment de l’humain à qui il ne reste plus que la résignation ou la révolte tellement vaine qu’elle vire parfois à la sauvagerie animale. C’est  finalement cette déshumanisation qui anime le récit de Nicolas Mathieu en mettant en avant les perspectives incertaines de ses protagonistes qui tenteront par tous les moyens de se tirer de leurs situations si précaires.

"Le feu passe au vert et elle redémarre lentement. La silhouette de la Saab devient comme une bande noire sur les vitrines sans lumière. Un matin comme celui-là, à l’aube, elle a cru voir Martel. C’est impossible bien sûr. Elle rentre chez elle, elle va dormir, demain c’est lundi, une grosse journée. Un accident dans une papeterie, un mec presque mort. Tout le monde est désolé. Elle monte le son. Elle n’est pas triste. Elle persévère."

Nicolas Mathieu - Aux Animaux la Guerre.

Cruel, parfois abject, Aux Animaux la Guerre est un conte noir qui n’épargnera personne et balaiera toutes les belles lueurs d’espoirs qui jalonnent ce roman sans concession.

Sega

 

Nicolas Mathieu : Aux Animaux la Guerre. Actes Sud/Actes Noires 2014.

A lire en écoutant : Malédiction d’Alain Bashung. Album : Passer le Rio Grande. Barclay 1986.

12:32 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs M, France | Tags : actes noirs, actes sud, nicolas mathieu, aux animaux la guerre | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

15/03/2015

PIERRE PELOT : PAUVRES ZHEROS. CRUELS PAUMES.


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Voyage au Bout de la Nuit
est l’un des premiers ouvrages classiques illustré par un auteur de BD. Il s’agissait d’une association entre les maisons d’éditions Gallimard et Futuropolis. De cette union surprenante est issu un ouvrage somptueux mis en image par l’immense Tardi que l’on ne présente plus. Depuis, d’autres auteurs se sont engouffrés dans la brèche avec le concours notamment des éditions Rivages et Casterman qui ont mis en place, en 2008, une série de BD adaptant les romans noirs et les romans policiers issus de l’illustre collection dirigée par François Guérif. Avec Rivages/Casterman/Noir vous découvrirez Winter’s Bone (Daniel Woodrell) mis en image par Romain Renard ; Nuit de Fureur (Jim Thompson) et Le Dahlia Noir (James Ellroy) mis en scène par Matz et Nymann. Parmi ces adaptations graphiques, il y a Pauvres Zhéros de Pierre Pelot brillamment mis en scène par Baru, un autre grand nom de la BD.

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Autant le dire tout de suite, des héros vous n’allez pas en trouver beaucoup dans Pauvre Zhéros. Par contre des zéros, minables et enfoirés en tout genre ce n’est pas ce qui manque dans ce roman que l’auteur a publié en 1982 dans la collection Engrenage, aujourd’hui disparue. C’est donc à l’occasion de son adaptation en version BD que les éditions Rivages ont eu la bonne idée de rééditer cette perle du roman noir français.

Dans un gros bourg des Vosges, les habitants sont en émoi suite à la disparition de Joël un enfant trisomique de 6 ans qui s’est perdu lors d’une promenade en forêt. Responsable de la sortie alors qu’elle n’avait  pas les compétences, l’aide-soignante Sylvette va probablement servir de bouc émissaire pour protéger les membres de la direction de l’hospice. A moins que Nanase ne retrouve le petit Joël. C’est qu’il en veut le bougre pour faire bonne figure dans les journaux et se faire mousser dans le rade qu’il fréquente à longueur de journée. Il serait d’ailleurs temps qu’on arrête de le traiter de feignant et de bon à rien le Nanase et surtout qu’on arrête de prétendre qu’il aurait tenté de fourguer sa cousine vaguement débile à une bande de maquereaux marseillais. Mais personne n’est dupe. Surtout pas Mannucci, le fiancé de Sylvette qui en aurait des choses à dire sur l’orphelinat où il a passé 14 ans de sa vie à se faire maltraiter. Et si on ne l’écoute pas, alors tant pis si sa colère explose. Au propre comme au figuré !

