10/03/2013

DONALD RAY POLLOCK : LE DIABLE, TOUT LE TEMPS. DANS L’OMBRE DU REVE AMERICAIN.

Donald-Ray-Pollock-Le-diable-tout-le-temps.jpgOuvrier pendant 32 ans dans une usine de pâte à papier et devenir un grand écrivain n’est-ce pas finalement  l’incarnation même du rêve américain ? C’est pourtant avec un roman cauchemardesque que Donald Ray Pollock est parvenu à ce statut comme pour mieux défier ces légendes qui pullulent dans l’inconscient collectif du peuple américain.

C’est entre la fin des années 40 et le début des années 60, en plein âge d’or du mythe américain, que se déroule la trame de ce récit d’une noirceur terrifiante. Il n’y a pourtant rien de mythique dans cette région du Knocemstiff, au sud de l’Ohio où l’on croise le destin de Willard, rescapé de la seconde guerre mondiale, contraint avec son fils Arvin de dresser un autel sanguinolant pour accompagner ses prières dans l’espoir de guérir sa femme malade. Un autel composé de carcasses d’animaux, d’os séchés et de sang qui n’est pas sans rappeler les images traumatisantes qu’il a ramené du Pacifique. Rien de mythique non plus avec ce couple que forme Carl et Sandy qui écument les routes des USA prenant en charge des auto-stoppeurs qu’ils photographient et assassinent lors sanglantes bacchanales. Roy, prédicateur cinglé, persuadé de pouvoir ramener les morts à la vie accompagné de Théodore, musicien paralytique pédophile parcourent également la région au rythme des travaux saisonniers et des prêches. Des vies âpres et chaotiques qui vont s’entrecroiser en provoquant des fractures terribles dans un univers qui ne laisse entrevoir aucun espoir.

Une écriture tout à la fois lyrique et très classique entraine le lecteur dans les méandres de ces destinées sordides qui provoquent en permanence un sentiment de malaise et d’écoeurement. Il y a aussi cette capacité de l’auteur à mettre en lumière la part d’humanité dans la monstruosité des actes de ses personnages qui troubleront le lecteur jusqu’à la conclusion finale du récit. On peut se prendre à éprouver une espèce d’empathie pour des monstres dont on suit l’évolution dans leur quotidien qui devient presque banal. C’est le talent de Donald Ray Pollock de mettre en juxstaposition la part d’humanité et la part du diable qui habite chacun des protagonistes de son roman. Comparé à Cormac McCarthy, Jim Thompson voir même à Norman Mailer, Donald Ray Pollock reste néanmoins en deça de ces grands auteurs. Dans Le Diable, Tout le Temps, il manque cette ampleur et cet engagement qui donnerait toute la luminosité à ce roman d’une noirceur absolue qui pêche par l’absence de motivation poussant les personnages à poursuivre leur destinée. C’est d’ailleurs dans un final en demi-teinte que l’on regrettera ces carences avec cette impression d’histoire tronquée comme si l’auteur ne parvenait pas à se dégager de la noirceur de ses personnages. Le Diable, Tout le Temps n’en reste pas moins un excellent roman noir d’un grand auteur en devenir qui doit encore faire ses preuves non pas sur un ouvrage mais sur l’ensemble d’une œuvre pour égaler les grands auteurs auxquels il est comparé.

SEGA

Donald Ray Pollock : Le Diable Tout le Temps. Editions Albin Michel 2012. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christophe Mercier.

A lire en écoutant : Up Jumped the Devil de Nick Cave and the Bad Seeds. Album : Tender Prey. 1988 Mute Records Limited.

 

11/11/2012

Benjamin Whitmer : Pike. Les écorchés de Cincinnati.

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Les villes industrielles ont toujours été des décors idéals pour les romans noirs et c’est à l’ombre des hauts-fourneaux de ces cités cauchemardesques, dans le berceau humide et inquiétant de ces docks malfamés, aux alentours de ces usines dantesques encadrées de sa cohortes d’immeubles miteux qu’ont évolué les plus beaux personnages du polar.

Avec Pike, Benjamin Whitmer nous emmène dans les quartiers crépusculaires de la ville de Cincinnati pour patauger au milieu de ces ruelles crasseuses où camés et prostituées errent comme des fantômes sous le regard indifférent des petits dealers et malfrats qui s’entretuent pour quelques cristaux de meth.

Douglas Pike est un ancien truand qui n’a épargné personne. Pas même sa femme qu’il battait comme plâtre et sa fille Sarah qu’il a abandonnée depuis bien longtemps. En apprenant que sa fille est morte d’une overdose il découvre que celle-ci avait une fillette de 12 ans prénommée Wendy dont il doit désormais s’occuper. Avec Rory, le jeune associé de Pike, le trio va tenter de s’apprivoiser. Pour faire le jour sur la mort tragique de Sarah, le vieux truand va rencontrer les différentes personnes qui l’ont côtoyée peu avant sa mort. Même dans ce milieu plutôt fermé Pike, précédé de sa réputation malfaisante, ne va pas avoir trop de mal à persuader les différents protagonistes de se confier ce qui va déplaire à Derrick Krieger, flic violent et corrompu qui commence à s’intéresser de trop près à la jeune Wendy. La confrontation ne peut que mal tourner.

