15/11/2011

Simon Lewis : Trafic Sordide, le mirage de la Montagne d’Or.

 

Bien souvent dans le polar, l’auteur envoie son héro dans un pays étranger afin de pimenter l’intrigue avec une pointe d’exotisme ce qui donne39317597_8442375.jpg au récit un charme particuler. Avec Trafic Sordide, Simon Lewis a inversé la donne en nous livrant le point de vue d’un flic chinois contraint de mener son enquête en Angleterre. C’est l’un des atouts majeur du livre et tout le talent de cet écrivain qui l’air de rien nous expose le choc des cultures entre l’orient et l’occident au travers du prisme d’un policier chinois.

Un inspecteur déboussolé qui débarque dans un pays dont il ne connaît ni la culture et encore moins la langue. C’est la situation dans laquelle se trouve Jian lorsqu’il attérit en Angleterre à la recherche de sa fille disparue. L’homme toujours prompt à l’action n’a pas pris le temps de demander une entraide judiciaire et sa démarche n’a donc rien d’officiel. Débrouillard, vif d’espris Jian parviendra à dérouler quelques échevaux mais se retrouvera rapidement confronté à la difficulté de la barrière de la langue. Pour surmonter l’obstacle, Jian trouvera de l’aide auprès d’une personne aux antipodes de son statut social. Ding Ming a également débarqué en Angleterre, mais par un chemin sensiblement différent puisqu’en tant qu’immigré clandestin il a fait le voyage avec son épouse à bord d’un container comme bon nombre de ses camarades. Le couple a eu la chance de ne pas succomber à l’asphyxie, mais se retrouve séparé à l’arrivée. Ding Ming est désormais préposé au ramassage des coquillages, dans un bled paumé de la campagne anglaise. Inquiet, il ne peut s’empêcher de vouloir retrouver sa femme. Il croisera donc le chemin de l’inspecteur Jian. Mais le jeune immigré a un avantage sur le policier : il possède de solide base en Anglais. L’alliance improbable de ces deux personnages va-t-elle leur permettre de surmonter les difficultés d’un monde qu’ils ne connaissent pas afin de retrouver leurs proches respectifs, quoiqu’il en coûte ?

En toile de fond de ce récit prenant, il y a le trafic odieux d’êtres humains que l’on charrie comme du bétail et à qui l’on fait payer le prix fort. Des membres de réseaux mafieux sant état d’âme qui abusent de la naïveté et de la vulnérabilité de leurs proies pour fournir une main-d’œuvre à bas prix. Malgré la gravité du sujet, on ne peut s’empêcher parfois de sourire devant les situations cocasses dans lesquelles se retrouvent les deux personnages dans un environnement qui leur est complètement étranger. L’auteur parvient donc, avec un style dépouillé, à nous entraîner au cœur d’une histoire prenante, bourrée de rebondissements assez surprenants. Le survol de certains aspects de l’histoire ainsi qu’un manque de relief de certains personnages (particulièrement en ce qui concerne les trafiquants) font que le recit ne restera probablement pas dans toutes les mémoires, mais il permettra au lecteur de se faire une idée de la vie tragique de ces hommes et ces femmes de l’ombre qui s’obstinent à croire au miracle de la Montagne Dorée.

Simon Lewis a séjourné à plusieurs reprises en Chine et maîtrise d’ailleurs la langue de ce pays. Il a également rédigé un guide de voyage intitulé Rough Guide to China, Beijing and Shangaï. Peut-être lui faudra-t-il posséder tous les codes du polar afin de s’en démarquer pour nous livrer un récit plus incisif et plus corsé. Néanmoins Trafic Sordide demeure un excellent polar qu’il ne faut pas manquer de lire.

Simon Lewis : Trafic Sordide. Editions Babel Noir 2011. Traduit de l’anglais par Pierre Girard.

A lire en écoutant : The Shangaï Restauration Project. Introduction (1936). 2006 Undercover Culture Music.