Pour expliquer la genèse de Pauvre Zhéros, l’auteur raconte qu’en rendant visite à sa femme qui venait d’accoucher il a entendu des cris provenant d’un soupirail et s’est aperçu qu’il s’agissait d’un enfant de l’orphelinat qui jouxtait la maternité. Le gamin suppliait qu’on le laisse sortir de son cachot. Alors en rentrant chez lui, Pierre Pelot a entamé l’écriture de Pauvre Zhéros en balançant toute sa colère, sa rage et sa souffrance dans un tourbillon de mots et de phrases qui malmèneront les lecteurs encore longtemps après avoir achevé la dernière phrase de ce roman explosif.

Il n’y a rien de poignant dans ce roman brutal qui vous plonge dans un monde rural calme et froid tout à la fois qui peu à peu prend la forme d’un conte cauchemardesque où les personnages ordinaires se transforment en monstres cruels guidés par la colère, la lâcheté et la survie. Une succession de scènes d’une violence crue relance régulièrement ce récit qui ne compte aucun temps mort. L’auteur ne cède pourtant pas à la fascination morbide d’une violence qu’il draine avec maestria dans une économie de mot qui accentue l’aspect dramatique de cette histoire cruelle.

pierre pelot,baru,pauvres zheros,rivages noir,casterman,vosges,roman noirCe n’est qu’après avoir lu le roman que vous pourrez vous imprégner de l’adaptation de Baru qui est parvenu à restituer toute la noirceur du roman de Pierre Pelot. L’un des grands talents de Baru c’est de nous livrer des planches qui se passent du texte tant le dessin est suffisamment explicite. Habitué des histoires dans le milieu rural, le dessinateur ne pouvait qu’exceller dans cette adaptation qui est l’une des meilleurs de la collection.

La bêtise, l’ignominie et la lâcheté sont les traits de caractères principaux de ces Pauvres Zhéros qui vous feront froid dans le dos en suivant leurs trajectoires minables bâties sur la peur, la colère et la violence. Un roman taillé à coups de burin !

Sega

A lire en écoutant : Chat d’Alain Bashung. Album : Passer le Rio Grande. Barclay 1986

Pierre Pelot : Pauvres Zhéros. Editions Rivages Noir 2008.

Pierre Pelot/Baru : Pauvres Zhéros. Editions Rivages/Casteman/Noir 2008.

08/02/2015

Franck Bouysse : Grossir le Ciel. Le silence de la terre.

franck bouysse, grossir le ciel, la manufacture de livres, raymond depardonC’est le terroir ou la région qui imprègne parfois les pages des romans noirs d’une force peu commune où la puissance du langage immerge le lecteur dans des atmosphères aux teintes poétiques et inquiétantes.  En France, peut-être plus qu’ailleurs où la culture de la terre reste encore une des valeurs emblématiques du pays il y a toute une série d’auteurs qui abordent l’aspect rural de ces contrées pour nous offrir des ouvrages d’une rare intensité où l’émotion côtoie la tension de personnages en ruptures. Dans ce courant littéraire que l’on pourrait qualifier de rural writing, vous découvrirez Pascal Dessaint, Séverine Chevalier pour n’en citer que quelques un. Et puis il faut désormais compter sur Franck Bouysse qui nous livre un splendide roman intitulé Grossir le Ciel.