Durant tout le récit nous allons croiser le parcours chaotique de ces toxicomanes qui évoluent dans l’univers miteux  de ghettos constitués de squats et de maisons délabrées où l’espérance brille dans l’éclat d’un caillou de crack. Malmenés par la vie, tous les personnages font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, c’est à dire pas grand-chose à un point tel qu’il est difficile d’avoir de l’empathie pour l’un d’entre eux. Même la jeune Wendy cache sa détresse derrière une façade d’insolence et de dureté qui la rend difficilement sympathique. Car finalement ce qui caractérise tout ce petit monde c’est ce luxe qu’ils ne peuvent plus se payer dans un univers urbain chaotique : le pardon.

Dans le plus pur style des romans noirs, les phrases sont courtes et sèches. Elles rythment cette histoire comme des pulsations désordonnées à l’image du pacemaker déréglé de Derrick Krieger. De brefs chapitres emprunt d’un certain lyrisme donnent au récit cet aspect à la fois âpre et poétique malgré la rudesse des personnages et des décors dans lesquels ils évoluent. Les dialogues parsemés d’un humour grinçants et de répliques épiques achèvent de faire de Pike une petite perle du roman noir.

Pike est le premier roman de Benjamin Whitmer qui est, j’en suis absolument certain, un écrivain à suivre attentivement.

Un court extrait pour vous en convaincre :

« Dehors, au-dessus des immeubles et cheminées de briques croulants de Cincinnati, un fin croissant de lune est là. Aérien, argenté, vibrant dans l’air nocturne. Il y a aussi des étoiles, mais elles sont invisibles derrière l’éclat des lampadaires et le smog qui pèse sur la ville, craquelé comme un puzzle aux multiples tons de gris. Elle pose un regard fixe vers la nuit, elle fume, ses paupières frémissent de tristesse. L’espace d’une minute, elle repense à Bogey et il lui manque horriblement.

Avoir quelqu’un à ses côtés.

Tenant sa cigarette dans sa petite griffe de main, elle l’éteint en se l’enfonçant dans l’avant-bras, juste pour avoir pensé ça.

Sa peau frémit et brûle. 

Dehors, rien ne change. Dedans non plus."

 

Sega

Benjamin Whitmer : Pike. Editions Gallmeister 2012. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacques Mailhos.

A lire en écoutant : Catch Yer Own Train. The Silver Seas. Album : High Society/Cheap Lullaby 2006.

18:59 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs W, LES AUTEURS PAR PAYS, USA | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | | |

29/08/2012

Thomas H. Cook : Mémoire Assassine, au delà du fait divers.

"Les cœurs déchiquetés qui parlent aux fantômes"

                                                                        Léo Ferré

 

 

thomas h cook,memoire assassine,faits diversLes drames familiaux finissent désormais immanquablement sous la rubrique « faits divers » ou sous la rubrique « société » dans les colonnes des quotidiens. Un entrefilet ou une première page tout est désormais une question de distance. Plus la tragédie est proche du lieu de rédaction plus elle prendra de l’importance. La trivialité de cette règle peut être balayée par des éléments suscitant auprès des lecteurs une émotion particulière encore que l’émotion est bien souvent absente de ces articles, le journaliste se bornant à relater les faits et rien que les faits. Une famille balayée et tout cela finit dans une rubrique « divers » comme si la monstruosité de l’événement se révélait tout bonnement impossible à classifier. Aucun reproche vis à vis des médias, je m’en garderai bien à la lecture de nos rapports de police tout aussi glaciaux qui consignent les faits que nous avons constaté sur ces scènes de crime atroces. Dans un contexte pareil l’émotion serait comme une tâche d’encre qui brouillerait le contenu du texte relatant l’événement. Cette tâche d’encre indélébile nous la portons en nous à tout jamais avec la certitude que rien, pas même le temps, ne pourra l’atténuer. Elle peut ressurgir à tout moment au gré du flux et reflux inexplicable de la marée de nos souvenirs et les reliquats de ces sombres réminiscences rejaillissent en permanence sur les flots agités de l’océan de notre mémoire.

Avec Mémoire Assassine de Thomas H. Cook c’est justement le thème de la résurgence qui est abordé avec Steve Farris, père de famille ordinaire à la vie bien rangée. Pourtant derrière cette façade de normalité l’homme à la particularité d’avoir été, à l’âge de 9 ans, le seul rescapé de sa famille décimée par son propre père qui prit la fuite une fois son sinistre forfait accompli. C’est lors d’entretiens avec une jeune journaliste qui se consacre à l’écriture d’un ouvrage sur ce type de tragédie  que Steve Farris va entamer un long et périlleux travail de mémoire qui ne va pas le laisser indemne.

