MON ROMAN ? NOIR ET BIEN SERRE !

  • LOUISE ANNE BOUCHARD : ECCE HOMO. EN DEHORS DU CADRE.

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    louise Anne Bouchard, ecce homo, éditions l'âge d'homme

    Les corps étaient repêchés tard au printemps, lorsque le dégel libérait puis rejetait ce que l'hiver avait de cruel : le froid et la solitude.

    Tommy - Ecce Homo

     

    L'art de la nouvelle est un exercice difficile, ceci d'autant plus dans le domaine de la littérature noire où l'on se focalise davantage sur le choc de la conclusion, au détriment de l'atmosphère du récit et du caractère des personnages que l'on doit pourtant concilier dans un format extrêmement bref. C'est probablement dans ce domaine bien trop méconnu dans nos contrée francophones que l'on peut pourtant apprécier le talent de celles et ceux qui savent jouer avec les codes du genre et qui peuvent donc les intégrer au sein de ce format particulier de la nouvelle à l'instar de Louise Anne Bouchard qui nous propose avec Ecce Homo, pas moins de dix portraits aux nuances du noir le plus varié. Dix portraits, dix esquisses de personnages dont on entrevoit l'âme humaine et sa subtile noirceur que la romancière décline avec un mordant à la fois impitoyable et sarcastique tout en distillant ce sentiment de malaise permanent qui imprègne l'ensemble des intrigues de ce sombre recueil. 

     

    Tommy est le pseudo d'un jeune homme gay dont on découvre le cadavre affreusement mutilé dans un quartier sordide de Montréal.

    Florence est infirmière et navigue entre Thonon et Vevey où elle travaille jusqu'à ce qu'elle perde son emploi et bascule peu à peu dans les méandres d'une folie meurtrière.

    Bob Demper, cadre bancaire explosant de fureur, se remet de sa dépression avant de se lancer dans la peinture. Eloigné de sa femme et de ses enfants, il rumine de sombres pensées dans son atelier à mesure qu'il prend du poids. Mais s'est-il vraiment bien remis de sa dépression ?

    Les jumeaux Erdmann n'ont jamais eu de chance dans leur vie. Abandonné par leur mère ils ont été élevés à la dure dans des institutions. A l'adolescence, leur beauté attire l'attention d'une parent d'élève qui succombe à leur charme.

    Anna, Thomas, Big Maggie. Que l'on fasse de l'équitation, de la course à pied ou de la natation, il n'y a pour eux que des gagnants et des perdants. Une dualité aussi malsaine qu'impitoyable qui lamine les coeurs et broie les esprits. Et gare aux perdants.

    Gaspard suscite leș quolibets de ses camarades et le mépris de son père qui refuse de le défendre. Il trouve refuge dans la solitude et effectue de petits boulots comme la tonte de gazon lui permettant de fouiller les tiroirs de ses clientes tout en rêvant d'Emma Peel à qui il veut ressembler à tout prix.

    Clélia et Lula sont deux soeurs aux caractère dissemblables que tout oppose et dont les trajectoires sont tout aussi différentes.

    Coco : Une enseignante solitaire, un peu amère a d'ores et déjà réservé son emplacement au cimetière de Lausanne, à proximité de la tombe de Gabrielle Chanel. Et puis soudain, lorsqu'elle croise les trois étudiantes qui se sont moquées d'elle, tout bascule.

    Madame de Sève est le nom des ateliers où elle travaille comme styliste au milieu de ses mannequins immobiles qui prennent une allure inquiétante dans la pénombre des lieux tandis que résonne Le Boléro de Ravel. Elle attend son correspondant en repensant à son père qu'elle a perdu si jeune. Pourvu qu'il ne se moque pas de son désespoir. 

    Alex in London c'est le chauffeur que lui a attribué Monsieur Murray pour toute la durée de son engagement en tant que biographe. Une virée dans les rues de l'East London, des réminiscence de Jack L'Eventreur, les textes de Shakespeare et Alex qui souhaite devenir comédien. Elle se prend à rêver. Mais il y a la solitude et l'absence de l'autre.

     

    Avec Ecce Homo, Louise Anne Bouchard nous donne un aperçu de l'humain et de sa propension à basculer dans les méandres d'une noirceur plus ou moins intense en décomposant la photographie du mal être qui enveloppe les individus parcourant l'ensemble des récits troublants de ce recueil de nouvelles noires. Parfois l'horreur se matérialise en plein cadre comme c'est le cas pour Tommy et Florence, deux terrifiantes intrigues où la romancière insuffle tout le talent de son écriture pour dépeindre l'abjection des actes commis. C'est plus particulièrement le cas pour Tommy qui reste la plus belle des nouvelles du recueil avec cette capacité saisissante à dépeindre un cadavre atrocement mutilé tout en insufflant une atmosphère chargée d'une espèce de mélancolie poétique qui imprègne cette nouvelle chargée d'une grande force émotionnelle en nous rappelant les plus terrifiants romans de l'auteur britannique Robin Cook. Mais avec la majeure partie des nouvelles de Ecce Homo, Louise Anne Bouchard nous invite à découvrir le point de bascule en dehors du cadre de la photographie, au delà du terme du récit où elle parie sur l'intelligence mais également sur l'interprétation du lecteur pour imaginer l'éventuelle tragédie qui risque de survenir. Cette incertitude est particulièrement latente avec Bob Demper dont on ne sait ce qu'il va advenir de sa rencontre avec la gérante de son atelier tout comme celle de cette styliste dans Madame de Sève qui attend son mystérieux correspondant. On se situe également dans le doute quant au destin des Jumeaux Erdmann et du bien-fondé de la compassion du policier chargé de la traque de ces deux frères qui n'ont jamais vraiment eu beaucoup de chance dans leur vie. Autant d'interrogations qui donnent davantage d'ampleur à ces récits grinçants et dont le fragile édifice est prêt à basculer à chaque instant. Et puis la noirceur de l'intrigue se situe parfois dans le malaise que Louise Anne Bouchard distille avec maestria dans des récits tels que Gaspard ou Anna, Thomas, Big Maggie où l'on prend la pleine mesure de la situation sur la dernière phrase du récit qui résonne comme un choc inquiétant dont il nous reste à imaginer la force de l'impact. C'est probablement là que l'on savoure toute la force de l'intrigue de Louise Anne Bouchard qui nous malmène dans la noirceur de l'incertitude et du doute au rythme de textes parsemés d'une ironie mordante et d'un regard à la fois cinglant et impertinent mais parfois chargé d'émotion comme elle nous le démontre avec Alex in London qui souligne les affres de la solitude au terme d'un récit tout en subtilité.

    Au final, Louise Anne Bouchard nous offre avec Ecce Homo, dix textes tout en finesse, d'une rare beauté qui explorent toute les nuances de la noirceur de l'âme humaine. 

     

    Louise Anne Bouchard : Ecce Homo. Editions L'Age d'Homme 2020.

     

    A lire en écoutant : 2 Wicky de Hooverphonic. Album : With Orchestra Live. 2012 Sony Music Entertainment Belgium NV/SA.

  • Mise au point 2021 : Dix ans.

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    IMG_0129.jpgPour cette nouvelle année 2021, voilà que Mon Roman ? Noir Et Bien Serré ! entame, l'air de rien, sa dixième saison d'existence avec une première chronique datant du 11 avril 2011 où j'évoquais les objectifs de ce blog ayant pour vocation de parler des multiples littératures noires ainsi que les origines de cette passion pour un genre que j'affectionne. Dix ans de chroniques foutraques, d'autres plus réussies. Dix ans de belles découvertes et de coups de gueule qui m'ont valu quelques inimitiés dans ce petit microcosme si particulier du milieu littéraire avec lequel  je n'ai finalement que très peu de rapport hormis quelques amitiés fidèles avec auteurs, blogueurs et éditeurs que j'apprécie et qui m'ont permis d'affiner mes recherches afin de dénicher un très grand nombre de romans que j'ai partagé avec vous. Comme à l'accoutumée je vous ferai grâce des données chiffrées de ce blog, du nombre de chroniques rédigées, du total de mes lectures et autres estimations comptables qui n'ont de toute manière rien de mirobolant. Je me contenterai de signaler que j'ai davantage publié de chroniques durant l'année 2020 par rapport aux années précédentes et que je compte maintenir ce rythme à l'avenir. Sans entrer dans l'éternel débat du Service de presse, je rappelle que j'acquière la majeure partie des romans en me rendant en librairie ce qui me permet une certaine liberté de choix sans pression quant à un éventuel délai de restitution tout en contribuant ainsi, d'une façon bien modeste, à la bonne marche de la chaîne du livre qui en a bien besoin. 

     

    En matière de rétrospective on dira que l'année 2020 m'a permis de mettre à jour quelques ouvrages que je souhaitais lire depuis bien longtemps à l'instar de la série de polars de Colin Niel mettant en scène le capitaine de gendarmerie André Anato dont les enquêtes se déroulent dans le département de la Guyane française. Vous trouverez également les romans du détective privé Smokey Dalton évoluant à Chicago durant les années soixante en évoquant ainsi cette période trouble de la lutte pour les droits civiques (Kris Nelscott). Outre ces deux enquêteurs, vous découvrirez dans la rubrique "catégorie" du blog d'autres séries à l'exemple du capitaine Sam Wyndham officiant au sein de la police de Calcutta à l'époque de l'Inde coloniale (Abir Mukherjee), les enquêtes du commissaire Martin Beck (Maj Sjöwall & Per Wahlöö - Suède) et de Soneri, son homologue italien (Valério Varesi -Parme),  le déjanté inspecteur Aiden Waits (Joseph Knox - Manchester), l'inspecteur Jakub Mortka en Pologne (Wojciech Chmielarz), l'inspecteur Santiago Quinones (Boris Quercia - Chili) et pour la Suisse vous pourrez suivre les enquêtes de l'inspecteur Studer (Friedrich Glauser). J'ai entamé également la série de Leonardo Padura et de son lieutenant de police cubain Mario Conde ainsi que son homologue japonaise Reiko Himekawa (Tetsuya Honda). Ayant du retard, je dois encore mettre à jour certains ouvrages de ces séries que je n'ai pas encore chroniqués.

     

    Pour ce qui à trait aux publications 2020, l'année a débuté fort avec La Soustraction Des Possibles de Joseph Incardona évoquant la ville de Genève au temps des années fric, de l'évasion fiscale et du braquage improbable d'une banque sur fond de relations amoureuses détonantes. Une belle réussite. Frédéric Paulin a achevé de manière magistrale son cycle du terrorisme en France avec La Fabrique De La Terreur. S'en est suivi un drôle de livre, remettant en jeu d'une façon extraordinaire les codes du roman noir avec Les Abattus de Noëlle Renaude, ouvrage étrange et déroutant. Du côté des Etat-Unis nous avons mis le cap sur le Montana avec Ces Montagnes A Jamais de Joe Wilkins et le retour fracassant d'Alex Taylort qui nous ramène à l'époque de la conquête des terres de l'ouest en 1748 avec Le Sang Ne Suffit Pas. Puis nous nous sommes perdus en Argentine, au milieu de la pampa avec l'envoûtant Je Suis L'Hiver de Ricardo Romero. De retour aux Etats-Unis on a apprécié Ohio de Stephen Marklay, les grands retours de David Joy avec Ce Lien Entre Nous et de Benjamin Whitmer et son roman extraordinaire sur le Denver des années 1900 que l'on découvre avec Les Dynamiteurs. En matière de retour il faut signaler, du côté français, celui de François Médéline qui nous aura ébloui avec L'Ange Rouge, un polar hors norme se déroulant à Lyon. On aura également apprécié le premier roman de Laurent Petitmangin et son poignant Ce Qu'Il Reste De La Nuit

     

    Pour achever l'année 2020, un petit tour exotique au Japon avec Le Détective Est Au Bar de Naomi Azuma qui met en scène un héros déjanté évoluant dans le quartier chaud de Sapporo. Et en guise de conclusion je ne saurai trop vous recommander le sublime album de bande dessinée L'Accident De Chasse de David L. Carlson au scénario et de Landis Blair au dessin.

     

     

    A lire en écoutant : Riot Van de Arctic Monkeys. Album :  Whatever People Say I Am, That's What I'm Not. 2005 Domino Recording Co.

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  • DAVID L. CARLSON & LANDIS BLAIR : L'ACCIDENT DE CHASSE. REDEMPTION.

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    l'accident de chasse, editions sonatine, David L. Carlson, Landis BlairA ma connaissance les éditions Sonatine n'ont jamais publié de bandes dessinées, la maison étant davantage connue pour ses ouvrages ayant trait aux thrillers et aux romans noirs à l'instar de David Joy que je vous recommande. Pourtant on peut bien imaginer qu'à la découverte d'un album somptueux tel que L'Accident De Chasse dans sa version originale les éditeurs n'aient pas longtemps hésité à se lancer dans la traduction et la publication de la version française de ce qui apparaît comme l'un des plus beau roman graphique qui clôturera cette année 2020. Roman graphique ? Le mot a souvent été galvaudé pour enrober quelques bandes dessinées d'une certaine élégance marketing ou quelques adaptations de romans classiques. En ce qui concerne L'Accident de Chasse on entre pourtant bien dans le cadre de la définition de ce que peut être un roman graphique où le texte conséquent se marie parfaitement à la grâce du dessin de Landis Blair qui anime cette intrigue tirée d'une histoire vraie que Charlie Rizzo, personnage central de l'intrigue, a raconté à son ami, le scénariste David L. Carlson. Il en résulte un ouvrage improbable de plus de 400 pages sur l'univers carcéral et la rédemption par le biais de l'amitié et de la littérature.

     

    A Chicago en 1959, Charlie Rizzo a toujours cru que son père Matt était devenu aveugle suite à un terrible accident de chasse, comme il l'a toujours prétendu. Pourtant lorsque Charlie tombe dans la délinquance, son père lui dévoile la vérité en lui révélant qu'il a perdu la vue lors d'un braquage qui a mal tourné et qui l'a conduit en prison pour y purger une peine de cinq ans. En détention, Matt partage sa cellule avec Nathan Leopold détenu célèbre pour avoir défrayé la chronique des faits divers lorsqu'il a assassiné, avec son complice Richard Loeb, une jeune garçon de 14 ans afin de démontrer qu'il était possible de commettre une crime parfait. Au comble du désespoir, le jeune détenu aveugle souhaite mettre fin à ses jours. Mais avec l'aide Nathan, Matt va connaître le pouvoir sans limite de la littérature qui va lui permettre de s'évader de cet univers carcéral sans pitié.

     

    Il s'agissait pour David L. Carlson de mettre en scène une histoire d'autant plus extraordinaire qu'elle est tirée d'un ensemble de récits véridiques à l'instar de cet horrible fait divers où deux jeunes hommes de bonne famille, Nathan Leopold et Richard Loeb ont décidé de mettre à exécution leur théorie du meurtre parfait, alors qu'ils avaient à peine vingt ans, en enlevant un enfant et en l'assassinant froidement. Un meurtre qui a bouleversé la population de Chicago, ceci d'autant plus que les deux jeunes criminels ont été condamné à la prison à vie en évitant la peine capitale par pendaison qui se pratiquait au début des années 1900. Mais pour David L. Carlson il importait, avant tout, de mettre en avant la relation père-fils qu'entretiennent Matt et Charlie en choisissant l'angle de la révélation d'un secret familial pour mettre en scène ce fabuleux récit tournant autour des regrets et de l'infini pouvoir de rédemption qu'offre la littérature. C'est donc autour de ce mensonge de L'Accident De Chasse et de la vérité que Matt va dévoiler peu à peu à son fils que l'on découvre la manière dont il s'est construit avec l'aide de Nathan Leopold en faisant connaissance avec les grands classiques de la littérature dont les récits de Dante qui vont repousser les murs d'un univers carcéral oppressant. Au fil de ces révélations on revient régulièrement auprès de Charlie et de Matt pour prendre la pleine mesure de l'émotion qui s'installe entre ces deux individus qui apprennent à se connaître avec un fils qui découvre le parcours d'un père qu'il déconsidérait. Ainsi, sur ces deux trames parallèles, on observe de cette manière les liens qui vont unir un fils à son père au rythme des révélations de ce dernier mais surtout l'amitié qui se forge au rythme des années de prison entre Matt et Leopold qui apprend à lire en braille afin de transmettre son savoir au jeune aveugle désespéré. 
     
    Mais la densité du récit prend une toute autre ampleur avec les illustrations de Landis Blair qui se charge de mettre en image avec une virtuosité déconcertante et une inventivité peu communes les passions qui animent Matt et Leopold ainsi que l'oppression de l'univers carcéral qui les entoure tout comme le désespoir de Matt lorsqu'il devient aveugle. Le dessinateur restitue la noirceur du récit, mais également l'espoir habitant les deux prisonniers sur une déclinaison d'image en noir et blanc qui passent par toutes les nuances de gris au gré d'une technique de hachure rarement aussi bien maîtrisée qui souligne les heures de travail qu'il a fallut pour arriver au bout de cette oeuvre à la fois bouleversante et passionnante. On appréciera particulièrement les dessins illustrant l'oeuvre de Dante ainsi que la partition d'une suite de Bach qui résonne sur les murs de la prison au rythme des craquement du disque vinyle. Bref on ne se lasse pas, une fois l'ouvrage terminé, de revenir pour feuilleter les pages en s'attardant plus que de raison, sur quelques illustrations sublimes qui soulignent la beauté d'une histoire extraordinaire.

     

    Roman graphique somptueux, L'Accident De Chasse vous donne, à n'en pas douter, l'idée de ce que peut être un chef-d'oeuvre qui clôturera en beauté cette année 2020 si particulière.

     

     

    David L. Carlson & Landis Blair : L'Accident De Chasse (The Hunting Accident). Editions Sonatine 2020. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Julie Sibony.

     

    A lire en écoutant : Suite n° 1 en Sol Majeur, BMW 1007 de Jean-Sebastien Bach interprétée par Christian-Pierre La Marca. Album : Bach : Suites pour violoncelle. Christian-Pierre La Marca. 2013 SME France.

  • Maj Sjöwall & Per Wahlöö : L’Homme Au Balcon. Le roman d'un crime.

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    Capture d’écran 2020-12-28 à 12.41.28.pngAvec le troisième opus du cycle Martin Beck, que l'on désigne sous Le Roman d'un crime, Maj Sjöwall et Per Wahlöö évoquent le thème de la pédophilie, sujet peu abordé en 1967, date de la parution du roman, dans le domaine de la littérature noire. Comme à l’accoutumée, on est surpris par la banalité des scènes de vie que les auteurs saisissent avec une belle justesse soudainement perturbée par l’horreur du crime qui se suffit à lui-même sans qu’il ne soit nécessaire d’en rajouter. C’est cette dichotomie qui plonge le lecteur en plein désarroi, ceci d’autant plus lorsqu’il réalise que les crimes s’enchainent dans le cadre idyllique d’une ville de Stockholm opulente, baignant dans la plénitude d’un climat estival permettant aux enfants de jouer dans les parcs publics de la capitale. L’autre aspect original de la série des deux romanciers suédois réside dans le fait des aléas d’une enquête aux contours incertains qui traîne en longueur, ceci en dépit de l’investissement des enquêteurs qui sont affectés à l’affaire en nombre pourtant conséquent. 

     

    A Stockholm, dans la chaleur de l'été, un homme, accoudé à la balustrade de son balcon, fume cigarettes sur cigarettes en observant la rue. Voilà un comportement suspect que sa voisine s'empresse de signaler à la police. Mais le comportement en question n'a rien de répréhensible comme l'explique l'inspecteur principal Gunvald Larsson qui a bien d'autres préoccupations plus importantes avec cette agresseur sévissant depuis des semaines dans les parcs de la ville en assommant ses victimes afin de leur dérober leurs biens. Mais l'affaire est vite reléguée au second plan lorsque l'on découvre, à proximité d'une place de jeu, le corps sans vie d'une fillette qui avait disparu la veille. A l'examen du corps on constate que la petite fille a été violée. Chargé de l'enquête, le commissaire Martin Beck ne dispose que de très peu d'indice pour identifier l'auteur de ce meurtre abject. Mobilisant toutes ses ressources, la police de Stockholm traque donc sans relâche cet individu qui parvient à récidiver. L'enquête devient d'autant plus difficile que des citoyens se mettent en tête de faire justice eux-mêmes. 