Les Doges, c’est un lieu-dit rugueux et enneigé, fait de silences où quelques hommes solitaires partagent une rude existence au coeur de cette région reculée des Cévennes. Les Doges ce sont Abel et Gus, deux paysans taciturnes qui croisent la destinée de leurs exploitations au rythme de la terre et du bétail qui cimentent cette amitié bancale. Dans ce décor hivernal, il y a des coups de feu qui résonnent et qui effraient les grives, des traces de pieds nus et du sang dans la neige. Parce que Les Doges, ce sont aussi des secrets enfouis, des regrets que l’on tait et des paroles que l’on ne sait pas offrir. Remué on ne sait trop pourquoi par le décès de l’Abbé Pierre, Gus, accompagné de son fidèle chien Mars, va peut-être bien finir par découvrir ce qui se trame du côté de la ferme d’Abel.

franck bouysse,grossir le ciel,la manufacture de livres,raymond depardonAvec Grossir le Ciel, Franck Bouysse restitue l’ambiance moribonde de ce monde terrien en déshérence que Raymond Depardon capta si bien tout au long de sa trilogie de Profils Paysans. D’ailleurs l’auteur rend un hommage appuyé au photographe documentariste qui semble avoir photographié la mémé de Gus. Frank Bouysse nous livre un texte évocateur d’une sobre puissance, tout en retenue à l’image de ces forçats de la terre qui hantent ces paysages silencieux des Cévennes. Dans ce monde en voie de disparition où la relève brille par son absence, il y a cette mort lente et silencieuse, presque sous-jacente qui ponctue les pensées de ces protagonistes vieillissants qui ne savent plus que faire de cette terre si précieuse que les anciens leur ont confiés. Au détour de chacune des  pages, on peut percevoir l’odeur forte du bétail, de l’humus et du fourrage, le parfum glacé de la neige et les effluves acides de la peur et des regrets. Gus et Abel sont des hommes en fin de course, broyés par le rythme inusable des saisons qui s’enchaînent. Mais outre le fait de dépeindre un univers avec une belle justesse, Franck Bouysse, installe au fil du récit une tension qui s’accentue de pages en pages sans que l’on ne puisse deviner où tout cela va nous mener. Un final onirique plonge définitivement le lecteur dans ces paysages de neige et de roches parsemés de forêts tout aussi silencieuses que les protagonistes qui parcourent l’histoire.

Outre le contenu, on appréciera le soin qu'a apporté la maison d'édition pour illustrer la maquette du livre avec cette photo qui sublime l'atmosphère désuète de ce monde rural à l'agonie.

Dans ce roman terrien, Grossir le Ciel c’est un titre évocateur qui trouvera toute sa signification dans les dernières lignes d’un texte puissant et poignant tout à la fois que vous n’oublierez pas de sitôt. Franck Bouysse : retenez bien ce nom !

SEGA

(Photo : Raymond Depardon : Paul Argaud, le paysan regardant la retransmission de la cérémonie d'enterrement de l'Abbé Pierre)

Franck Bouysse : Grossir le Ciel. Editions la Manufacture de Livres 2014.

A lire en écoutant : Into My Arms : Nick Cave & The Bad Seeds – Album : Best of. Mute Records 1998.

 

01/02/2015

DENNIS LEHANE : QUAND VIENT LA NUIT. UNE VIE DE CHIEN.

Capture d’écran 2015-02-01 à 22.33.09.pngIl existe une loi littéraire qui dit que les romans tirés de scénarios ne donnent jamais de bons résultats et je ne connais pas de romans noirs ou de polars qui font exception à cette règle. Familier du milieu hollywoodien, Dennis Lehane a bénéficié d’excellentes adaptations de ses romans (Gone Baby Gone, Shutter Island et Mystic River), mais on sentait que l’auteur en voulait d’avantage en endossant notamment le rôle de scénariste chose qu’il n’avait jamais faite à l’exception de quelques épisodes des séries Sur Ecoute et Broadwalk Empire.

Quand Vient la Nuit est donc à l’origine un scénario que l’auteur a développé à partir d’une de ses nouvelles Animal Rescue que l’on peut découvrir dans l’anthologie Boston Noir également publié aux éditions Rivages.

