18/08/2012

R. J. Ellory : Les Anges de New York, les clichés ont la vie dure

 

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Toutes les maison d'édition possèdent leurs poulains qu'elles mettent en avant afin d'en faire des phénomènes littéraires. Et il n'en est pas autrement dans le domaine de la littérature de polar. Pour Rivages/Noir c'est James Ellroy et Tony Hillerman, Stieg Larsson et Camilla Lackberg pour Actes Noirs, Jo Nesbo pour Série Noire. Il ne s'agit là que de quelques exemples et la liste est loin d'être exhaustive. Si Nesbo, Ellroy et Hillerman m'ont plus que convaincu, j'ai eu plus de mal avec Larsson (traductions déplorables) et Lackberg (intrigues peu convaincantes). C'est donc avec un peu d'appréhension que j'ai lu Les Anges de New York, dernier ouvrage de R. J. Ellory,  fer de lance des éditions Sonatine.

Les Anges de New York désignent la brigade spéciale qui s'est occupée, entre autre, d'assainir les arcanes corrompues d'une police en manque de reconnaissance dans les années 80. Ces supers flics adulés ont contribué à ramener un climat plus serein dans une ville en quête de sécurité. Une image trompeuse ? Un leurre ? Une illusion ? C'est ce que semble penser Frank Parrish, inspecteur à la brigade criminelle du NYPD. Alcoolique, désabusé et solitaire, Frank Parrish traîne le souvenir d'un père adulé par ses pairs qui faisait partie de cette brigade mythique. Suite à un drame qui a couté la vie à son partenaire, Frank Parrish est contraint de consulter journellement une psychologue qui va aborder avec lui le passé et les coulisses de cette brigade mythique. N'étant pas encore suspendu, l'inspecteur va  aussi enquêter sur la mort d'une jeune fille étranglée dans l'appartement sordide de son frère junkie également assassiné.

Un flic alcoolique, solitaire et en quête de rédemption : beaucoup de clichés dans ce bref résumé et que l'on retrouve d'ailleurs au fil de ce roman. Pourtant, il faut l'admettre, l'ouvrage se lit d'une traite, car le talent de l'écrivain est là, dans un style narratif bien enlevé et somme toute assez classique qui nous invite à suivre les pérégrinations d'un flic déchu qui mènera son enquête envers et contre tous (encore un cliché).

Le livre s'articule autour d'une alternance au fil des chapitres entre l'enquête actuelle de Frank Parrish et le passé de son père évoqué au gré des entretiens qu'il a quotidiennement avec une psychologue des services de police.  C'est lors de ces échanges que l'on savourera la subtilité des dialogues teintés d'humour qui sont l'autre talent de l'auteur.

Dialogues acérés avec une psy, c'est bien évidemment à la série Les Soprano que l'on pense immédiatement et Ellory ne s'arrête pas là puisqu'en narrant le casse de la Lufthansa en 1978 à JFK (événement réel) on ne peut s'empêcher de penser au film de Scorcese, Les Affranchis. Se frotter à deux références pareilles était un pari risqué, particulièrement avec la seconde puisque l'auteur n'apporte rien de nouveau ce qui donne à cette partie de l'histoire un ton plus fade.

J. R. Ellory, auteur anglais fasciné par les USA situe tous ses livres dans ce pays et après s'être frotté au sérial-killer (Seul le Silence) ; à la mafia (Vendetta) et à la CIA (Les Anonymes), le voilà qui s'attaque à un service de police mythique, le NYPD. Bien documenté, il nous en explique le fonctionnement avec force de détail qui peuvent parfois s'avérer assez redondant. On regrettera tout de même un final assez déroutant, donnant à l'histoire un goût d'inachevé que j'avais déjà ressenti dans son premier opus, Seul le Silence. Hormis cela, il faut bien l'avouer, on tourne les pages de cet ouvrage sans pouvoir s'arrêter. Cela ne fait des Anges de New York un chef-d'œuvre, mais un bon récit policier chargé de clichés qui, paradoxalement, rendent le personnage principal extrêmement attachant. C'est comme si l'on retrouvait un vieil ami qui avait bien trop longtemps disparu. Frank Parrish, flic new-yorkais, d'origine irlandaise saura vous séduire, suivez le dans ses aventures.