Au fil des chapitres et des souvenirs évoqués par le personnage principal, nous pénétrons au cœur d’une famille dont chaque membre est décrit avec une sensibilité et une force d’émotions qui ne peut laisser insensible le lecteur le plus averti. Il y a cette écriture classique et cette subtile construction qui nous permet d’appréhender comme cela l’air de rien les nombreux évènements qui vont émailler la vie des différents protagonistes en provoquant de petites interférences qui vont se télescoper au point de former une onde choc dont l’écho se répercutera encore bien des années plus tard. Malgré la violence du thème principal, il ne faut pas s’attendre à une succession de descriptions sordides ou à une multitude de scènes d’action époustouflantes car Mémoires Assassine est surtout un hommage à la mémoire de ces victimes emportées par la folie d’hommes désemparés qui ne peuvent plus faire face.

Mémoire Assassine a été écrit en 1993, mais curieusement (peut-être la noirceur du thème y est pour quelque chose) il est resté inédit en français jusqu’en 2011. C’est finalement l’édition Point2 qui l’a édité dans ce format particulier de « mini-poche ». Une collection particulière qui fait que  l’ouvrage se lit à la verticale pour s’adapter à cette dimension compacte qui nous permet de l’emporter dans nos bagages sans être encombré. Peut-être s’agit-il là d’une alternative à la lecture numérique qui pourrait être vouée à l’échec du fait de son prix élevé. En dépit de ce bémol, cela ne doit pas vous dissuader d’acquérir Mémoire Assassine qui, après sa lecture, restera profondément ancré dans vos souvenirs.

Sega

 

Thomas H. Cook : Mémoire Assassine. Editions Point2 2011. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Philippe Loubat-Delranc.

A lire en écoutant : Even in the Quietest Moment de Supertramp. Album : Even in the Quietest Moment. Universal Music Diffusion 1977.

 

25/03/2012

JAMES LEE BURKE : SWAN PEAK, L’OUBLI DANS LA GRANDEUR DE LA NATURE.

 

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Il aura fallu un ouragan pour que Dave Robicheaux, sa femme Molly et son inénarrable compagnon Clete Purcell quittent momentanément les terres submergées de la Nouvelle Orléans et de New Ibéria pour se ressourcer dans l'ouest du Montana. Loin de trouver le repos, les deux compères se retrouvent aux prises avec les frères Wellstone, riches propriétaires terriens entourés de personnages patibulaires qui ont jadis frayé avec la mafia. Les fantômes du passé ressurgissent alors qu'un tueur en série sévit dans la région, tandis qu'un prisonnier fugitif, traqué par un gardien inquiétant, tente de retrouver sa petite amie désormais mariée à l'un des frère Wellstone. Des passés obscurs, des rancœurs enfouies et des faits divers terrifiants vont semer le trouble dans la région.

En Louisiane ou dans le Montana, on se complaît dans les atmosphères envoutantes des récits de James Lee Burke car cet auteur de talent parvient toujours à nous séduire que ce soit par ces descriptions lyriques d'une nature somptueuse ou par le charme de personnages qui deviennent toujours plus complexes au fil de ses ouvrages.

Swan Peak ne déroge pas à la règle, bien au contraire. Il s'agit de l'un des romans le plus abouti de ce grand écrivain. Toutefois n'espérez pas trouver d'intrigues tarabiscotées ou de grandes doses d'adrénaline dans ce 17ème opus des aventures de Dave Robicheaux. L'histoire s'installe tranquillement comme une de ces rivières du Montana où l'on aime à pêcher à la mouche, un rythme fait de quiétudes et de sursauts à l'ombre des Mission Mountains. Certains pourront reprocher l'attitude très en retrait des personnages principaux qui deviennent presque spectateur des trames qui se jouent tout autour d'eux, mais on ne pourra qu'apprécier l'ambiguïté et les contrastes des acteurs secondaires qui prennent le devant de la scène en renouvelant ainsi la structure usuelle des récits de James Lee Burke.

L'action se déroule donc non loin de Missoula qui est également le second lieu de résidence de l'auteur et qui semble être devenue la Mecque de bon nombre d'écrivains nord-américains, comme feu James Crumley, Richard Ford, Thomas McGuane et Jim Harrison. Ce n'est d'ailleurs pas la première incursion dans cet état, puisque James Lee Burke avait déjà fait évoluer le personnage de sa seconde série, Billy Bob Holland, dans la région avec Bitterrott.

En toile de fond, il y a toujours cette inquiétude pour la préservation d'une nature qui semble menacée par les feux de forêts, les mines à ciel ouvert et l'exploitation du pétrole ainsi que la problématique de l'élevage intensif. Et puis on retrouve cette lutte permanente des personnages principaux qui tentent de refréner la résurgence de leurs démons intérieurs en cherchant en vain l'endroit idéal pour déposer les bagages encombrants d'un passé qu'ils ne peuvent oublier.

 

SEGA

James Lee Burke : Swan Peak. Editions Rivages / Thriller 2012. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christophe Mercier.

A lire en écoutant : One Time One Night - Los Lobos - Wolf Track : The Best of Los Lobos. Rhino 2006.

 

 

31/01/2012

CHESTER HIMES : LA REINE DES POMMES, HARLEM OU LE CANCER DE L’AMERIQUE

 

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Si on regarde vers l'est, du haut des tours de Riverside Church, perchée au milieu des bâtiments universitaires, sur la rive haute de l'Hudson River, on voit tout en bas, dans la vallée, les vagues des toits gris, qui, comme celles de l'océan, faussent la perspective. Sous cette étendue mouvante, dans les eaux troubles des garnis crasseux, une population noire se convulse dans une frénésie de vivre, à l'image d'un banc grouillant de poissons carnassiers qui parfois, dans leur voracité aveugle, dévorent leurs propres entrailles. On plonge la main dans ce remous et on en retire un moignon.

C'est Harlem.

Plus on se porte à l'est plus la ville est noire.

C'est peut-être en lisant ce court extrait que l'on peut comprendre qu'au delà d'une intrigue punchy, de dialogues truculents et de personnages charismatiques la Reine des Pommes de Chester Himes est considéré comme un des grands classiques du polar. Ex étudiant, ex liftier, ex taulard, l'auteur en mal de devenir fut contraint de s'exiler en France pour obtenir une considération littéraire qu'il ne trouvait pas dans une Amérique gangrenée par la ségrégation. Alors qu'il s'obstinait à écrire des romans sociaux, Marcel Duhamel, alors directeur de la prestigieuse collection Série Noire, lui conseilla de s'essayer au polar. En 1958, La Reine des Pommes fut donc publié pour la première fois en France et obtint un énorme succès salué entre autre par Giono, Sartre et Cocteau.

Jackson est l'homme, le plus candide d'Harlem et pour combler sa garce de petite amie, prénommée Imabelle, il va faire fructifier son argent grâce aux « dons miraculeux » d'une bande de personnages très louches capable de transformer les billets de 10 dollars en billets de 100 dollars. Et lorsqu'il constate qu'il s'est fait spolier, cet apprenti croque- mort, transporté par une foi à toute épreuve et une naïveté qui confine à la stupidité, va tout faire pour récupérer son bien. Il sera aidé de son escroc de frère Chuck, qui pour survivre, se déguise en bonne sœur afin de voler les dévôts. L'histoire se réglera à coups de surins, de flingues et de bouteilles d'acide. Et parmi les personnages secondaires, apparaitront les flics les plus durs de Harlem, j'ai nommé Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Jones que l'on retrouvera dans les huit romans composant le cycle de Harlem.

 

Un monde sans pitié que le Harlem de Chester Himes où il y dénonce cette politique de ségrégation que subissait les citoyens afro-américains, mais également les travers d'une population qu'il dépeignait sans concession. On y découvre un quatier sinistré, gangréné par la violence et la misère sociale. On est bien loin des images d'épinal véhiculées par l'Apollo Theater et autres boîtes de jazz. Le Harlem que Chester Himes décrit est un quartier soufrant des affres de la drogue et de la mortalité infantile, entre autre. Un univers sordide, truffé de taudis où les délinquants en tout genre sévissent au détriment d'une population tourmentée.

 

Et si l'on veut se convaincre du lien entre l'étude sociale d'un quartier et le polar, il faut lire l'essai de Chester Himes, Harlem ou le Cancer de l'Amérique qui sert d'introduction au huit polars du Cycle de Harlem que l'on retrouve réunis pour l'édition Quarto/Gallimard. Il s'agit d'un texte édifiant qui dépeint de manière exhaustive l'historique et le contexte social de ce célèbre quartier. Là aussi vous découvrirez le regard sans concession de Chester Himes sur la vie des hommes et des femmes de ce quartier. Un texte dérangeant où l'auteur emploie à de multiples reprises le mot nègre comme pour mieux exorciser ce mal qui ronge encore l'Amérique.

 

Lorsque l'on me proposa, avec Yves Patrick Delachaux et Valérie Solano, de faire une chronique de polars pour Radio Cité, ce fut cet ouvrage qu'il me vint à l'esprit d'évoquer. Par le biais de ce lien vous découvrirez la maquette de ce projet malheureusement avorté avant même sa mise en œuvre : Machine Gun Kelly. Un joli brouillon savamment monté et mixé par l'excellent Alexandre Marcellin et animé par la talentueuse Judith Repond.

La Reine des Pommes c'est comme un morceau de be-bop que cracherait le saxo de Charlie Parker. Rapide, stylé, rythmé !!


http://www.flicdequartier.ch/machine-gun-kelly/

 

Bonne lecture et bonne écoute !

Sega

 

Chester Himes : La Reine des Pommes. Editions Gallimard/Quarto 2007. Traduit de l'anglais USA par Minnie Danzas.

A lire en écoutant : Across the 110th Street. Booby Woomack. Album : The Soul of Bobby Woomack/EMI Heart of Soul Series.

 

 

22:05 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs H, LES AUTEURS PAR PAYS, USA | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

28/11/2011

SEAN DOOLITTLE : RAIN DOGS, OÙ S’ECHOUENT LES ÂMES BRISEES ?

 

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Si vous me demandez la raison pour laquelle j'ai acheté Rain Dogs, je ne vous ferai pas de réponses alambiquées en prétendant avoir fait un examen complexe pour dégotter un bon polar. Ce livre a piqué ma curiosité tout simplement parce qu'il porte le même titre qu'un album de Tom Waits datant des années 80 et que les chansons cabossées du chanteur à la voix rauque pouvaient correspondre aux fêlures du personnage principale de Sean Doolitle. De toute manière avec un roman édité aux éditions Rivages/Noir, je ne prenais pas de gros risques en matière de déconvenue.

Après la mort de sa petite fille et le départ de sa femme, Tom Coleman, ancien journaliste à Chigago, est un homme qui ne trouve le réconfort que dans le fond d'une bouteille d'alcool. En reprenant une petite exploitation de location de canoës, perdue au fin fond du Nebraska, héritée de son grand-père, il n'aspire qu'à s'enterrer d'avantage dans son chagrin. Mais panser ses plaies en retournant sur les lieux de son enfance n'est pas une chose aisée, surtout lorsque l'on retrouve son amour de jeunesse. Elles les sont d'autant moins lorsque, à proximité du domaine, explose un laboratoire de came clandestin et que des flics ripoux s'en prennent à l'un de ses employés. Ces magnigances ne vont qu'attiser la curiosité de l'ancien journaliste d'investigation et tant pis s'il le fait à ses propres risques et périls.

On pourrait reprocher le style très classique de Rain Dogs, mais c'est ce qui en fait sa force. Exit les intrigues tarabiscotées et les rebondissements douteux. Avec Rain Dogs on retrouve le classicisme du polar nord-américain dans ce qu'il a de plus noble et de plus efficace. Chaque mot est pesé avec soin, les dialogues sont forts bien construits et cette efficacité dans l'écriture nous permet de nous plonger dans ce coin perdu du Nebraska où, au travers des superbes descriptions de l'auteur, l'on se surprend à deviner les tumultes de la rivière dissimulée derrière un bouquet de chênes noueux et de pins odorants. Une histoire simple, des personnages familiers, cela pourra dérouter plus d'un lecteur bien trop habitué aux récits sophistiqués de certains auteurs plus soucieux du nombres d'exemplaires écoulés que de la qualité de leurs textes.

C'est dans les liens qui unissent les personnages que l'on trouvera l'émotion à fleur de peau qui caractérise Rain Dogs et l'on frissonnera particulièrement avec cette relation posthume entre un grand-père et son petit-fils pouvant évoquer une enfant que la maladie a emporté bien trop rapidement. En guise d'introduction au récit, il y a cette du lettre du vieil homme qu'il adresse à son petit-fils. A elle seule, elle donne un avant-goût de la sobriété talentueuse d'un écrivain méconnu, mais bourré de talent.

« Thomas,

Aujourd'hui tu enterres ta petite. J'imagine que tu as le cœur brisé et je suis bigrement désolé. J'aimerais te dire que j'aurais aimé être là, mais en fait, non. Plus le temps passe, et moins je supporte les gens. Je suppose que cette rivière est probablement ce qu'il y a de mieux pour un vieux chien sans collier comme moi. Peut-être que tu ne voudras rien avoir à faire avec cet endroit. De toute manière, la terre, les bâtiments et le camion sont à toi. Fais en ce que tu veux. Peu importe, moi je suis sous terre. Pas grand-chose à ajouter. Bonn chance fiston.

Parker Coleman »

Où vont s'échouer les âmes brisées ? Probablement au bord d'un rivière perdue au cœur du Nebraska. Sean Doolittle : un nom à retenir.

SEGA

 

Sean Doolittle : Rain Dogs. Editions Rivages/Noir 2011. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides.

A lire en écoutant : Tom Waits : Jockey Full Of Bourbon / Album : Rain Dogs / Island Records 1985

Tom Waits : Jersey Girls / Album : Heartattack and vine / Asylum Records 1980

 

 

 

00:17 Publié dans 4. Roman noir, Auteurs D, LES AUTEURS PAR PAYS, USA | Tags : sean doolittle, rain dogs, tom waits, rivages | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

23/10/2011

James Sallis : Drive, le western urbain

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Le Chauffeur, personnage principal du roman Drive de James Sallis, est pareil à cet homme sans nom, taciturne dont on ne connaissait absolument rien que campait Clint Eastwood dans la trilogie « Dollars » de Sergio Leone.  On change pourtant de décor en sillonnant le méandre urbain des routes poussiéreuses de Los Angeles avec cet homme taciturne qui carbure à l'adrénaline et vit au rythme des cylindres de ses voitures trafiquées. Cascadeur de jour, le Chauffeur prête ses talents pour diverses équipes de braqueurs tout en restant en retrait. La règle est simple, il se contente de conduire, mais il le fait avec un talent inouï qui lui permet de semer toutes les patrouilles de police. Le roman démarre brutalement dans la chambre d'un motel où le Chauffeur, entouré de plusieurs cadavres, rumine sa vengeance pour sanctionner les hommes qui ont tenté de le doubler. Une route froide et sanglante, comme ce bolide qui traverse Pico Blvd à toute allure, c'est ainsi que l'on peut décrire ce roman très court de James Sallis. Une écriture  sèche, dépourvue de toutes fioritures psychologiques et divisée en chapitres très courts, non linéaires qui font que ce récit se lit comme un boulet de canon et nous laissant sonné sur le bord de la route.

Un roman noir et bien serré, c'est vraiment comme cela que l'on peut définir cet ouvrage de James Sallis écrit en hommage au grand maître du roman de casse, Donald Westlake. 170 pages que l'on tourne au rythme trépidant de cet homme sans foi ni loi qui gravite dans un monde underground, composé de motels pourris, de meublés sordides et de rades crados, le tout ponctué de montées au braquage, poursuites palpitantes et exécutions sommaires. Un western urbain donc, où les chevaux apparaissent désormais sur les radiateurs fumants des bolides made in USA.

Souvent c'est à partir de roman très bref que l'on bâtit des chefs-d'œuvre cinématographiques et Drive en est l'exemple parfait. De ce roman, Nicolas Winding Refn a réalisé un film absolument éblouissant qui s'inscrit dans la même lignée que des  Police Fédérale Los Angeles de William Friedkin ou Heat et Collatéral de Michael Mann. Après avoir lu le roman, faites comme moi, courrez voir le film qui dégage une violence animale sans concession et sans fioriture au cœur d'une ville presque irréelle qui sert de terrain de jeu pour ce héro sans nom. On avait déjà eu la vision âpre et abrupte de ce cinéaste danois lorsqu'il avait réalisé Pusher I, II et III, une trilogie hallucinante qui traitait du milieu du crime au Danemark et reléguait la série des Parrains au conte de bluette pour jeunes filles romantiques.

SEGA

James Sallis : Drive. Editions Rivages/Noir 2005. Traduit de l'anglais (USA) par Isabelle Maillet.

A lire en écoutant : Play Your Cards Right. Common feat. Bilal. Smocking Aces (Original Motion Picture Soundtrack).

 

 

 

06/09/2011

Daniel Woodrell : Winter’s Bone, la vallée des larmes.

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Les conséquences des crises économiques successives et de la misère sociale qui ont secoué les USA peuvent s'illustrer au travers de Winter's Bone de Daniel Woodrell où l'action se déroule dans un coin désolé de cet immense pays.

Les monts Ozark au Missouri c'est un de ces endroits de l'Amérique profonde où la dûreté de la vie n'épargne personne, pas même Ree Dolly, jeune adolescente de 17 ans au caractère âpre et rugueux à l'image de la région où elle vit. La jeune fille doit s'occuper de ses deux jeunes frères ainsi que de sa mère dépressive qui a perdu la raison. De surcroît, le père de Dee, petit fabriquant et trafiquant de meth,  fait de fréquents séjours en prison et c'est lors de sa dernière interpellation qu'il a mis la maison familiale en gage afin d'être libéré sous caution avant de disparaître de la circulation. S'ils ne veulent pas être expulsés, Dee a moins d'une semaine pour retrouver son père. Pour y parvenir elle devra donc se mouvoir dans les réseaux de la pègre locale dont les membres n'aiment pas trop les questions, à commencer par son oncle Larme Dolly, personnage atypique, amateur de coke et dont une partie du visage a été défiguré suite à l'explosion d'un laboratoire de meth. Malgré l'affection qu'il porte à sa nièce, le personnage n'en demeure pas moins inquiétant et mystérieux. Les périnégrations de Ree la meneront du côté du clan Milton dirigé par un vieux despote aussi dangereux que silencieux et entouré d'une nuée de harpies au caractère bien trempé qui lui meneront la vie dure. Au fil des jours, l'espoir de retrouver son père vivant s'amenuise. Mais finalement, qu'il soit vivant ou mort,  cela importe peu car Dee n'a pas le choix, elle doit accomplir la tâche qu'elle s'est fixée afin de conserver la maison. Mais acceptera-t-elle le prix terrible qu'il faudra  payer  pour y parvenir ?

Bien souvent, ce qu'il y a d'intéressant lorsqu'un auteur aborde un sujet se déroulant dans le cadre de son enfance, c'est l'émotion qui transparait au travers des pages comme c'est le cas avec ce récit de Daniel Woodreel qui a vécu dans cette région des Ozark avant  de s'engager dans l'armée et de bourlinguer à travers tout le pays en effectuant divers métier pour finalement vivre de sa plume. Winter's Bone est son meilleur roman, même si certain lui reprocheront une certaine lenteur qui se cale pourtant sur le rythme de cette région anesthésiée par la froidure hivernale. Une prose lyrique pour nous décrire une vallée dévastée économiquement et dont les institutions étatiques sont quasiment à l'agonie. Les habitants, installés depuis plusieurs générations, y appliquent leurs propres règles et un code de conduite qui peut s'assimiler à celui d'une espèce de mafia. Un monde sans pitié qui contraste avec la fragilité de la jeune Ree, ceci malgré sa force de caractère, son courage et son entêtement. On appréciera la justesse de ton des dialogues qui jalonnent le roman le rendant encore plus percutant. On regrettera, par contre, la mauvaise traduction du titre qui, en anglais, prend tout son sens au regard du terrifiant final qui conclut ce récit.

Depuis quelques années, en collaboration avec Casterman, les éditions Rivages adaptent quelques un de leurs roman en BD. Vous pourrezwinters-bone-hiver-glace-L-njefEp.jpegdonc découvrir ce roman illustré par Romain Renard. D'autre part l'adaption cinématographique du roman a reçu le grand prix du festival du film à Sundance et le prix du jury au festival de Deauville. Quel que soit le support que vous adopterez, vous serez conquis par l'émouvant périple de Ree dans cet univers implacable.

Daniel Woodrell : Winter's Bone (Un Hiver de Glace). Editions Rivages/Noir 2007. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Frank Reichert.

Romain Renard/Daniel Woodrell : Un Hiver de Glace. Editions Rivages/Casterman/Noir 2011.

A lire en écoutant : You Will Be My Ain True Love - Sting/Alison Krauss - Cold Mountain (Music from the Motion Picture)

 

 

 

22:35 Publié dans 4. Roman noir, LES AUTEURS PAR PAYS, USA | Tags : daniel woodrell, ozarks, missouri, meth | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |

01/08/2011

Shane Stevens : Au-delà du Mal, l’ère vivifiante et sanglante des seventies !

 

Au-delà du Mal fait partie de ces éditions maudites qui font en sorte que ce roman de serial killer, écrit en 1979 a finalement été traduit et édité aux éditions Sonatine en 2009. Ce récit, peut-être trop en avance pour son époque, souffre désormais de la comparaison

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avec des auteurs comme James Ellroy ou Thomas Harris. Martin Plunkett (tueur baroque et excessif d’Un Tueur sur la Route) et Hannibal Lecter (tueur raffiné et cultivé du Silence des Agneaux) sont passés par là et ont gravé en lettre de sang leurs dérives meurtrières laissant loin derrière eux la cohorte de tueurs parfois pathétiques et guignolesques qui ont fleuri après eux, provoquant finalement une espèce de lassitude pour ce genre.

Il faudra pourtant faire fi de cette lassitude et se plonger dans l’histoire tourmentée de Thomas Bishop qui fait figure de père spirituel pour les tueurs que j’ai cité précédemment. L’histoire au souffle épique se situe durant les années 70, "époque bénie" où sévissaient des monstres comme le Zodiac, Ted Bundy et où le sentiment d’insécurité était supplanté par la lutte contre le communisme, atteignant son paroxysme avec la guerre du Vietnam.

Le récit débute en narrant l’histoire véridique de Caryl Chessman, violeur en série, condamné à mort. A 10 ans, Thomas Bishop, interné dans un institut psychiatrique de Californie, après avoir tué sa mère dans des conditions atroces, est persuadé d’être le fils de ce personnage charismatique. Bien des années plus tard, après un subterfuge diabolique, il parviendra à s’évader pour semer la mort à travers tout le pays, achevant son parcours à New-York où il sévira avec force et conviction à l’image de son pseudo père, provoquant une chasse à l’homme qui prendra une dimension nationale. Nous suivrons donc le parcours d’un journaliste, de plusieurs policiers et hommes politiques embarqués dans cette course terrifiante qui suscitera bien des débats comme celui sur la peine de mort.

Outre la fraicheur du récit qui prend son temps pour s’installer, on appréciera les sujets de société que l’auteur évoque au travers de ces personnages (débat sur la peine de mort, les prisons, les instituts psychiatriques, la coordination entre les divers services de police et les médias) ce qui en fait plus qu’une histoire de serial killer. Pas de fioriture, pas d’exercice de style et point de rebondissement tonitruant, juste une histoire suffisamment terrifiante en elle-même pour nous faire dresser les cheveux sur la tête.

Du fait des années 70, on appréciera également le réalisme du parcours de ce criminel qui n’utilise que les outils de son époque pour échafauder ses plans diaboliques. Point de téléphones portables, d’informatiques ou autres stratagèmes sophistiqués pour ce tueur qui opère « artisanalement » avec son couteau en égorgeant, éventrant et découpant ses victimes sans aucun état d’âme.a169

On sait peut de chose sur Shane Stevens qui est probablement un pseudo derrière lequel se cache l’auteur de 5 romans écrits entre 1966 et 1981. Gageons que l’auteur se soit retiré dans les hauteurs de l’Himalaya en psalmodiant des prières inintelligibles pour se faire pardonner d’avoir terroriser ses lecteurs avec des récits bien trop en avance pour leur époque et traduits malheureusement avec bien trop de retard.

Shane Stevens : Au-delà du Mal. Editions Sonatine 2009. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Claude.

A lire en écoutant : Fortunate Son - Creedeance Clearwater Revival – Chronicle – The 20 greatest hits

 

19/06/2011

URBAN WAITE : LA TERREUR DE VIVRE. RIEN QU'UNE AFFAIRE DE TRAQUE !

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- Comment s'appelle le cheval brun avec une tache blanche sur le museau ?

- Hermès.

- Malin, dit Grady.

On entendit le bruit de la mitraillette, une salve rapide de trois coups. Hunt n'entendit rien d'autre. Il n'entendit pas le cheval ni les impacts des balles. Le téléphone à la main, il se contentait d'écouter, sans trop savoir quoi dire.

- Tu as combien de chevaux dans ton écurie ? demanda Grady.