Bob Saginowski est un barman taciturne et solitaire qui travaille pour son cousin Marv. Le bar est lui-même aux mains de la mafia tchétchène et sert de dépôt  ou de relais pour l’argent de la pègre. Malgré cela, l’établissement est braqué et les deux hommes doivent rendre des comptes ce qui suscitent convoitises et ressentiments tout en faisant ressurgir des souvenirs que Bob souhaiterait ne plus devoir revivre. Mais peut-être que ce chien retrouvé dans la poubelle du jardin de Nadia, une fille du quartier, l’aidera à surmonter des regrets  qui ne cessent de le hanter.

Etre scénariste ou romancier il faut parfois choisir car il ne s’agit définitivement pas des mêmes métiers et un auteur comme Cormac Mc Carthy avec Trafic en a fait les frais à ses dépends. Il en va de même pour Dennis Lehane qui nous livre un roman d’une piètre qualité. Les deux auteurs possèdent la particularité commune de rédiger des histoires riches et intenses dont le talent des scénaristes consiste à extraire un matériel suffisamment harmonieux pour les besoins d’un film. Mais lorsqu’ils font le travail eux-mêmes, Denis Lehane tout comme Cormac Mc Carthy ne parviennent pas à cet équilibre fragile où le texte est au service de l’image.  C’est particulièrement flagrant  avec Quand Vient la Nuit où l’auteur s’est focalisé avant tout sur tous les aspects visuels de l’histoire au détriment de personnages qui se révèlent sans consistance et d’une intrigue très convenue qui manque de relief. Il n’y a guère que la relation entre le cousin Marv et sa sœur Dottie qui nous rappelle les belles scènes auxquels l’auteur nous avait habitué tout comme les liens qui se nouent entre le détective Torres et Bob qui fréquentent tous deux la même église sur le point de fermer ses portes. Mais ces instants sont rares et outre le manque d’épaisseur de certains protagonistes, on déplorera que les mafieux tchétchènes soient traités d’une manière si superficielle qu’ils donnent l’impression d’être aussi crédibles qu’une bande de croquemitaines.

Avec la reproduction de l’affiche du film en couverture estampillée Fox Searchlight, les éditions Rivages se sont prêtées au jeu de marchandising pour mettre en avant leur tête d’affiche. Même le titre original de l’ouvrage intitulé The Drop a été galvaudé et on s’étonnera qu’une maison d’édition si soucieuse des traductions ait accepté ce titre français ridicule, Quand Vient la Nuit.

Capture d’écran 2015-02-01 à 22.36.55.pngLe film réalisé par le belge Michael R Roskam qui nous avait ébloui avec son premier long-métrage Bullhead , ne suscitera que très peu d’intérêt hormis le fait qu’il s’agit de la dernière apparition de James Gandolfini qui nous gratifie dans son ultime scène de ce regard sombre et inquiétant si caractéristique de l’acteur. Une mise en scène très classique et sans surprise pour un twist final qui manque cruellement de panache. A voir en version originale tant la voix française de Tom Hardy est si insupportable.Capture d’écran 2015-02-01 à 22.41.06.png

Il faut que Dennis Lehane se concentre sur ce qu’il sait faire de mieux, à savoir écrire de magnifiques livres que des scénaristes se chargeront d’adapter pour le cinéma. L’auteur a d’ailleurs publié un troisième opus de sa fresque historique des USA qu’il avait entamée en 2008 avec le magnifique Un Pays à l’Aube qui reste son dernier bon roman.

Sega

 

Dennis Lehane : Quand Vient la Nuit. Editions Rivages/Thriller 2014. Traduit de l’anglais (USA) par Isabelle Maillet.

A lire en écoutant : O Caminho de Bebel Gilberto. Album : Bebel Gilberto. Crammed Disc 2004.

22:44 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs L, USA | Tags : dennis lehane, quand vient la nuit, rivages thriller | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | | |