15/01/2017

Emily St. John Mandel : Station Eleven. Ne plus être.

emily st. john mandel, station eleven, editions rivages, symphonie itinérante, apocalypse, fin du mondeUne fois ce monde éteint qu’adviendra-t-il des survivants ? Signe des temps, de notre temps, jamais la thématique du cataclysme mondial et de ses conséquences post-apocalyptiques n’auront fait l’objet d’une telle production littéraire traitant le sujet. Sur les débris d’une civilisation défunte ce sont des hordes déchaînées qui luttent dans un déferlement de violence tandis que quelques survivalistes isolés tentent de surmonter les tourments d’un univers ravagé et sans espoir. Affrontements et repli sur soi semblent être les deux alternatives majeures que nous offrent les auteurs ayant abordé le sujet. Bien qu’attachée aux codes du genre, Emily St. John Mandel se distancie subtilement mais résolument de ces visions pessimistes avec son nouveau roman Station Eleven pour se situer bien au-delà des simples questions de survie en suivant les péripéties de la Symphonie Itinérante, une troupe composée d’acteurs et de musiciens qui sillonnent la région du lac de Michigan pour aller à la rencontre des communautés qui se sont constituées sur les reliquats d’un monde décimé par une pandémie foudroyante.

Le célèbre acteur Arthur Leander s’effondre sur les planches de l’Elgin Theatre à Toronto, en pleine représentation du Roi Lear, victime d’un malaise cardiaque dont il ne se remettra pas. La nouvelle n’aura pas le temps de faire le tour du monde car la grippe de Géorgie, une pandémie foudroyante, décime déjà toute la population mondiale.

Que deviendront sa seconde épouse Elisabeth et leur fils Tyler ?

Que deviendra Clark, l’ami fidèle d’Arthur ?

Que deviendra Jeevan, le secouriste qui a tenté de réanimer, sans succès, le célèbre interprète ?

Que deviendra Miranda, la premiére femme d’Arthur, créatrice d’une bande dessinée intitulée Station Eleven ?

Kirsten ne se souvient plus de tous ces noms. Elle n’était qu’une enfant lors de la survenue du cataclysme et le monde d’autrefois n’est, pour elle, plus qu’un lointain souvenir. Elle a intégré la troupe de la Symphonie Itinérante qui parcourt la région pacifiée des Grands Lacs pour dispenser pièces de théâtre et interprétations musicales aux habitants des petites villes et villages qu’elle traverse. La route n’est pas de tout repos et les rencontres sont parfois dangereuses. Kirsten possède deux couteaux noirs tatoués sur son poignet droit.

Station Eleven s’attache sur cet instant tragique qui constitue tout le basculement de l’intrigue où le décès d’Arthur Leander devient le catalyseur d’une multitude de personnages denses, aux caractères habilement étoffés, dont les destinées se propulsent désormais sur les chaos dramatiques d’un monde qui s’effondre. De l’audace et de l’originalité pour un texte dépassant tous les codes des genres afin de s’ancrer dans une fresque romanesque qui s’étale sur une constellation de temporalité qu’Emily St. John Mandel manie avec une véritable maetria nous permettant d’apphéhender aisément ces alternances entre le monde du passé et celui dans lequel évolue désormais ce fragile reliquat d’humanité.

Avec la Symphonie Itinérente dont les fondements et la motivation s’inscrivent en lettres blanches sur le flanc d’un des véhicule de la caravane : Parce que Survivre ne suffit pas, la partie post-apocalyptique du roman prend une toute autre dimension à la fois plus mélancolique mais paradoxalement plus réaliste en s’éloignant des canons hystériques propre au genre sans pour autant mettre de côté des confrontations qui s’avèrent finalement plus dures et plus cruelles dans le dépouillement de scènes extrêmement fortes. Et puis cette compagnie aux influences shakespeariennes peut s’incarner dans un contexte similaire à celui du célèbre dramaturge anglais évoluant, à l’époque, dans un monde ravagé par la peste. Le lecteur décèle ainsi l’allégorie de la puissance du verbe et de la transmission orale contre l’obsolescence d’une technologie caduque et muette désormais destinée à alimenter un musée créé par l’un des survivants afin de se souvenir d’un monde défunt. Mais bien au-delà de cette dichotomie on perçoit toute la difficulté de ces hommes et de ces femmes à donner du sens à leur vie tant dans l’ancien monde que dans ce nouvel environnement dans lequel évoluent désormais les rescapés et leurs descendances.

Emily St. John Mandel se singularise par le biais d’une écriture subtile, presque fragile qu’elle met au service de personnages véritablement incarnés dans l’épaisseur de leurs sentiments ainsi que dans les relations subtiles qu’ils entretiennent avec les autres protagonistes. Dans cette constellation de rencontres l’auteure met en place une dramaturgie complexe qui contient plusieurs niveaux de lecture à l’instar de Miranda auteure d’une étrange bande dessinée de science fiction, intitulée Station Eleven. L’œuvre de toute une vie, destinée à sa seule créatrice devient le tribut emblématique de deux adversaires qui interprètent chacun à leur manière la quête du Dr Eleven : Nous aspirons seulement à rentrer chez nous. L’appropriation de l’œuvre et ainsi que sa destinée nous ramènent à nos propres perceptions des différents domaines artistiques et à la valeur que nous leurs accordons.

Station Eleven est un conte sombre et tragique qui bouleversera immanquablement un lecteur séduit par l’abondance des thématiques soulevées autour d’une fiction aussi brillante qu’inattendue. Avec une écriture pleine de force et de délicatesse, Emily St. John Mandel transcende le noir pour le rendre plus éclatant.

Emily St. John Mandel : Station Eleven (Station Eleven). Editions Rivages 2016. Traduit de l’anglais (Canada) par Gérard de Chergé.

A lire en écoutant : The Future de Léonard Cohen. Album : The Future. Colombia Records 1992.

 

25/10/2016

Hervé Le Corre : Du Sable Dans la Bouche. Le sacre du désespoir.

hervé le carre, du sable dans la bouche, éditions rivages, polar bordeaux, conflit basqueLa mort dans l’âme, il faut parfois savoir renoncer à s’inscrire dans le courant enthousiaste des chroniqueurs encensant un roman comme Après la Guerre d’Hervé Le Corre. Car dans cette déferlante de louanges unanimes que pourrait-on ajouter de plus qui n’a pas été dit ? Alors, après deux ans de silence, il ne reste peut-être plus qu’à exprimer simplement son impatience à l’idée de retrouver cet auteur majeur du polar français. Aussi, pour nous faire patienter, Rivages/Noir a choisi de publier Du Sable Dans la Bouche, dans une nouvelle édition entièrement révisée pour ce roman paru en 1993 chez Gallimard pour la collection Série Noire (n° 2327).

Mathilde marche dans les rues de Bordeaux. Elle est sortie de prison et elle boite. Elle laisse derrière elle les quelques amis qui n’osent évoquer le drame d’autrefois. Difficile de réveiller les vieux souvenirs enfouis. Ce groupuscule d’autonomistes basques traqués par un tueur psychopathe à la solde des services secrets espagnols. Est-ce au nom d’un amour de jeunesse ou de ses anciennes convictions que Pierre s’est mis en tête d’aider les membres de cette cellule terroriste. Un démarche dangereuse, d’autant plus que les flics français ont mis en place un traquenard machiavélique pour appréhender les fugitifs. Mathilde marche dans les rues de Bordeaux. Elle est sortie de prison et elle boite. Mais la démarche est assurée car elle a fait l’acquisition d’un fusil. Il est des meurtrissures plus profondes dont on ne saurait guérir.

L’essouflement des convictions, la résignation et le sursaut dont l’ensemble est imprégné d’une logique de vengeance tels sont les thèmes qu’Hervé Le Corre aborde avec une habilité narrative singulière où, par exemple, la conjugaison des temps désigne les différentes périodes de l’histoire permettant ainsi de se dispenser de dates ou autres notions temporelles. Car finalement c’est en cela que l’auteur se distingue, avec quelques autres, dans cette maîtrise de la langue qu’il manipule avec un talent indéniable pour servir un récit à la fois poétique et implacable.

 A bien des égards, Du Sable Dans la Bouche contient de nombreux éléments qui composeront la trame d’Après la Guerre. Outre l’inexorable parcours de représailles, on retrouvera des thématiques qui accompagnent toute l’œuvre de l’auteur à l’instar de ces femmes vulnérables devenant les victimes expiatrices de bourreaux manipulateurs. Dans Du Sable Dans la Bouche, Mathilde incarne donc ce personnage à la fois déterminé et fragile, en rupture total qui va demander réparation. L’enjeu du roman consiste à déterminer les raisons qui poussent la jeune femme à s’engager sur cette voie de la violence en entraînant le lecteur dans une longue analepse mettant en scène des protagonistes inquiétants comme Angel Matanzas, tueur froid et déterminé, prenant un plaisir sadique à malmener ses victimes avant de leur ôter la vie. Mais plus retords et finalement plus monstrueux il y a ces flics ambitieux n’hésitant pas à manipuler et sacrifier des vies sur l’autel de la raison d’état pour mettre en place une opération visant à interpeller un groupe d’indépendantistes basques.

Avec ce récit dense et ramassé Hervé Le Corre ne s’attarde pas vraiment sur le contexte du combat lié au nationalisme basque pour se concentrer principalement sur les protagonistes et leurs divers degrés d’implication dans cette lutte armée. Ayant choisis plus ou moins sciemment de s’engager dans le conflit on assiste au rapprochement entre Emilia la combattante déterminée et Pierre l’ancien syndicaliste qui renoue avec des convictions qu’il avait mises de côté depuis bien des années. Sympathie pour la cause ou reliquat d’un amour défunt, les motifs de Pierre sont incertains mais mettront en péril le couple qu’il vient de former avec sa compagne Mathilde qui est totalement étrangère au conflit basque. Impliquée malgré elle, la jeune femme subira les affres de cette guerre sans nom dans une inéluctable spirale de violence.

L’ambiance est triste et froide, à l’image du contexte hivernal dans lequel évoluent les différents protagonistes. Dans cette ville de Bordeaux, ainsi que dans les campagnes landaises transies on s’imprègne d’une atmosphère pesante et désenchantée qui alimente toute la noirceur d’un récit cruel où la barbarie et la compromission ne laisse aucune place à un quelconque perspective de probité et d’intégrité.

Un récit solide, une intrigue forte, Du Sable Dans la Bouche décline toute la nébulosité d’une implication belliqueuse dont les conséquences mettront à mal tous les principes de victimes qui deviennent forcément bourreaux. Un texte lumineux servant la noirceur d’un roman au souffle désespéré.

Hervé Le Corre : Du Sable Dans la Bouche. Edition Rivages/Noir 2016

A lire en écoutant : La Ville S’endormait de Jacques Brel. Album : Les Marquises. Barclay 1977.

26/05/2016

WILLIAM BOYLE : GRAVESEND. L'HYMNE DU DESESPOIR.

Capture d’écran 2016-05-26 à 00.28.13.pngUn peu plus d’un millier d’ouvrages. C’est le nombre de romans qu’a publié la maison d’éditions Rivages/Noir durant 30 ans devenant ainsi l’une des grandes références mondiales dans l’univers du roman noir et policier. Une belle collection si l’on prend la peine de consulter la liste où figurent les grands noms de la littérature noire, mais également des auteurs méconnus qui émaillent cet inventaire prestigieux. Travailleurs de l’ombre, très souvent mis en exergue par son directeur, il faut particulièrement saluer les traducteurs à l’instar de Pierre Bondil, Jean-Paul Gratias, Daniel Lemoine et Freddy Michalsky qui parvinrent à donner une voix française à ces auteurs américains tout en conservant leur petite musique si particulière. Outre une traduction soignée, l’une des particularités de la maison Rivages/Noir est de remettre constamment l’ouvrage sur le métier avec cette volonté farouche de nous faire découvrir de nouveaux auteurs de qualité. C’est ainsi, plutôt que de mettre en valeur une de ses têtes de file, que le numéro 1000 de la collection échoit à Gravesend, premier roman de William Boyle.

A Gravesend, quartier italien, au sud de Brooklyn, il y a ceux qui restent et ceux qui reviennent. Parmi ceux qui restent il y a Conway qui attend son heure afin de venger la mort de son frère Duncan, assassiné sauvagement, il y a de cela seize ans, par Ray Boy Calabrese une des figures du quartier. Parmi ceux qui reviennent, il y a justement Ray Boy Calabrese qui vient de purger sa peine de prison, mais qui attend désespérément de payer le prix fort de ses actes passés. Parmi ceux qui restent, il y a Eugene, jeune adolescent boiteux, qui souhaite montrer à Ray Boy, cet oncle déchu qui n’est plus que l’ombre de lui-même, qu’il peut également devenir un caïd du quartier. Parmi ceux qui reviennent, il y a la belle Alessandra qui traîne dans ses valises ses rêves déchus d’actrice de cinéma. A Gravesend, il y a des destinées qui s’entrechoquent brutalement dans un mélange acide de regrets, de colères et de désillusions.

Il y a bien évidemment des classiques immuables, telles la vengeance et l’illusion perdue, qui entrent dans la dynamique du roman noir et que William Boyle illustre parfaitement dans ce premier roman où il met en scène une tragédie prenant pour cadre un quartier modeste de Brooklyn qui devient un personnage à part entière. Plus qu’un quartier Gravesend devient une espèce d’espace verrouillé où gravitent, de manière dérisoire, des protagonistes qui ont cessé depuis longtemps d’agiter leurs illusions perdues. On perçoit ainsi cette colère et cette frustration taraudant chacun des acteurs qui ne parviennent pas à se dégager d’une destinée qui semble gravée dans le marbre glacé de l’amertume. Mais c’est lors de sursaut, de révolte que les drames se mettent en place dans une explosion de violence qui ébranle toute la communauté assoupie dans une torpeur teintée de nostalgie.

On ressent immédiatement quelque chose d’hypnotique dans l’écriture de William Boyle qui arrive à nous immerger, jusqu’à l’étouffement, dans ce quartier où il dépeint des personnages forts et poignants tout à la fois avec cette propension à mettre doucement en branle la machine infernale qui va broyer les destins dans des scènes d’une brutalité sèche et cruelle. C’est peut-être parce qu’il n’y a rien de flamboyant et d’épique dans ce roman que William Boyle parvient à incarner, avec une belle justesse, l’état d’esprit d’un pays fatigué de traîner derrière lui cette fameuse illusion du rêve américain. Finalement Gravesend c’est l’hymne du désespoir qui touche le cœur des hommes avec un roman noir pas comme les autres qui mérite bien cette mise en lumière que lui octroie ce numéro 1000 de Rivages/Noir.

William Boyle : Gravesend. Editions Rivages/Noir 2016. Traduit de l’anglais (USA) par Simon Baril.

A lire en écoutant : We Used to Think the Freeway Sounded Like a River de Richmond Fontaine. Album : We Used to Think the Freeway Sounded Like a River. Winner Casino Music BMI 2009.

 

 

06/01/2015

Gianni Pirozzi : Sara La Noire. Le bon flic ripoux.

Capture d’écran 2015-01-05 à 23.55.58.pngCinq ans après Le Quartier de la Fabrique dont une grande partie de l’intrigue se déroulait au Kosovo, c’est peu dire que l’on attendait avec impatience le retour de Gianni Pirozzi qui nous livre un polar très sombre intitulé Sara La Noire. Dans ce dernier opus, nous nous immergeons au cœur du quartier de Barbès en suivant le parcours frénétique de Guillermo, flic aux origines gitanes, hanté par la promesse de retrouver une enfant disparue dans des circonstances tragiques.

Sara la Noire, c’est un trio maléfique, une valse mortelle sur fond de décor urbain, froid et enneigé peuplé d’âmes maudites. Il y a tout d’abord Guillermo, lieutenant de police corrompu jusqu’à la moelle qui, muté d’Aigues-Mortes à Paris, traine sa carcasse dans le quartier de Barbès où il est affecté, à la recherche d’indices lui permettant de découvrir une trace de la fille de son cousin, victime d’un maniaque désormais interné à l’hôpital Kremlin-Bicêtre. Djibril, jeune délinquant à la dérive, vient tout juste de sortir de prison. Il veut se faire une réputation dans le quartier et accepte donc un contrat visant à éliminer Guillermo. Entre ces deux hommes il y a Hazfia qui est parvenue à quitter son mari violent pour se retrouver sous la coupe de Guillermo en sombrant dans la drogue et la prostitution tout en entretenant une relation aussi malsaine que passionnelle avec ce flic ripou. L’IGS est également sur le coup pour empêcher Guillermo d’arriver à ses fins. Mais rien n’arrêtera cet officier de police en bout de course. Car Guillermo a juré sur la tête de Sara la Noire, patronne des gitans des Saintes-Maries-de-la Mer, de retrouver la fillette disparue afin de remettre la dépouille aux membres de sa communauté. Et un serment de gitan, ça ne se renie pas.

Capture d’écran 2015-01-05 à 23.57.23.pngIl convient tout d’abord de signaler que Sara La Noire, reprend les principaux ressorts d’une nouvelle de Marc Villard intitulée Entrée du Diable à Barbèsville qui donne d’ailleurs son titre à un recueil également édité aux éditions Rivages/Noir. Plus que dans une postface, cet élément important aurait mérité d’être signalé dans une préface ou tout au moins sur le quatrième de couverture de l’ouvrage afin d’éviter aux amateurs du genre d’avoir cette désagréable sensation de déjà lu tout au long du récit.

Avec Sara La Noire, Gianni Pirozzi s’est donc emparé de l’univers de Marc Villard pour lui rendre un hommage appuyé tout en essayant de s’en affranchir ce qui rend la démarche quelque peu déroutante. Néanmoins il faut saluer le travail qu’a effectué Gianni Pirozzi . Il s’agissait là d’un exercice périlleux tant la forme d’écriture de Marc Villard semble indissociable de l’univers urbain qu’il affectionne.  Malgré cela, l’auteur a transfiguré la nouvelle en adoptant son propre style pour la développer en incluant l’univers gitan qui lui est cher. Le récit est ponctué de scènes sublimes qui évoquent quelques films magnifiques des seventies à l’image d’un Guillermo dépassé par les évènements qui offre quelques bonbonnes d’héroïnes à une chanteuse de rue qui fait la quête dans le métro. Les asiles de nuit glauques, les places hantées par l’ombre inquiétante des dealers et toxicos, les silhouettes furtives des prostituées, Gianni Pirozzi nous livre dans ce récit le portrait d’un quartier déglingué où se retrouve tout un univers de misère sociale que l’auteur décrit avec un réalisme déconcertant.

Mais malgré ses qualités indéniables, Sara la Noire souffre de carences au niveau des motivations du personnage principal qui peine à convaincre. Sans que l’on comprenne bien pourquoi, Guillermo s’est installé dans une logique d’autodestruction en devenant un flic ripoux, dealer et proxénète qui règne sur un foyer de femmes battues plus ou moins contraintes de se livrer à la prostitution. Si cela pouvait passer dans la courte nouvelle de Marc Villard uniquement centrée sur le moment présent, cela ne fonctionne plus avec le roman de Gianni Pirozzi qui nous gratifie d’éléments du passé de Guillermo sans toutefois nous livrer les pistes qui l’ont conduit à cette déchéance professionnelle. Nous nous retrouvons donc avec un personnage beaucoup trop ambivalent qui suscite tout à la fois répulsion et empathie ce qui finit par le discréditer totalement nuisant ainsi à la qualité de cette sombre intrigue.

Un récit tragique et poétique tout à la fois, qualifié de remake par son auteur, Sara La Noire est un excellent roman noir qui manque d’une certaine ampleur pour être totalement convaincant, un peu à l’image d’un film ambitieux qui aurait manqué de budget notamment au niveau du casting .

SEGA

Gianni Pirozzi : Sara La Noire. Editions Rivages/Noir 2014.

Marc Villard : Entrée du Diable à Barbèsville. Editions Rivages/Noir 2008.

A lire en écoutant : Balbino Medellin : Paname ou tes yeux. Album : Gitan de Paname. VK Productions 2006.