SEGA

R. J. Ellory : Les Anges de New York. Editions Sonatine 2012, traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau.

A lire en écoutant : The Bottle de Gil Scott Heron/Brian Jackson. Album : Winter in America. Charly Records 1974.

 

 

01/08/2011

Shane Stevens : Au-delà du Mal, l’ère vivifiante et sanglante des seventies !

 

Au-delà du Mal fait partie de ces éditions maudites qui font en sorte que ce roman de serial killer, écrit en 1979 a finalement été traduit et édité aux éditions Sonatine en 2009. Ce récit, peut-être trop en avance pour son époque, souffre désormais de la comparaison

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avec des auteurs comme James Ellroy ou Thomas Harris. Martin Plunkett (tueur baroque et excessif d’Un Tueur sur la Route) et Hannibal Lecter (tueur raffiné et cultivé du Silence des Agneaux) sont passés par là et ont gravé en lettre de sang leurs dérives meurtrières laissant loin derrière eux la cohorte de tueurs parfois pathétiques et guignolesques qui ont fleuri après eux, provoquant finalement une espèce de lassitude pour ce genre.

Il faudra pourtant faire fi de cette lassitude et se plonger dans l’histoire tourmentée de Thomas Bishop qui fait figure de père spirituel pour les tueurs que j’ai cité précédemment. L’histoire au souffle épique se situe durant les années 70, "époque bénie" où sévissaient des monstres comme le Zodiac, Ted Bundy et où le sentiment d’insécurité était supplanté par la lutte contre le communisme, atteignant son paroxysme avec la guerre du Vietnam.

Le récit débute en narrant l’histoire véridique de Caryl Chessman, violeur en série, condamné à mort. A 10 ans, Thomas Bishop, interné dans un institut psychiatrique de Californie, après avoir tué sa mère dans des conditions atroces, est persuadé d’être le fils de ce personnage charismatique. Bien des années plus tard, après un subterfuge diabolique, il parviendra à s’évader pour semer la mort à travers tout le pays, achevant son parcours à New-York où il sévira avec force et conviction à l’image de son pseudo père, provoquant une chasse à l’homme qui prendra une dimension nationale. Nous suivrons donc le parcours d’un journaliste, de plusieurs policiers et hommes politiques embarqués dans cette course terrifiante qui suscitera bien des débats comme celui sur la peine de mort.

Outre la fraicheur du récit qui prend son temps pour s’installer, on appréciera les sujets de société que l’auteur évoque au travers de ces personnages (débat sur la peine de mort, les prisons, les instituts psychiatriques, la coordination entre les divers services de police et les médias) ce qui en fait plus qu’une histoire de serial killer. Pas de fioriture, pas d’exercice de style et point de rebondissement tonitruant, juste une histoire suffisamment terrifiante en elle-même pour nous faire dresser les cheveux sur la tête.

Du fait des années 70, on appréciera également le réalisme du parcours de ce criminel qui n’utilise que les outils de son époque pour échafauder ses plans diaboliques. Point de téléphones portables, d’informatiques ou autres stratagèmes sophistiqués pour ce tueur qui opère « artisanalement » avec son couteau en égorgeant, éventrant et découpant ses victimes sans aucun état d’âme.a169

On sait peut de chose sur Shane Stevens qui est probablement un pseudo derrière lequel se cache l’auteur de 5 romans écrits entre 1966 et 1981. Gageons que l’auteur se soit retiré dans les hauteurs de l’Himalaya en psalmodiant des prières inintelligibles pour se faire pardonner d’avoir terroriser ses lecteurs avec des récits bien trop en avance pour leur époque et traduits malheureusement avec bien trop de retard.

Shane Stevens : Au-delà du Mal. Editions Sonatine 2009. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Clément Claude.

A lire en écoutant : Fortunate Son - Creedeance Clearwater Revival – Chronicle – The 20 greatest hits