le dernier thriller norvégien

  • MISE AU POINT 2019 : ON CONTINUE !

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    Capture d’écran 2020-01-01 à 22.21.34.pngAlors que l’on célèbre la nouvelle année 2020, je réalise que ce blog entame ainsi, l’air de rien, sa neuvième année d’existence et que si la quantité de chroniques a quelque peu diminué en 2019, il ne s’agit nullement d’un effet de lassitude quelconque, bien au contraire, mais tout simplement d’activités professionnelles qui ont pris le pas sur les loisirs en rognant sensiblement le temps consacré à la lecture. Comme à l’accoutumée, je me garderai bien de vous fournir classements et autres chiffres concernant ce blog qui n’ont, à mon avis guère de sens, hormis se donner une certaine importance qui n’a pas lieu d’être. Avec l’aide de nouvelles fonctionnalités mise à disposition par la Tribune De Genève, hébergeur de ce blog, le contenu du site a pu faire l’objet d’un toilettage qui, sans être révolutionnaire, lui a permis de lui donner un certain caractère, que l'on appréciera ou pas, ce qui me donne l’occasion de remercier son administrateur, Jean-François Mabut, journaliste émérite, qui prend toujours la peine de publier quelques extraits de chroniques sur la version papier du quotidien.

     

    Point final d’une année écoulée, c’est également le moment d’évoquer quelques passeurs qui m’ont toujours inspiré en me permettant de faire des découvertes à la fois belles et originales tout au long de ces années d’existence. Pour les éditeurs, il y a Giuseppe Merrone (BSN Press), Pierre Fourniaud qui célèbre les dix ans d’existence de sa maison d’éditions (La Manufacture de Livres), Sébastien Wespiser (Agullo Editions) qui vous livre, sans fard, tous les petits secrets du monde de l’édition et Dominique Sylvain traductrice et éditrice de littérature noire japonaise (Atelier Akatombo). En ce qui concerne les libraires, il faut parler d’Ann Dürr de La librairie du Boulevard à Genève, de Stéphanie Berg et Mohamed Benabab de la librairie Payot à Lausanne tout en vous rappelant qu’outre leurs bons conseils personnalisés vous pouvez passer des commandes sur leurs sites respectifs. Le rendez-vous est désormais pris chaque année avec le prix des chroniqueurs de Toulouse Polar du Sud qui me donne l’occasion de retrouver sa taulière Lau Lo qui anime le blog Evadez-Moi, Yan Lespoux créateur du site Encore du Noir, Caroline de Benedetti, rédactrice du journal et site Fondu au Noir, Jean-Marc Laherrère animant le blog Actu du Noir et Bruno Le Provost qui a créé le site Passion Polar. N’hésitez pas à puiser dans leurs chroniques pour dénicher quelques pépites de la littérature noire. Et si cela ne suffit pas vous pouvez également consulter le Polar de Velda, grande spécialiste de la littérature noire du Royaume-Uni, Milieu Hostile, Nyctalope et Mœurs Noires. Et en désespoir de cause si vous n’en aviez pas assez, vous pouvez vous abonner à Corse-Matin pour découvrir les articles de Christophe Laurent, un véritable passionné de polars et romans noirs, qui anime également le blog The Killer Inside Me et que j’espère rencontrer un de ces jours à l’occasion d’un des nombreux festivals consacrés à la littérature noire.

     

    Capture d’écran 2020-01-01 à 22.28.32.pngL’année 2019 a été également l’occasion de réfléchir sur l’évolution de la littérature noire et des dérives qui en découlent et dont il faut parler de temps à autres avec des éditeurs qui sont devenus imprimeurs en cessant de parier sur l’intelligence du lecteur et des auteurs qui bâclent leurs récits pour se consacrer presque exclusivement à leurs tournées de dédicaces en étanchant leur soif de reconnaissance. Un phénomène qu’évoque Luc Chomarat avec beaucoup d’humour dans Le Dernier Thriller Norvégien ainsi qu’Eric Chevillard dans l’hilarant Prosper A L’œuvre que je ne saurai trop vous recommander. Dans un autre registre, j’ai été interpellé par le petit essai de Marin Ledun, Mon Ennemi Intérieur qui nous entraîne dans les réflexions d’un auteur nous livrant des fragments de son parcours personnel et professionnel ainsi que ses Capture d’écran 2020-01-01 à 22.31.30.pnglectures et autres influences qui l’on conduit à écrire des romans noirs. Un bel opuscule, au papier élégant, évoquant également quelques éléments qu’il peut apprécier, mais également détester, dans d’autres genres littéraires. Une réflexion à la fois lucide et intelligente où la distinction du roman noir, du roman policier ou du thriller ne fera qu’animer un débat que l’on n’a jamais vraiment trop osé empoigner en se contentant de cohabiter avec des genres populaires que finalement tout oppose. J’aurai certainement l’occasion de vous en parler Capture d’écran 2020-01-01 à 21.56.06.pngen évoquant la programmation du nouveau festival Lausan’noir 2020 qui renaît de ses cendres, grâce à la pugnacité de sa présidente Isabelle Faconnier, en se tenant au casino de Montbenon, un bâtiment extraordinaire bâtit en 1908 qui, paradoxalement, n’a jamais accueilli de salle de jeux. Lieu idéal pour abriter l’unique festival du polar en Suisse romande qui se tiendra du 29 au 31 mai 2020. Au plaisir de vous y croiser. En attendant il ne me reste qu'à vous souhaiter une bonne année 2020, riche en belles découvertes littéraires.

     

    Marin Ledun : Mon Ennemi Intérieur. Editions du Petit Ecart 2018.

     

    Luc Chomarat : Le Dernier Thriller Norvégien. La Manufacture de livres 2019.

     

    Eric Chevillard : Prosper à l’œuvre. Editions Notabilia 2019.

     

    A lire en écoutant : Wanted Woman. AC/DC de Larkin Poe. Album : Peach. 2017 Tricki-Woo Records

  • LUC CHOMARAT : LE DERNIER THRILLER NORVEGIEN. PARODIE NORDIQUE.

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    Luc Chomarat, le dernier thriller norvégien, la manufacture de livresMode éditoriale propre aux thrillers, c’est bien souvent au terme de ce type de fictions que vous trouverez quelques remerciements où l’auteur s’ingénie à vous démontrer, avec une subtilité plus ou moins affichée, que son récit s’inscrit bien dans la réalité d’un univers qu’il a su capter au gré de connaissances et de références qu’il puise essentiellement sur internet en intégrant au mot près dans son texte, avec une conscience qui l’honore, quelques extraits de la fiche wikipédia qu’il a consultée. Il s’agit bien d’en rire et de traiter le sujet des dérives du monde de l'édition avec la dérision et l’humour qui s’impose comme l’a fait Luc Chomarat avec Le Dernier Thriller Norvégien, roman à la fois détonnant et subtil, nous entraînant dans le tourbillon d’une intrigue délirante où la fiction et la réalité se télescopent pour devenir des perceptions toutes relatives.

     

    A Copenhague, l’éditeur parisien Delafeuille s’apprête à rencontrer Olaf Grundozwkzson, grand maître du thriller nordique,  afin de le convaincre d’intégrer le catalogue de sa maison d’édition et de négocier les droits de traduction de son dernier roman à succès. Confortablement installé dans un luxueux hôtel de la capitale danoise, Delafeuille prend connaissance du manuscrit de l’auteur pour se rendre compte que la fiction devient réalité et qu’il est devenu la proie de l’Esquimau, machiavélique tueur en série sévissant dans la région en démembrant ses victimes qu’il abandonne dans les forêts des environs. Acculé, l’éditeur n’a pas d’autre choix que de poursuivre la lecture du manuscrit afin de connaître l’identité du meurtrier. Mais l’ouvrage disparaît mystérieusement et Delafeuille comprend que l’aide de Sherlock Holmes, séjournant dans le même hôtel, ne sera pas de trop afin de déjouer cet effroyable imbroglio qui prend une tournure inquiétante.

     

    Bien loin du simple pastiche où il se contenterait de démonter les codes qui régissent le genre du thriller, Luc Chomarat construit une intrigue étonnante en entraînant le lecteur dans la mise en abîme de personnages évoluant au gré de la fiction d’un ouvrage qui rythme désormais leur propre réalité avec l’apparition de Sherlock Holmes dont on ne sait plus s’il s’agit du célèbre héros sorti de l’imagination de Conan Doyle où tout simplement de l’incarnation de la réalité de Delafeuille protagoniste central d’un roman complètement loufoque qui nous interpelle sur notre propre perception de l’imaginaire. A partir de là, le récit s’oriente vers une franche partie de rigolade extrêmement rafraîchissante où les situations les plus ubuesques prennent une tournure délirante au gré de dialogues surréalistes. C’est donc au détour de l’absurdité de scènes parfois cocasses que Luc Chomarat égratigne avec cette plume corrosive qui le caractérise, les arcanes du monde littéraire et les travers du thriller. Et tout y passe que ce soit les poncifs les plus éculés que l’on peut imaginer en lien avec le polar nordique dont le titre du roman vous donne déjà un aperçu puisqu’il n’est nullement question de Norvège ou que ce soit les considérations d’éditeurs plus enclin à parler chiffres que lettres. Ainsi on s’amuse de tout avec une multitude de clins d’œil comme les éditions Mirages ou la rencontre des inspecteurs Bjonborg et Willander tout en accompagnant des personnages déboussolés s’étonnant de passer d’un chapitre à l’autre de manière brutale ou d’une scène à l’autre presque comme par magie pour mieux comprendre les mécanismes de l’ellipse. Il en va de même pour l’environnement et l’atmosphère d’un genre extrêmement convenu, que l’auteur s’amuse à décortiquer avec une sagacité pleine d’humour à l’exemple de cette ville de Copenhague prenant soudainement l’allure d’une ville africaine pour mettre en exergue la multitude de clichés que l’on peut trouver dans ce type de romans ou cette soudaine vulgarité dans les échanges entre Holmes et Delafeuille se retrouvant tout d’un coup dans un récit aux allures de hard-boiled.

     

    Avec la finesse d’un humour au service d’un texte d’une belle intelligence nous permettant d’avoir un regard acéré sur un monde de la littérature qui se prend parfois bien trop au sérieux , Luc Chomarat fait exploser, avec Le Dernier Thriller Norvégien, l’univers extrêmement convenu du thriller nordique pour nous entraîner dans la folie d’une intrigue qui ne manquera pas de vous laisser avec un grand sourire, ceci bien longtemps après avoir refermé cet ouvrage détonant. Salutaire et indispensable.

     

    Luc Chomarat : Le Dernier Thriller Norvégien. La Manufacture de livres 2019.

     

    A lire en écoutant : Gravity de Hooverphonic. Album : Reflection. Sony Music Entertainment Belgium.