     

    L'Homme Au Balcon nous donne l’occasion de mieux nous familiariser avec l’ensemble des policiers composant le groupe de la brigade criminelle dont le commissaire Martin Beck est à la tête et de nous glisser dans les aspects ordinaires de leur vie quotidienne en observant leurs qualités et leurs défauts qui vont interférer dans le déroulement de l’enquête. Ainsi c’est l’agacement et une certaine forme de négligence de l’inspecteur principal Larsson qui va profiter au criminel tandis que l'esprit d'analyse de Martin Beck et l’excellente mémoire de Melander vont contribuer à l’avancée des investigations avec cette mise en perspective du climat social qui prévaut en Suède à la lumière des interrogatoires nous permettant de nous immiscer dans le quotidien d’une population soudainement bousculée par l’horreur du crime qui va bouleverser le cours de leur vie. L'enjeu du roman ne réside pas dans la découverte de l'identité de ce violeur d'enfant, mais dans l'enchaînement des faits qui vont conduire les policiers à interpeller cet individu. On observe ainsi le travail d'orfèvre de Maj Sjöwall et Per Wahlöö qui parviennent à concilier l'ensemble de faits apparemment disparates afin de les imbriquer dans l'ensemble d'une intrigue aux entournures résolument sociales. Le lecteur va donc se demander quel est cet homme au balcon qui donne son titre au roman. S'agit-il d'un témoin qui se focalise sur les activités d'une petite fille ou l'auteur du crime lui-même ? Quant à l'auteur des agressions se peut-il qu'il s'agisse également d'un témoin ou bien se peut-il qu'il s'en soit également pris à de petites victimes jouant dans le parc où il sévit. Autant de questions que le lecteur va se poser  tout au long d'un récit au rythme lent qui n'en demeure pas moins passionnant. Mais avec L'Homme Au Balcon on prend également la pleine mesure d'une affaire dont la résolution va se faire au gré de recherches systématiques fastidieuses qui nous donnent une vision réaliste du travail des policiers qui n'a rien de flamboyant. Quant à la résolution de l'intrigue, elle nous offre une vision assez glauque d'individus qui sont restés sur le carreau en ne sachant plus trop quoi faire de leur vie et qui ont traversé le fameux filet social de la Suède. 

     

    Oscillant entre le roman noir et le roman policier, L'Homme Au Balcon confirme la vision aiguë et pertinente de Maj Sjöwall et de Per Wahlöö qui mettent en perspective toute la défaillance du système social de la Suède.

     


    Maj Sjöwall & Per Wahlöö : L’Homme Au Balcon (Mannen Pâ Balkongen). Editions Rivages/Noir 2008. Traduit de l’anglais par Michel Deutsch.

     

    A lire en écoutant : Light Blue de Thelonius Monk. Album : Thelonius In Action. 1988 Fantaisy, Inc. 

  • NAOMI AZUMA : LE DETECTIVE EST AU BAR. SERVICE COMPRIS.

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    atelier akatombo, le détective est au bar, Naomi azuraDes clichés que l’on importe du Japon émane un curieux sentiment de dignité et d’ordre associé à une culture où l’harmonie et l’équilibre seraient les maîtres-mots à l’image de ces jardin zens à la fois structurés et dépouillés qui contribuent à alimenter ce sentiment. Mais le pays prend une toute autre allure en parcourant les artères de Tokyo et autres métropoles avec leur pluie de néons et de décibels provenant des commerces, des arcades de jeu, des discothèques et autres bars à hôtesse. Cette déferlante de bruit et de fureur imprégnée d’une certaine désinhibition, on peut la trouver bien évidemment dans la culture manga mais également au détour de la littérature noire explorant notamment le monde de la nuit à l’instar du roman de Naomi Azuma, Le Détective Est Au Bar, dont l’action se déroule à Susukino, le red light district de la ville de Sapporo davantage connue pour ses stations de ski qui ont accueilli les jeux olympiques de 1972.

     

    Dans le quartier chaud de Sapporo, tout le monde connaît le détective de Susukino, dont le quartier général se situe au comptoir du Keller Ôhata où il a ses habitudes. Entre deux parties de carte et une consommation surabondante de cocktails corsés, il rend quelques services aux belles de nuit du quartier ainsi qu’aux patrons de bars des alentours contre un pourcentage des dettes récupérées. Travaillant en dilettante, il lui arrive parfois d’effectuer quelques recherches le contraignant à sortir de son établissement favori, ce qui déplait fortement à ce détective fainéant et gouailleur qui n’a d’autre envie que d’échanger ses considérations avec les barmans et clients du bar. Pourtant lorsqu’un jeune étudiant débarque pour faire part de son inquiétude au sujet de la disparition de sa petite amie, le détective au grand coeur va fournir quelques efforts. Croyant à une simple fugue sans conséquence, il va parcourir les rues enneigées du quartier afin de retrouver la jeune femme dont il découvre rapidement le lien avec le meurtre d’un client d’un love hôtel qui travaillait comme serveur. La situation se corse lorsque le détective se fait prendre à partie par une bande de jeunes délinquants qui auraient des liens avec la pègre locale. A mesure qu’il progresse dans ses investigations, il se rend compte que l’affaire tourne autour de yakuzas qui ne plaisantent pas lorsque l’on fourre son nez dans leurs affaires.

     

    Avec Le Détective Est Au Bar, Naomi Azuma nous propose d’explorer le monde interlope du quartier chaud de Sapporo en découvrant toute une galerie de personnages plus ou moins troubles qui le compose à l’exemple des barmans, des rabatteurs, des patrons de bar et des hôtesses croisant le chemin de ce détective atypique dont l’atout principal est de posséder un carnet d’adresse conséquent lui permettant de nager dans les eaux troubles de ce cloaque qu’il connaît parfaitement. Au fil d’une enquête assez classique sur la disparition d’une jeune femme et du meurtre d’un serveur dont on retrouve le cadavre dans un love hôtel, ce détective dont on ne connaît ni le nom, ni même le prénom va également croiser le chemin de petits truands névrosés que l’on désigne sous le nom de chimpira ainsi que des gangsters, d’une plus grande envergure toute relative, affiliés aux yakuzas qu’il abhorre, même s’il adopte un look vestimentaire assez similaire. On accompagne donc cet enquêteur dans ses investigations en parcourant les rues enneigées de ce quartier chaud où de petites lanternes signalent les bars à hôtesse afin d’attirer les clients en goguette désirant s’encanailler. Dans cette atmosphère particulière que l’auteur restitue avec beaucoup de réalisme et une certaine affection on apprend à connaître ce personnage attachant qui abuse du whisky japonais et ingurgite les cocktails comme du sirop en enchaînant les rencontres dans d’étranges bars où gravite toute la faune locale du quartier. Outre sa connaissance des lieux et sa propension à consommer de l’alcool plus que de raison on appréciera le regard caustique que le narrateur/enquêteur porte sur son entourage ainsi que son humour parfois sombre dont on ne saisit pas toujours la portée et les particularismes. Et puis il y a ces rencontres plus viriles où le détective encaisse les coups dans une succession de bagarres endiablées où il rend coup pour coup.

     

    Polar détonant dans le paysage de la littérature noire japonaise, Le Détective Est Au Bar est un curieux roman à l’intrigue à la fois classique et échevelée qui nous permet d’entrevoir un autre aspect méconnu du Japon et de sa vie nocturne.

     

    Naomi Azuma : Le détective Est Au Bar (Tantei Wa Bar Ni Iru). Atelier Akatombo 2020. Traduit du japonais par Alice Hureau.

     

    A lire en écoutant : Amazon de Earl Klugh. Album : Dream Come True. 1980 Capitol Record, LLC.

  • Leonardo Padura : Passé Parfait. L’hiver à Cuba.

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    Capture d’écran 2020-12-21 à 18.31.46.pngVivant tout comme son double de papier dans le quartier de Mantilla à La Havane, Leonardo Padura partage de nombreuses similitudes avec le lieutenant Mario Conde, personnage emblématique de la littérature noire hispanique qu’il a créé pour dépeindre le paysage social de l’île de Cuba à une période qui coïncide avec l’éclatement du bloc soviétique et de l’effondrement économique qui s’ensuivit entraînant ainsi le peuple cubain dans les affres d’une misère matérielle bien évidemment, mais également d’une misère morale marquant la fin d’une illusion révolutionnaire. Cette désillusion, ce désenchantement on le ressent tout au long des neufs volumes qui composent la série des enquêtes de Mario Conde dont les quatre premiers ouvrages font référence au cycle des saisons débutant avec l’hiver. Passé Parfait nous permet donc de faire la connaissance avec cet enquêteur qui doit élucider une affaire de disparition d’un gros ponte de l’industrie, ancien camarade de classe tout comme sa somptueuse épouse dont le Conde est toujours amoureux.

     

    Hiver 1989 à La Havane. Le lieutenant Mario Conde pense avoir tout le week-end pour se remettre d’une cuite carabinée qu’il a prise avec Carlos dit le Flaco, son ami d’enfance. Mais c’est sans compter l’opiniâtreté de son supérieur hiérarchique le major Rangel, surnommé le Vieux, qui annule son congé afin de lui confier une enquête portant sur la disparition de Rafael Morin Rodriguez, directeur d’une importante société d’import-export. Mais pour le Conde, Rafael n’est pas un simple directeur. Il s’agit d’un ancien camarade de classe que tout opposait et qui avait réussi à séduire la belle Tamara dont il était également amoureux. Des investigations qui le conduisent donc à se replonger dans son passé afin de retrouver le disparu qui ne donne plus aucun signe de vie. Une occasion de revoir la toujours très séduisante Tamara tout en se demandant si elle n’a pas un lien avec la disparition de son mari.

     

    Bien qu’étant officier au sein de la police de La Havane, Mario Conde travaille toujours en civil. Ce n’est d’ailleurs pas la seule particularité de cet enquêteur cubain empruntant davantage le profil du détective privé désabusé à la Sam Spade ou Phillip Marlow qui ont très certainement influencé l’oeuvre de Leonardo Padura afin qu’il puisse intégrer subtilement cette critique sociale du pays émanant des thèmes qu’il porte au gré de ses récits. Avec Passé Parfait c’est donc l’occasion de fustiger les édiles de l’industrie qui frayent désormais avec «l’adversaire capitaliste» et qui ne manquent pas de succomber aux tentations à l’instar de Rafael Morin Rodriguez, ancien camarade de lycée de Mario Conde. En enquêtant ainsi sur la disparition de ce camarade, Mario Conde replonge dans les souvenirs de sa jeunesse nous donnant l’occasion de visualiser l’adhésion d’une génération qui se construit autour d’un système social déjà vacillant dont la perspective se heurte à la misère du présent. On observe ainsi, au gré des analepses, la trajectoire du jeune Rafael, figure emblématique du modèle socialiste, devenant l’une des figures idéales de l’entreprise qu’il dirige et derrière laquelle se cache quelques éléments troubles que Mario Conde va mettre à jour au fil de ses investigations. Mais ce retour aux sources de son passé d’étudiant, nous donne également l’occasion de saisir les contours de la personnalité de Mario Conde en comprenant qu’il n’avait pas pour vocation d’intégrer les forces de police, lui qui se destinait pour tout ce qui a trait à la littérature avec cette scène émouvante où il se remémore  la rédaction d’une nouvelle à l’intention du journal du lycée et dont l’ensemble du contenu va se retrouver censuré par les édiles de l’établissement scolaire, ce qui nous donne tout de même un aperçu du système de pensée unique qui prévaut sur l’île de Cuba tout entièrement tournée vers la réussite du système communiste qui serait relayé par une jeunesse qui ne partage plus l’enthousiasme de la génération précédente. C’est ainsi que l’on comprend la démarche des enquêtes de Mario Conde qui exhument les failles d’un système corrompu que le policier ne se prive pas de mettre en exergue. 

     

    Mais loin d’être un pamphlet moralisateur ou un récit imprégné d’une nostalgie désenchantée, Leonardo Padura met en perspective le quotidien de ses personnages avec un verve enthousiaste qui caractérise l’ensemble de l’oeuvre à l’exemple du Vieux qui dépeint les instants de plénitude qu’il ressent en fumant ses cigares ou de Mario Conde se réjouissant de partager les succulents repas préparés par Josefina qu’il partage avec son fils, le Flaco Carlos ami et confident de toujours. On appréciera d’ailleurs le côté truculent des échanges entre ces deux compères qui n’apprécient rien d’autre, après un bon repas, que de savourer quelques verres de rhum qu’ils dégustent au gré de leurs considérations, notamment en ce qui concerne les femmes qu’ils croisent sur leur chemin, sujet éminemment sensible pour Mario Conde qui succombe assez aisément à leur charme.

     

    Passé Parfait, premier roman mettant en scène le lieutenant Mario Conde, illustre donc l’ensemble de l’œuvre de Leonardo Padura où l’on partage instants d’une nostalgie d’un passé dissolu et truculence joyeuse d’un présent ancré dans une certaine misère du quotidien que l’on surmonte avec les plaisirs simples de la vie tout en intégrant les vicissitudes d’un système social qui se désagrège et dont les enquêtes du policer tendent à mettre à jour les failles d’un modèle idéalisé.


    Leonardo Padura : Passé Parfait (Pasado Perfecto). Editions Métailié 2016. Traduit de l’espagnol (Cuba) par Caroline Lepage.

     

    A lire en écoutant : Chan Chan du Buena Vista Social Club. Album : Buena Vista Social Club. 1997 World Circuit Limited.

  • KRIS NELSCOTT : BLANC SUR NOIR. SUR LE FIL DU RASOIR.

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    Capture d’écran 2020-12-18 à 12.19.58.pngLes éditions de l’Aube ont eu l’excellente idée de remettre au goût du jour la série de romans policiers mettant en scène le détective privé Smokey Dalton dont on ne trouvait les ouvrages qu’en format poche. C’est donc l’occasion de découvrir cet enquêteur afro-américain dont les enquêtes se déroulent à Chicago durant la période des années soixante alors que les Etats-Unis entament de profondes réformes issues de l’intense lutte pour l’obtention des droits civiques au bénéfice de la communauté afro américaine, mouvement dont plusieurs leaders trouvèrent la mort qui déclenchèrent des émeutes sanglantes. C’est d’ailleurs autour des événements entourant l’assassinat de Martin Luther King que débute la série avec La Route De Tous Les Dangers où Smokey Dalton prend en charge Jimmy, un petit garçon témoin du meurtre de l’emblématique pasteur. Fuyant le FBI et trouvant refuge à Chicago, on retrouve Smokey Dalton dans A Couper Au Couteau dont l’intrigue se focalise autour de la période de la fameuse convention des Démocrates de 1968 qui fut le théâtre d’une émeute sévèrement réprimée par la police de Chicago. Tout comme les deux romans précédents qu’il est recommandé de lire avant d’entamer ce troisième opus, on croise donc, dans Blanc Sur Noir, quelques personnages historiques à l’instar de Fred Hampton, responsable du Black Panther Party à Chicago, alors que Smokey Dalton enquête sur la mort d’un dentiste dont on a retrouvé le cadavre dans un parc public de la ville.

     

    Désormais installé à Chicago, Smokey Dalton se fait connaître en rendant de multiples services à la communauté noire de son quartier. Détective privé à son compte, sa réputation est arrivée aux oreilles de Madame Foster qui veut savoir ce qu’il s’est réellement produit dans le parc Washington où son mari a trouvé la mort, victime d’un coup de poignard. Pour la police, l’affaire est passée aux oubliettes en estimant qu’il ‘s’agit tout simplement d’un règlement de compte entre bandes rivales et que la mort d’un afro américain ne vaut pas la peine que l’on fournisse des efforts afin d'identifier le meurtrier. Mais Smokey Dalton doute fortement que ce dentiste à la vie rangée puisse avoir fait l’objet d’une agression liée à un gang, ceci d’autant plus lorsqu’il découvre des similarités dans plusieurs affaires de meurtres qui n’ont jamais été résolues. Se pourrait-il qu’il y ait un lien avec ce nouveau phénomène où des personnes de couleur nouvellement enrichies s’installent dans des quartiers plus aisés et plus sûrs dont la plupart des résident sont blancs ? Se pourrait-il que l’un ou plusieurs de ces résidents aient fixés des limites qu’il ne faut pas franchir ? Smokey Dalton va avoir bien du mal à enquêter dans un quartier où un noir rôdant dans les environs n'est pas le bienvenu, surtout lorsqu’il est détective et qu’il se mêle de ce qui ne le regarde pas.

     

    Avec Blanc Sur Noir, Kris Nelscott s’éloigne des événements majeurs qui ont entouré le mouvement afro-américain des droits civiques pour se focaliser sur le quotidien d’un ghetto noir gangréné par les gangs. On observe ainsi la difficulté des rapports entre parents désemparés et jeunes qui intègrent, plus ou moins de gré ou de force, des gangs prenant le prétexte de la lutte pour les droits civiques pour s’adonner à des activités illicites comme le racket ou le trafic de drogue à l’instar des Blackstone Rangers. C’est donc autour des rapports entre Smokey Dalton et son fils adoptif Jimmy que l’on prend la pleine mesure des problèmes qui touchent une jeunesse qui ne trouverait d’avenir que dans l’intégration d’un gang qui fréquente les alentours des écoles afin de recruter de nouveaux membres. A partir de là on comprend la démarche de certains membres les plus aisés de la communauté qui décident de déménager vers des quartiers beaucoup plus favorisés mais majoritairement occupés par des blancs. C’est donc au travers du crime que Kris Nelscott souligne ainsi la difficulté que présente la cohabitation entre deux communautés avec cette inquiétude des blancs qui voient d’un mauvais oeil l’arrivée de nouveaux voisins noirs qui risquent de dévaluer la valeur de leur bien immobilier. On constate ainsi les discriminations qui s’opèrent au quotidien à l’exemple de ce supermarché où Smokey Dalton effectue ses achats en dépit de l’hostilité des employés et de son directeur qui cherchent tous les prétextes pour l’en empêcher. 

    Blanc Sur Noir nous donne également l’occasion de retrouver quelques personnages récurrents comme Truman Johnson, le flic noir sur lequel Smokey Dalton peut s’appuyer dans le cadre de ses enquêtes et Laura Hathaway, une femme d’affaire blanche, décidée à reprendre la direction de la société de son défunt père. C’est par le prisme de cette femme que l’on observe également les discriminations faites aux femmes avec un comité de direction qui n’entend pas céder ses prérogatives à une personne de la gente féminine qui serait incapable d'assumer une telle charge. Discrimination raciale, discrimination de genre et cohabitation entre deux communautés, on appréciera l’intrication de ces trois thèmes autour d’une série de meurtres que Smokey Dalton va tenter de résoudre au gré d’un récit qui souffre parfois de quelques longueurs et d’un épilogue au happy-end un peu surfait. Néanmoins on ne manquera pas de savourer la finesse et la justesse d’un récit qui fait écho aux événements en lien avec le mouvement Black Lives Matter qui fait la démonstration des discriminations qui subsistent encore de nos jours.

     

    Rigoureux roman policier historique restituant l'atmosphère d'un ghetto afro américain de Chicago durant la période des années soixante, Blanc Sur Noir conjugue avec brio l'intrigue policière au climat social de l'époque pour nous livrer un récit saisissant qui ne fait que confirmer tout le bien que l'on pense de la série mettant en scène le charismatique détective privé Smokey Dalton.

     

    Kris Nelscott : Blanc Sur Noir (Thin Walls). Editions de l’aube/L’aube noire 2018. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Luc Baranger.

     

    A lire en écoutant : Misterioso par Thelonius Monk. Album : Misterioso/Thelonius Monk Quartet. 2012 Concord Music Group. 

  • Abir Mukherjee : Les Princes De Sambalpur. Les clés du pouvoir.

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    Capture.PNG"Lire c'est voyager; voyager c'est lire" jamais la citation de Victor Hugo n'aura été aussi appropriée en ces temps quelque peu troublés où il ne nous reste plus que la lecture pour explorer d'autres horizons. Dans un tel contexte, on peut également profiter du voyage pour remonter dans le temps afin de nous retrouver à l'époque de l'Inde coloniale comme nous y a convié le romancier Abir Mukherjee avec son premier roman L'Attaque du Calcutta-Darjeeling en nous permettant ainsi de découvrir les aventures du capitaine britannique Sam Wyndham et de son acolyte indien, le sergent Satyendra Banerjee, officiant tous deux au sein de la police impériale du Bengale. Un dépaysement garanti que l'on retrouve avec Les Princes De Sampalpur, second opus de la série, qui prend pour cadre l'un des nombreux royaumes de l'Inde régit par les maharadjahs sous la haute autorité du vice-roi des Indes. Oscillant, dans un bel équilibre, entre le récit historique et l'intrigue policière on ne manquera pas d'apprécier cette intrigue nous rappelant les romans d'Arthur Conan Doyle et de son célèbre détective souffrant d'addiction tout comme Sam Wyndham qui fréquente assidument les fumeries d'opium afin de se remettre momentanément de son passé de vétéran de la Première guerre mondiale.

     

    Juin 1920. En visite à Calcutta, le prince de Sambalpur est assassiné alors qu’il était accompagné de son ancien camarade de classe, le sergent Banerjee et du capitaine Wyndham. Le meurtrier, un étrange homme religieux, est parvenu à prendre la fuite une fois son forfait accompli. Affecté par ce meurtre, les deux policiers accompagnent la dépouille du prince en étant persuadé de trouver le commanditaire du meurtre au sein du royaume suscitant bien des convoitises avec ses célèbres mines de diamants. Au terme du voyage, ils sont reçus par le vieux maharadjah de Sampalpur, extrêmement éprouvé par la disparition de son fils, qui décide de leur confier l’enquête concernant les circonstances entourant sa mort. En passant des rituels religieux funéraires à la chasse au tigre à dos d’éléphant, Wyndham et Banerjee vont tenter de démêler les multiples intrigues qui se nouent dans les couloirs du fastueux palais du maharadjah en essayant de découvrir les mobiles du meurtre qui leur permettront de démasquer l’assassin. Mais il leur faudra toute leur volonté, quitte à forcer les portes du zénana, le harem du maharadjah au sein duquel ils trouveront peut-être quelques réponses à leurs risques et périls.

     

    Au niveau de l’intrigue policière, Les Princes De Sambalpur prend l’allure d’un « whodunit » que ne renierait pas les amateurs de Sherlock Holmes, même si le capitaine Wyndham est doté d’un esprit de déduction bien moins alambiqué que son illustre homologue. L’enjeu du récit consiste donc à déterminer qui est le commanditaire du meurtre du prince en découvrant les mobiles de cet acte tout en constatant, au gré des investigations des deux policiers, que les raisons peuvent être multiples au sein d’un petit royaume où les convoitises sont nombreuses à l’instar de cette vente d’une mine de diamants dont le prix semble surévalué. C’est ainsi l’occasion de découvrir les multiples personnages qui composent ce petit microcosme qui a réellement existé au temps de la splendeur des maharadjahs dont la multitude de royaumes composaient avec l’occupant britannique en nous donnant une idée du fonctionnement qui régit ces deux entités dont l’instauration d’une institution telle que la Chambre des princes censée donner l’illusion d’une certaine autonomie desdits royaumes. On découvre ainsi tout l’aspect des enjeux politiques qui vont nous donner une idée des ambitions contradictoires des différentes factions que comptent le royaume de Sambalpur. C’est peut-être là que réside tout le génie de l’auteur qui parvient, au fil d’une intrigue policière bien menée, à intégrer les éléments du contexte historique de l’époque, ceci sans que l’on ne ressente une quelconque lourdeur. Et puis il faut bien avouer que l’on apprécie cette atmosphère exotique qu’Abir Mukherjee restitue avec une belle justesse conjuguée à un humour caustique que l’on ne manquera pas d’apprécier surtout lorsqu’il vient du sergent Banerjee qui porte une regard circonspect sur le monde qui l’entoure. Avec ce décalage entre la vision du capitaine Wyndham et celle du sergent Banerjee, c’est également l’occasion de mettre en lumière les différentes strates sociale qui composent l’Inde de l’époque à l’instar de cette scène où le personnage principal observe, depuis le luxueux compartiment du train du maharadjah qu'il occupe, une famille modeste qui attend sous la pluie battante de la mousson le train qu’ils doivent emprunter et dont l’arrivée semble incertaine. On observera également, au terme d’un récit dont l’épilogue surprendra plus d’un lecteur, la place faite aux femmes au sein d’un royaume de Sambalpur où le harem semble bien éloigné de l’image que l’on pourrait s’en faire avec des épouses et des concubines qui savent parfaitement composer avec leurs conditions pour parvenir à tirer les ficelles du pouvoir.

     

    Brillant second récit d’une série de romans policiers prometteurs, Les Princes De Sambalpur conjugue avec une belle maîtrise le récit historique et l’intrigue policière qui séduiront ainsi les lecteurs les plus exigeants en quête d’évasion. Exotique et caustique.

     

     

    Abir Mukherjee : Les Princes de Sambalpur. Editions Liana Levi 2020. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Franchita Gonzalez Battle.

     

    A lire en écoutant : Prabhati de Yehudi Menuhin & Ravi Shankar. Album : Menuhin Meets Shankar. 1988 EMI Classic.

  • MAJ SJÖWALL & PER WAHLÖÖ : L’HOMME QUI PARTIT EN FUMEE. LE ROMAN D’UN CRIME.

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    Capture d’écran 2020-12-06 à 18.13.57.pngDerrière l‘opulence d’un pays de cocagne régit par cet état-providence qui fait l’admiration de tous, la Suède devient le théâtre d’une série policière composée de dix romans mettant en scène Martin Beck, un policier placide dont les enquêtes mettent à mal ce fameux modèle suédois qui serait dépourvu d’inégalité sociale. Grattant la surface de ce tableau idyllique, l’ensemble des romans, rédigés entre 1965 et 1975 par Maj Sjöwall et Per Wahlöö, restent étonnamment modernes en dépit de l’absence de téléphones portables, d’ordinateurs et de prélèvements scientifiques. Il faut dire que sur la base de récits de procédural police assez lents, les deux auteurs abordent des thématiques sociales fondamentales qui restent toujours d’actualité à l’instar de Roseanna, premier roman de la série qui, au-delà de l’enquête sur sa disparition, évoquait la place de cette jeune femme émancipée et indépendante évoluant dans un monde machiste (on est en 1965) ne pouvant tolérer une certaine décomplexion qu’elle affiche notamment pour tout ce qui a trait à la sexualité. On découvre ainsi une enquête évoluant de manière incertaine sur plusieurs mois tant les indices sont peu nombreux alors que l’on fait la connaissance de policiers aux profils ordinaires dont fait partie Martin Beck. Second épisode de la série, L’Homme Qui Partit En Fumée a la particularité de se dérouler en grande partie au-delà du Rideau de fer, en Hongrie où le policier va parcourir les rues de Budapest à la recherche d’un journaliste disparu.

     

    Alors que la chaleur du mois d’août déferle sur Stockholm, Martin Beck rejoint sa famille sur une île de l’archipel en comptant bien profiter de ses vacances. Mais dès le lendemain, l’inspecteur doit retourner à la capitale pour une affaire urgente qui implique le ministère des affaires étrangères. En effet, le reporter suédois Alf Matsson a disparu en Hongrie alors qu’il effectuait un reportage pour le compte d’un magazine suédois qui a bien l’intention d’exploiter cette disparition en flairant un scoop. Mais pour les autorités, il n’est pas question d’avoir un incident avec un pays du bloc de l’est. Martin Beck doit donc se rendre à Budapest pour faire la lumière sur cette étrange disparition. Mais l’enquête s’avère difficile et à chaque nouvelle avancée, un obstacle infranchissable se dresse devant lui alors qu’il doit composer avec la police locale qui semble suivre chacun de ses pas. Qu’est-il advenu de ce journaliste dont on reste sans nouvelle ?

     

    L'homme Qui Partit En Fumée débute sur une scène de crime décrite par le menu détail avant de se rendre compte qu'il s'agit d'une photo que Martin Beck examine dans son bureau tandis que l'auteur du meurtre passe aux aveux dans une salle d'interrogatoire voisine. Un prologue d'autant plus surprenant qu'il s'enchaine sur quelques scènes estivales ordinaires où l'on suit le policier dans son quotidien tandis qu'il rejoint femme et enfants qui séjournent sur une île de l'archipel, dans une villa qu'il a louée pour les vacances. C'est une des particularités du cycle des romans de Maj Sjöwall et Per Wahlöö où le couple s'ingénie à mettre en exergue cette dichotomie entre la vie quotidienne et le processus du crime qui perturbe ce déroulement ordinaire. Bien loin d'être un prétexte, ledit crime s'inscrit dans le dysfonctionnement d'un modèle social-démocrate qui s'effrite en laissant entrevoir les carences des différentes strates sociales qui composent le pays. Avec L'Homme Qui Partit En Fumée, un titre qui n'aura jamais aussi bien convenu à l'intrigue que ce soit au propre tout comme au figuré, les deux auteurs se focalisent sur le milieu journalistique et sur les relations qu'entretiennent la Suède et la Hongrie se situant à l'époque derrière le Rideau de fer qui apparaît comme bien moins hermétique qu'il n'y paraît avec tout de même une police omniprésente s'employant à surveiller la diaspora des touristes qui se rendent notamment à Budapest. C'est d'ailleurs tout autour de cette surveillance que l'enjeu de l'intrigue fonctionne en se demandant ce qu'il a pu advenir d'Alf Matsson, un journaliste qui se révèle assez détestable avec cette propension à consommer de l'alcool plus que de raison et qui devient au fil de l'intrigue une victime pour laquelle on éprouve assez peu d'empathie. Comme pour Roseanna, Martin Beck se heurte aux aléas d'une enquête incertaine dont nous ne sommes pas sûr qu'elle puisse aboutir. A nouveau plongé dans le quotidien banal mais cette fois-ci d'une capitale d'un pays du bloc de l'est, on suit donc les pérégrinations d'un policier isolé qui goûte tout de même aux plaisirs touristiques que peut lui offrir la ville et notamment les bords du Danube jusqu'à une agression qui va faire basculer le déroulement de l'enquête. Des investigations d'autant plus incertaines qu'elles s'effectuent dans un climat de paranoïa assez inquiétant avec cette sensation permanente qu'a le policier d'être pris en filature sans savoir s'il s'agit de la police ou d'autres individus aux intentions hostiles. En ce qui concerne le milieu journalistique, il faut bien avouer que la profession est dépeinte sous un jour peu flatteur avec des journalistes qui s'adonnent davantage à la boisson qu'à leur métier et une rédaction qui semble plus soucieuse de réaliser un scoop que de savoir ce qu'il est advenu de son collaborateur. Un portrait de la corporation peu élogieux donc, ceci d'autant plus si l'on prend en considération le fait que Per Wahlöö a exercé le métier durant plusieurs années avant d'entamer sa carrière d'écrivain.

     

    Second volume du cycle du "Roman d'un crime", L'Homme Qui Partit En Fumée révèle toute la virtuosité d'un couple d'auteurs qui parvient à diffuser un climat de tension à partir d'une banale enquête de disparition dans le cadre d'une ville de Budapest dont le contexte se situe à l'époque pas si lointaine où le Rideau de fer divisait le monde en deux blocs.

     

    Maj Sjöwall & Per Wahlöö : L’Homme Qui Partit En Fumée (Mannen Some Gick Upp I Rök). Editions Rivages/Noir 2008. Traduit de l’anglais par Michel Deutsch.

     

    A lire en écoutant : Time And Again de Oscar Peterson Trio. Album : We Get Reguests. 2015 The Verve Music Group.

  • Joseph Knox : Somnambule. Retour de flamme.

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    Capture d’écran 2020-11-30 à 18.37.36.pngJeune auteur britannique, Joseph Knox nous invite une nouvelle fois à partager l’atmosphère glauque de la patrouille de nuit composée de l’inspecteur borderline Aiden Waits et de son irascible acolyte Peter Sutcliff. Après avoir découvert le monde interlope de la nuit à Manchester et les écarts de ce flic atypique dans Sirènes (éditions du Masque 2018) on retrouvait ce personnage en mauvaise posture dans Chambre 413 (éditions du Masque 2019) où rejaillissait quelques pans de son passé tumultueux. Deux ouvrages qu’il est recommandé de lire avant d’entamer Somnambule, dernier opus d’une série où l’on retrouve quelques savoureux personnages secondaires à l’instar du superintendant Parrs, supérieur particulièrement retord qui manipule Aiden Waits pour les besoins de sa carrière alors que Zain Carver, caïd de la ville, a juré la perte de cet inspecteur déchu qu’il rend responsable de la mort de sa fiancée. Empêtré dans une affaire de chantage avec une policière corrompue, un règlement de compte avec un truand qui a juré sa perte et les basses manoeuvres d’une hiérarchie qui se déchire, Aiden Waits va devoir également composer avec une jeune coéquipière intègre qui semble vouloir rapporter tous ses faits et gestes au cours d’une enquête sur un fait divers vieux de dix ans qui défraie encore la chronique. 

     

    Martin Wick, surnommé le Somnambule, a toujours prétendu n’avoir aucun souvenir de la nuit où il a décimé toute une famille. Après dix années en prison, le meurtrier, atteint d’un cancer, n’en finit plus d’agoniser sur son lit d’hôpital alors qu’Aiden Waits est chargé de recueillir ses dernières confidences avec son collègue Peter Sutcliff. Mais Martin Wick ne se décide ni à mourir ni à parler. Et l’affaire tourne au fiasco lorsqu’un individu poignarde le planton avant de mettre le feu au lit de Martin Wick qui périt dans les flammes. Si Aiden Waits réchappe à l’attentat, son coéquipier, grièvement blessé est plongé dans le coma. Qui pouvait donc en vouloir au meurtrier ? S’agit-il d’une vengeance ? Est-on d’ailleurs bien sûr que Martin Wick était bien la cible de l’attentat ? Autant de questions auxquelles Aiden Waits n’est pas bien sûr d’obtenir la réponse. Une enquête qui va se dérouler sur le fil du rasoir. Aiden Waits en a l’habitude.

     

    Il faut bien avouer que c'est avec un certain plaisir sadique que l'on se prend à retrouver l'inspecteur Aiden Waits qui semblait emprunter la voie de la rédemption au terme du second roman de la série, Chambre 413. Mais que l'on se rassure, Aiden Waits reste l'éternel et incontrôlable chien fou qui se lance dans une contre-enquête où les apparences semblent plutôt trompeuses. A partir de ces éléments, les ressorts narratifs sont déjà connus et peuvent susciter un sentiment de déjà lu qui atténuera certains effets de surprise pour les lecteurs les plus aguerris. Mais avec un tel enquêteur au comportement si autodestructeur il faut tout de même s'attendre à un bouleversement d'une intrigue qui sort des sentiers battus au détour d'une kyrielle de circonstances qui font d'Aiden Waits, un homme aux abois qui se retrouve acculé de toute part. C'est principalement avec le chantage dont il est victime et auquel il ne peut se soustraire que l'on perçoit la tension à laquelle Aiden Waits est soumis ceci d'autant plus qu'il doit composer avec une coéquipière intègre, bien décidée à ne pas le lâcher d'une semelle. On appréciera donc les rapports conflictuels entre le personnage central en perdition et Naomi Black qui prend le relais de l'odieux Peter Sutcliff qui lutte entre la vie et la mort, victime collatérale d'un attentat dont on ignore s'il visait le détenu qu'il surveillait à l'hôpital ou Aiden Waits, affecté à la même mission de surveillance, qui semble être la cible d'une vengeance orchestrée par un vieil ennemi.

     

    Récit d’une grande noirceur, agrémenté de dialogues caustiques, Somnambule nous permet donc de retrouver un personnage charismatique dont le comportement autodestructeur donne du relief à une enquête qui sort définitivement de l’ordinaire au gré d’un récit prenant parfois l’allure d’un hard boleid déjanté.

     

    Joseph Knox : Somnambule (The Sleepwalker). Editions du Masque 2020. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Jean Esch.

     

    A lire en écoutant : Fly Me To The Moon de Frank Sinatra (feat. Count Basie and His Orchestra). Album : Nothing But The Best (Remastered). 2008 Frank Sinatra Enterprises, LLC.