Hunt ne répondit pas.

- Pour moi, c'est seulement des animaux, mais je parie qu'ils représentent beaucoup plus à tes yeux.

- Pourquoi est-ce que tu ferais ça ?

- Tu sais que je vais retrouver ta femme. Je vais la trouver et on pourra rejouer à ça. Tu veux que je te rappelle à ce moment-là ?

- Si tu avais dû la trouver ce serait déjà fait. Tu espérais seulement qu'elle soit là.

- Non c'est toi que j'espérais trouver ici.

Hunt entendit l'arme tirer à nouveau. Cette fois-ci, il entendit le cheval hennir une fois. Puis une deuxième.

- Je vais prendre mon temps avec celui-là, dit Grady.

- Je vais te tuer, menaça Hunt en se disant qu'il était sérieux. Pour la première fois de sa vie, il le pensait sérieusement. Nouveau tir de l'arme automatique.

- Il ira jamais au champs de courses.

- T'es cinglé

- Tu pourrais empêcher ça.

- T'as rien et t'es désespéré.

- Je pourrais commencer par ta femme, et puis je prendrais la fille, de toute façon, je serai sans doute obligé de la tuer pour lui sortir la drogue du bide. Je pourrais faire tout ça devant toi. Je t'obligerais sûrement à regarder. Tu veux sauver quelqu'un, tu veux sauver ce dernier cheval ? Tu devrais venir me retrouver ici. Je te promets que ça sera rapide. Tu es déjà mort de toute façon.

 

Dans le roman noir et le roman policier, il est un moteur, une dynamique commune qui n'est autre que la traque. Le détective ou le policier cherchent à appréhender le criminel, tout comme le looser cherche à fuir un destin qui le rattrape obstinément pour le plonger dans la plus sombre des déchéances. Dans le polar tout comme dans le roman noir, on cherche, on fuit, on découvre, on dissimule...rien qu'une affaire de traque.

Dernièrement, ce sont les experts, analystes ou légistes qui pistent meurtriers en tout genre avec tout un bagage technologique et scientifique. Peu à peu ils ont remplacé les profilers torturés qui se plongeaient dans l'esprit des sérials killer. Parfois c'est l'inverse qui se produit, lorsque le tueur psychopathe se lance à la poursuite du héro. Dans ce domaine, la meilleure des traques n'est pas littéraire mais cinématographique, avec « La Nuit du Chasseur » où Robert Mitchum incarne le terrifiant révérend Harry Powell, poursuivant deux jeunes enfants qui seraient les seuls à détenir le secret de leur défunt père qui a dissimulé le butin d'un hold up. On se souvient tous de cette silhouette à la fois élégante et inquiétante, ainsi que des mots HATE et LOVE tatoués sur les doigts du prêcheur. Un film terrifiant donc réalisé en 1955 d'après l'excellent roman de David Grubb.

Dans le même esprit, je parlais dans un précédent billet du roman de Cormac McCarthy, « No Contry for the Hold Man » où le terrifiant Chigurh exerçait ses « talents » avec une froideur toute méthodique.

Et puis il y a cet ouvrage de Urban Waite, « La Terreur de Vivre ». A la frontière entre le Canada et les USA, Phil Hunt, éleveur de chevaux, arrondi ses fins de mois en faisant passer des cargaisons de drogue par des chemins de montagne. Il croisera le chemin du shérif  adjoint Bobby Drake qui après une traque épique contraindra Phil Hunt à prendre la fuite avec la drogue. Mais les commanditaires  dépêchent Grady Fisher afin de récupérer leur marchandise. Celui-ci est un adepte du découpage qu'il pratique aussi bien sur des animaux que sur des êtres humains. Il possède un étui à couteau qu'il emporte partout où il se rend et sème terreur et destruction sur son chemin. Une machine de guerre chaotique, insensible à la douleur et aux suppliques. On va  donc suivre le parcours haletant de ces trois personnages à travers tout l'état de Washington et l'on appréciera tout autant les passages où l'action fleure bon le testostérone, l'odeur cuivrée du sang mélangée à celle de la cordite que les moments plus calme où Hunt et Drake se questionnent sur le sens de leur vie respective tout en se demandant s'ils pourront échapper à leur destinée qui semble imprimée à l'encre indélébile.

« La Terreur de Vivre » est le premier roman de Urban Waite. Il s'agit d'un thriller hallucinant et prenant qui se lit d'un coup, emporté que l'on est dans l'immensité de cette nature qui annihile toute l'humanité des protagonistes pour ne faire rejaillir que leur instinct primaire : vivre.  Un texte puissant résonnant comme le chien d'un flingue qui percute la balle s'apprêtant à jaillir du canon.

SEGA

 

Urban Waite : La Terreur de vivre. ACTES SUD /actes noirs 2010. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Céline Schwaller.

A lire en écoutant : Titre : Gunfight. Album : Un Prophète (Bande originale du film). Compositeur : Alexandre Desplat

 

18:24 Publié dans 6. Thriller, Auteurs W, LES AUTEURS PAR PAYS, USA | Tags : traque, serial killer, sheriff, urban waite, drogue | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | |