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  • Victor Del Àrbol : La Tristesse du Samouraï, dans la forge de la rancœur.

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    "Toutes le choses vraiment atroces démarrent dans l'innocence"

    Ernest Hemingway

     

    Je dois bien l'avouer, lorsque l'on évoque le mot Samouraï, je ne peux m'empêcher de penser au film légendaire de Jean-Pierre Melville, mettant en scène un Alain Delon au firmament de sa carrière. Comme pour le film, hormis l'évocation d'un sabre d'un guerrier légendaire vous ne trouverez pas grand-chose ayant un rapport direct avec ces guerriers d'autrefois soumis au code très strict du Bushido.

     

    Dans la mélancolie de ce titre, Victor Del Àrbol évoque le passé sombre d'une Espagne enlisée dans une guerre civile dévastatrice qui au travers de trois générations décimées par la haine, les coups bas et les vengeances trouvera sa conclusion en 1981, année de la tentative de putsch dont l'un des coups d'éclat fut l'attaque du congrès des députés. C'est lors de ce dernier événement que le récit débute. Maria, avocate réputée, agonise sur son lit d'hôpital en présence de son père muet et d'un inspecteur de police qui la suspecte de plusieurs assassinats et de complicité d'évasion. A-t-elle vraiment commis tous ces crimes ? Et si oui pourquoi ?

     

    Toute l'histoire démarre en décembre 1941, sur le quai d'une gare, avec cette belle femme élégante, accompagnée de son plus jeune fils, Elle s'apprête à fuir un mari odieux, chef des brigades phalangistes. Mais la tentative échoue et au grand désespoir du jeune garçon, elle disparaîtra sans laisser de trace. On suivra également le parcours du frère aîné qui sera contraint de s'engager dans la sinistre Légion Azul qui le mènera sur le front russe. Et puis il faudra également comprendre pourquoi cet inspecteur de police respectable est devenu un odieux tortionnaire. Sur fond historique, nous découvrirons donc les imbrications tragiques d'évènements dont les répercussions trouveront un écho sur quatre décennies. Des bourreaux qui deviennent victimes et des victimes qui se transforment en monstres psychopathes.

     

    Un texte extrêmement bien rédigé et empreint d'une grande sensibilité, c'est ce qui fait la force de la Tristesse du Samouraï. On traverse les différentes époques d'un passé douloureux, en compagnie de personnages complexes dotés d'une épaisseur dramatique savamment bien dosé. Le talent de Victor Del Àrbol c'est d'avoir su bâtir ce thriller sur fond historique sans toutefois nous plonger dans les affres d'une déclinaison de chronologie fastidieuses. C'est donc par petites touches subtiles que l'auteur aborde ce sujet complexe qui n'a pas finit de faire frémir l'Espagne si l'on se réfère à l'actualité récente concernant le juge Garzòn qui tentait de faire la lumière sur les disparitions survenues durant la période opaque du régime franquiste.

     

    Une belle écriture empreinte d'une certaine mélancolie pour évoquer la noirceur d'une vendetta qui balaiera le libre-arbitre des protagonistes de cette histoire. Monté comme un puzzle dont les différentes pièces s'assemblent au gré des différentes périodes, on ne peut qu'apprécier la maîtrise scénaristique d'un grand écrivain, même si l'on peut déplorer ici et là quelques petites incohérences qu'un hasard bien trop salutaire, au service de l'auteur, tente de gommer.

     

    Victor del Àrbol : La Tristesse du Samouraï. Editions actes noirs/ACTES SUD 2012. Traduit de l'espagnol par Claude Bleton.

     

    A lire en écoutant : Déportation / Iguazu de Gustavo Santaolalla. BOF du film Babel. Concord Music Group inc. 2006.

     

     

     

     

  • VICTOR GISCHLER : COYOTE CROSSING. AU MILIEU DE NULLE PART.

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    victor gischler, coyote crossing, jim thompson, 1275 âmes, Cormac McCarthyUne ville paumée au beau milieu d’un état poussiéreux, un adjoint du shérif dépassé sont les archétypes de nombreux romans qui débarquent dernièrement sur les étales des librairies depuis le succès de Cormac McCarthy, « Non ce pays n’est pas pour le vieil homme ! », chef-d’œuvre du roman noir américain, commenté ici.

     

    Coyote Crossing de Victor Gishlerse situerait dans la veine d’un film de Quentin Tarantino selon le commentaire de l’éditeur et il faut bien avouer qu’au niveau de la syntaxe et de la dramaturgie on a plutôt la sensation de lire une espèce de scénario mal ficelé qui nous livre parfois au détour des pages quelques scènes assez originales.

     

    Ancien musicien paumé, Toby Sawyer est retourné dans son trou natal pour endosser à mi-temps l’uniforme de shérif adjoint. Pour sa mission d’un soir, il est contraint de surveiller un cadavre truffé de plomb. La tâche ne s’avérant guère excitante, Toby part rejoindre sa maîtresse. Au retour de son escapade romantique, Toby s’aperçoit que le cadavre a pris la poudre d’escampette. Toute une nuit pour retrouver le corps perdu va l’amener à faire des rencontres aussi denses que sanglantes. Flics corrompus, gangs hispaniques, rednecks déchainés, Toby survivra-t-il à cet enchaînement de hordes sauvages tout en préservant son bébé que sa femme vient d’abandonner.

     

    victor gischler, coyote crossing, jim thompson, 1275 âmes, Cormac McCarthyLe roman sec et nerveux est bourré d’actions. On peut le dire, on n’a guère le temps de souffler au détour de cet amoncellement de personnages stéréotypés qui s’entrecroisent sans que l’auteur daigne s’y attarder. Une volée de plomb et on passe à autre chose. Un peu simpliste comme système qui n’amène pas grand chose à une histoire incohérente où l'on s'entretuerait à tout va, sans que le moindre habitant n'intervienne durant la nuit. Et puis le personnage central n’est guère crédible alors qu’on le présente comme un paumé romantique qui se révèle au gré du roman comme un flic débrouillard et sanguinaire qui n’aurait pas peur de dégommer une tripotée de truands sauvages. Quelques scènes originales, comme la destruction d’un motel abritant une nuée de gangsters et le combat dans le poste de police, sauvent le roman d’un naufrage insipide. 

     

    victor gischler, coyote crossing, jim thompson, 1275 âmes, Cormac McCarthyOn dira de Coyote Crossing qu’il s’agit d’un roman sans prétention et parfois distrayant qui se lit rapidement, ce qui est salutaire pour le lecteur, et après avoir tourné la dernière page, on ne pourra pas s’empêcher de penser à Nick Corey, shérif emblématique du roman de Jim Thompson dans 1275 âmes pour se dépêcher de lire ou relire ce polar d’envergure qui a inspiré avec plus ou moins de succès de nombreux auteurs !

     

     

     

    Victor Gischler : Coyote Crossing. Editions Denoël 2013. Traduit de l’anglais (USA) par Frédéric Brument.

     

    A lire en écoutant : Los Lobos : Border Town Girl. Album : Wolf Track, Best of Los Lobos. Rhino 2006.

  • ALIBI, Le magazine du polar ouvert sur le monde.

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    alibimag,alibi,victor del arbol,k,claude mesplède,eric halphen,magazine polarIl fallait oser lancer un magazine, qui plus est spécialisé dans le polar et le roman noir, en ces temps de crise éditorial où bon nombre de quotidiens et de revues se recentrent vers les supports numériques à l’instar de Newsweek. On peut se méfier de ce type presse spécialisée accessible bien souvent aux seuls aficionados du genre et qui se révèle particulièrement hermétique aux non-initiés. C’est bien évidemment loin d’être le cas du magbook Alibi, un trimestrielle somptueux dont l’ambition principale est de faire découvrir le polar au plus grand nombre.

     

    A chaque numéro, une thématique majeure du polar ou du roman noir est traitée avec des reportages évoquant des faits réels en lien avec le sujet. Vous aurez également le plaisir de lire des interviews de grands auteurs du polar, mais vous découvrirez également des écrivains méconnus.

     

    alibimag,alibi,victor del arbol,k,claude mesplède,eric halphen,magazine polarDans ce dernier numéro, l’équipe rédactionnelle aborde le sujet délicat des erreurs judiciaires avec des analyses et des chroniques évoquant l’histoire de ces hommes broyés par la machine judiciaire. A l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage Plaintes, Ian Rankin se confie dans une longue interview sur son travail d’écrivain. Vous apprendrez ainsi que l’auteur n’en a visiblement pas fini avec son personnage fétiche, l’inspecteur John Rebus, que vous retrouverez prochainement. Victor del Arbol policier-écrivain dont j’ai évoqué son dernier roman ici nous livre une nouvelle poignante évoquant le quotidien tragique des policiers en uniforme d’un commissariat de Barcelone avec en toile de fond le sujet délicat de l’homophobie au sein d’un corps de police.

     

    Une enquête sur les bébés volés d’Espagne, un reportage photos sur une prison de la République Démocratique du Congo et la découverte d’Istanbul au travers du prisme de l’écrivain britannique Jason Goodwin complète cette magnifique revue. Vous patrouillerez avec un véritable flic dans les rues de Los Angeles et vous découvrirez le Cold Case de la police française qui se consacre aux affaires non résolues. Quand on vous dit que le polar vous fait voyager !

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    Des grands chroniqueurs du polar comme Claude Mesplède, Eric Halphen et bien d’autres complètent l’équipe rédactionnelle de cette revue qui fait également la part belle à la critique des derniers romans, films et séries que l’on peut découvrir sur nos écrans ou dans nos libraires.

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    L’ensemble est ponctué d’illustrations et de photos magnifiques déclinées sur un papier épais fort agréable au toucher. Une belle couverture cartonnée complète cet écrin d’une élégance presque désuète.

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    Un peu plus d’un an d’existence pour Alibi qui aussi bien dans la forme que dans le contenu diverge de ces revues « vite lues – vite jetées » et dont les volumes sont destinés à être soigneusement rangés sur les rayons de vos bibliothèques afin d’être régulièrement compulsés. Longue vie à ce fabuleux magbook du polar !

     

    ALIBI. Magazine trimestriel. Aboya Editions. www.alibimag.com.

     

    A lire en écoutant : Final de Miles Davis. Album : Ascenseur pour l’échafaud. Fontana 1957.

  • TOULOUSE POLAR DU SUD 2021. 13EME FESTIVAL INTERNATIONAL DES LITTERATURES POLICIERES.

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    Capture d’écran 2021-10-08 à 12.57.50.pngToujours un grand plaisir de se rendre à Toulouse pour participer à l'un des grands festivals du polar se déroulant dans le quartier populaire du Mirail, ceci du 8 au 10 octobre 2021, autour de la librairie indépendante de la Renaissance. Pour cette nouvelle édition, présidée par Carlos Salem, Toulouse Polar du Sud poursuit sa logique de sélection exigeante en réunissant une palette d'auteurs emblématiques de la littérature noire. On y croisera Hervé Le Corre, Wojciech Chmielarz, Victor Del Arbol, Laurent Guillaume, Cyril Herry, Jake Lamar, Marin Ledun, Jurica Pavičić, Piergiorgio Pulixi, Benoît Séverac et Valério Varesi pour ne citer que quelques uns des 50 auteurs présents.

     

    Comme à l'accoutumée, on appréciera de retrouver les amis du monde de l'éditions et les membres de ce festival chaleureux ainsi que les camarades critiques et blogueurs autour d'un verre ou deux, voire davantage pour parler polars et romans noirs. Et puisqu’il est question du sud, il faut évoquer la sélection de six ouvrages écrits dans une langue du sud pour le prix Violeta Negra Occitanie, dans laquelle figure l'extraordinaire Je Suis L'Hiver (Asphalte 2021) de Ricardo Romero.

     

    Autre célébration que l'on retrouve pour une quatrième édition, le prix des chroniqueurs de Toulouse Polar du Sud comprenant également une sélection de six romans :

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    Un dernier ballon pour la route de Benjamin Dierstein, aux éditions Les Arènes (EquinoX)

    Au bal des absents de Catherine Dufour, aux éditions du Seuil (Cadre noir)

    Les boiteux de Frédéric L’Homme, aux éditions du Rouergue (Rouergue noir)

    Une guerre sans fin de Jean-Pierre Perrin, aux éditions Rivages (Rivages Noir)

    Ce qu’il faut de nuit de Laurent Petitmangin, aux éditions La Manufacture de livres

    L’un des tiens de Thomas Sands, aux éditions Les Arènes (EquinoX)

    Votre serviteur ainsi que Bruno Le Provost du blog Passion Polar, Caroline De Benedetti du site Fondu Au Noir, Jean-Marc Laherrère  du site L’Actu du Noir, et présidé par Laurence Darbas du blog Evadez-Moi avons délibéré intensément afin de désigner le lauréat dont le nom sera dévoilé le samedi 9 octobre 20121 lors de la cérémonie d'inauguration du festival. En attendant vous pouvez consulter les sites de ces blogueurs émérites afin de puiser quelques romans de qualités. Ils seront d'ailleurs présents pour toute la durée de l'événement afin d'évoquer les parutions de l'année.

     

    L'autre grand plaisir de Toulouse Polar du Sud, ce sont bien évidemment les rencontres et débats passionnants avec les auteurs qui se déroulent depuis déjà une semaine dans différents lieux de la ville vous permettant de découvrir le riche patrimoine de la cité. Au plaisir de vous y retrouver.

     

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    TOULOUSE POLAR DU SUD : 13ème FESTIVAL INTERNATIONAL DES LITTERATURES POLICIERES. 08, 09 ET 10 OCTOBRE 2021.
    Forum de la Renaissance
    Ligne A – Station Basso Cambo.

     

  • GUSTAVO MALAJOVICH : LE JARDIN DE BRONZE. LE FIL DE L’ARAIGNEE.

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    Capture d’écran 2014-05-11 à 22.16.58.pngSur les étals de nos librairies vous trouverez bien évidemment des polars français et une quantité importante de romans anglo-saxon, sans compter cette omniprésente déferlante d’ouvrages provenant des pays nordiques. Mais depuis quelques temps, c’est le roman noir ou le polar d’origine hispanique qui fait son apparition et commence à prendre une place prépondérante dans cet univers littéraire à l’instar du cinéma espagnol et argentin. Bien sûr il y avait Paco Ignacio Taibo II et Leonardo Padura deux grandes pointures du polar qui faisaient figure d’exceptions, mais désormais il faut compter avec des auteurs émergeants comme Victor del Arbol et Suso De Toro ou résurgents comme Francisco González Ledesma.

     

    L’argentin Gustavo Malajovich s’inscrit dans cette mouvance en nous livrant son premier roman Le Jardin de Bronze qui narre les affres d’un père obstiné à la recherche de sa fille disparue.

     

    A Buenos Aires, la petite Moira, âgée de 4 ans disparaît mystérieusement avec sa baby-sitter alors qu’elles se rendaient à un goûter d’anniversaire. Le père, Fabien Danubio, va devoir faire face à l’incompétence de la police tout en soutenant sa femme qui perd pied à mesure que l’enquête piétine. Sur plus d’une décennie, Fabien Danubio aidé d’un détective assez original va tenter de retrouver sa fille en comptant sur de maigres indices comme cette petite araignée de bronze dont l’alliage particulier le conduira au cœur de la province d’Entre Rios où règne un sculpteur despote à la tête d’une exploitation forestière.

     

    Dans un premier temps urbain pour devenir rural, Le Jardin de Bronze est avant tout une invitation au voyage pour découvrir une Argentine méconnue que l’auteur distille au fil d’une histoire de disparition qui sort des sentiers battus. Il y a tout d’abord cette magnifique ville de Buenos Aires que l’auteur revêt d’habits sombres et mystérieux diffusant cette atmosphère envoutante dans laquelle le personnage principal s’égard en parcourant les dédales de rues interminables et inextricables à l'image de la tragédie qui le hante. Puis le récit prends des allures de Au Cœur des Ténèbres lorsque notre héros remonte le grand fleuve Panarà pour s’aventurer sur les berges sinueuses d’un confluent dévoré par une végétation aussi étouffante que la grande ville de Buenos Aires.

     

    Capture d’écran 2014-05-11 à 22.21.26.pngMais il n’y a pas que l’aspect touristique qui entre en ligne de compte dans le cadre de ce roman envoutant où, au fils des années qui s’écoulent, l’espoir de retrouver son enfant disparu se dilue au grand désespoir de ce père qui lutte pour ne pas oublier le visage de sa fille. Car Fabien Danubio est un personnage profondément humain tout en courage et vulnérabilité qui se retrouve très fréquemment dépassé par les évènements qui le submergent. Vulnérable, dépassé, Fabien Danubio sera soutenu par Doberti, un détective privé peu ordinaire dont le bureau, véritable capharnaüm, se situe dans l’immeuble baroque du Palais Barolo, vibrant hommage architectural à l’Enfer de Dante. Capture d’écran 2014-05-11 à 22.23.03.pngLe personnage qui n’a rien de reluisant et qui peu paraître extrêmement maladroit pour exercer un métier pareil,  se révélera indispensable pour faire rebondir l’enquête avec quelques éléments qu’il découvrira grâce à un don d’observation et une obstination qui frise le cas pathologique. Et que dire de ce mystérieux sculpteur qui façonne le bronze pour créer des œuvres mécaniques aussi mystérieuses que mortels tout en ornant son jardin de statues délicates reproduisant encore et toujours la femme qu’il ne pourra jamais véritablement aimer.

     

    Le talent de Gustavo Malajovich c’est de n’épargner aucun de ces personnages, aussi attachants soient-ils, pour parsemer son récit de fausses pistes et de rebondissements qui saisissent le lecteur jusqu’à la dernière page, dans un exercice d’équilibre narratif parfaitement maîtrisé. Transgressant les structures classiques du récit de disparition, Le Jardin de Bronze est un roman aussi envoutant qu’original qu’il faut absolument découvrir afin de s’immerger au cœur d’un univers  qui saura séduire les plus blasés d’entre vous.

     

    (Photos : Palais Barolo. Buenos Aires http://www.argentour.com & http://assistanceexpatsbuenosaires.wordpress.com)

     

    Gustavo Malajovich : Le jardin de Bronze. Editions Actes Sud/Actes Noires 2014. Traduit de l’espagnol (Argentine) par Claude Fell.

     

    A lire en écoutant : Over de Portishead. Album : Roseland NYC Live. Go ! Discs/London 1998.

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  • Toulouse Polars Du Sud 2019. Festival international des littératures policières.

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    Capture d’écran 2019-10-06 à 14.34.48.pngPour la seconde année consécutive j’aurai le plaisir de participer à la 11ème édition de Toulouse Polars du Sud qui se tiendra du vendredi 11 au dimanche 13 octobre 2019,  dans le quartier populaire du Mirail, autour de la libraire indépendante de La Renaissance.

     

    Toujours orienté vers les littératures du sud, on se réjouit d’apprendre que c’est le cubain Léonardo Padura, auteur notamment de 9 ouvrages mettant en scène Mario Conde détective privé et bouquiniste à ses heures, qui officiera comme parrain pour cette nouvelle édition en présentant son nouveau roman, La Transparence Du Temps (Métaillé 2019).

     

    Et puisqu’il est question du sud, il faut évoquer la sélection de six ouvrages écrits dans une langue du sud pour le prix Violeta Negra Occitanie, dans laquelle figure La Légende Santiago, nouvel opus de Boris Quercia nous permettant de retrouver Quinones Santiago, un flic déjanté officiant à Santiago du Chili.

     

     

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    Autre prix que l'on retrouve pour une seconde édition, le prix des chroniqueurs de Toulouse Polar du Sud comprend également une sélection de six romans :

     

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    Tuer Jupiter de François Médéline. La Manufacture de livres.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Les Mafieuses de Pascale Dietrich. Liana Levi.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Trois Fois La Fin Du Monde de Sophie Divry. Noir sur blanc (collection Notabilia).

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Pension Complète de Jacky Schwatrzmann. Seuil (collection Cadre Noir).

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Requiem Pour Une République de Thomas Cantaloube. Gallimard (Série Noire).

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Grise Fjord de Gilles Stassard. Rouergue Noir

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Votre serviteur ainsi que Bruno Le Provost du blog Passion Polar, Caroline De Benedetti du site Fondu Au Noir, Jean-Marc Laherrère  du site L’Actu du Noir, Yan Lespoux du blog Encore du Noir et présidé par Laurence Darbas du blog Evadez-Moi avons délibéré intensément afin de désigner le lauréat dont le nom sera dévoilé le samedi 12 octobre 2019 lors de la cérémonie d'inauguration du festival. En attendant vous pouvez consulter les sites de ces blogueurs émérites afin de puiser quelques romans de qualités. Ils seront d'ailleurs présents pour toute la durée de l'événement afin d'évoquer les parutions de l'année.

     

    Mais l'intérêt d'un festival comme Toulouse Polars du Sud, c'est bien évidemment la qualité et la diversité de sa programmation, agrémentée d'une convivialité sans faille qui font de cette rencontre avec les auteurs, un grand moment de popularité où les lecteurs de tous les horizons y trouveront leur compte. Ainsi durant ce week-end nous aurons l'occasion de croiser 58 romanciers de la littérature noire parmi lesquels figurent Hervé Le Corre, Kent Anderson, Victor Del Arbol, Pascal Dessaint, François MédélineMagdalena Parys, Frédéric Paulin, Gilles Sebhan, Boris Quercia, Colin Niel, James Carlos Blake, Jean-Hugues Oppel et Titwane, auteur de l'affiche du festival, qui a illustré plusieurs BD reportages sur différentes brigades de police dont la crime et les mineurs.

     

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  • POLARS : REVUE DE PRESSE PRINTANIERE OU LA DEMISSION DES JOURNALISTES LITTERAIRES

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    Capture d’écran 2015-04-03 à 13.34.47.pngIl faut vous rendre sur la page culturelle de la Tribune de Genève. Cliquez sur l’onglet « culture » puis sous la rubrique « livre » où vous ne trouverez aucune critique d’ouvrage. C’est symptomatique. Quant au cahier culturel du samedi, n’espérez pas trouver beaucoup de polars. Les chroniques sur ce genre littéraire sont de l’ordre de l’anecdotique. Ce n'est, de loin pas, un particularisme de ce quotidien. Alors quand un bloggeur invité au Quai du Polar à Lyon déclare que les blogs littéraires sont un complément de la presse traditionnelle, je me dis que le consensus n’a plus de limite. Que ne ferait-on pas pour obtenir une photo de Ellory !? Mais pour être totalement clair, il faut clamer haut et fort que les blogs littéraires et particulièrement ceux qui s’intéressent aux romans noirs et policiers se substituent aux journalistes qui ne font plus leur boulot. Le danger réside dans le fait que bon nombre de ces blogs reprennent les travers des critiques littéraires en effectuant un service de presse dégoulinant de mièvrerie, que l’on devine à la solde de certaines maisons d’édition.

     

    Une chose est certaine, le Quai du Polar à Lyon est désormais une institution sur laquelle se cale toute cette presse littéraire pour proclamer à l'unisson son amour du roman policier. A l’image d’un renouveau printanier, les hors-séries et éditions spéciales bourgeonnent dans vos kiosques à journaux faisant ainsi écho au tapage médiatique, parfois insupportable, d’un festival qui prend une tournure de plus en plus commerciale. Mais qu’apprend-t-on de nouveau dans ce déluge de médias saisonniers ? Pour le dire tout net pas grand chose. La même célébration d’auteurs connus, reconnus ou « surconnus ». La même considération d’un genre autrefois méprisé qui deviendrait l’égal des autres. Et surtout la certitude que la presse littéraire ne fait pas son boulot tout le restant de l’année en consacrant à peine quelques pages, et c’est déjà énorme, à ce genre qu’elle découvrirait tout d’un coup au printemps. Allez examiner les pages culturelles des hebdomadaires ou des quotidiens pour vous rendre compte que le polar n’est pratiquement jamais exposé sur le devant de la scène, ce qui est plutôt un paradoxe au regard de l’intérêt affiché des lecteurs.

     

    Capture d’écran 2015-04-03 à 23.05.14.pngLe magazine Lire du mois d’avril en est le parfait exemple. Cette revue nous livre, au mois de mars, les 10 meilleurs polars de l’année 2015 ! Pour le reste vous découvrirez une série de clichés sur Los Angeles au travers d’un reportage consacré à Michael Connelly qui vous expliquera qu’il peut demander à ses assistants les précisions ou détails techniques nécessaires à l’élaboration de son livre, ceci à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Vous passerez par un article sur le renouveau du polar espagnol où l’on « découvre » des auteurs comme Victor de Arbol ou Carlos Salem. Pour achever ce tour d’horizon consternant il faudra lire l’édito de François Busnel qui décrète que « le polar est un roman comme les autres », affirmation à laquelle on a envie de répliquer : fort heureusement non, le polar n'est pas un roman comme les autres !

     

    Capture d’écran 2015-04-03 à 23.06.09.pngL’hebdomadaire Books relève un peu le niveau en effectuant un tour du monde du polar. Malheureusement, les traductions d’articles de journalistes étrangers n’amènent que très peu d’éléments nouveaux ou originaux en mettant en lumière des auteurs qui sont, pour la plupart, bien trop connus à l’exemple de Nesbo, Peace, James Lee Burke. On appréciera tout de même le détour en Pologne pour faire la connaissance de Zygmunt Miloszewski qui nous livre un portrait sans fioriture de son pays.

     

    C’est avec le hors série polar de Marianne que l’on aura d’avantage de satisfaction, même si le magazine n’évite pas l’écueil du « déjà lu » en présentant par exemple pour les USA des auteurs comme Ellroy, Pelecanos, Burke ou Lehane. On s’attardera donc plutôt sur les articles consacrés à l’Amérique du Sud, notamment avec un éclairage sur les auteurs des Caraïbes et de l’Argentine et un trop court sujet sur la jeune garde des maisons noires comme les Furieux Sauvages, jeune maison d’édition suisse de Valérie Solano.

     

    C’est donc avec des revues comme 813 ou l’Indic que vous découvrirez tout au long de l'année, de manière plus sérieuse, l’univers du polar et du roman noir. Des revues bien trop confidentielles, mais qui n’en demeurent pas moins des références dans le paysage de la presse littéraire sinistrée.

    Capture d’écran 2015-04-03 à 23.09.25.pngCapture d’écran 2015-04-03 à 23.11.20.png

     

     

     

    A lire en écoutant : Comme à Ostende interprété par Arno. Album : Cover Cocktail. Virgin 2008.

     

  • AGUSTÌN MARTÌNEZ : MONTEPERDIDO. PERSONNE NE TE CHERCHE.

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    Capture d’écran 2017-08-31 à 01.39.46.pngJe sais que parfois je rabâche un peu, mais je me vois, une fois de plus, contraint de vous recommander de faire un tour du côté de la production littéraire du polar espagnol dont j'ai fait l'éloge à de multiples reprises que ce soit avec Victor del Árbol, Carlos Zanòn ou tout dernièrement Andreu Martin qui nous entraînait dans les méandres d'une triade chinoise réglant ses comptes dans les rues de Barcelone. Dans un autre registre, il conviendra de s'intéresser à Monteperdido, premier roman d'Agustìn Martìn dont l'intrigue se déroule dans la promiscuité d'une bourgade nichée au creux d'une vallée perdue des Pyrénées espagnoles. Même s'il aborde le schéma classique de l'enlèvement d'enfants, Monteperdido déroutera le lecteur de par son rythme plutôt lent qui permet d'appréhender toutes les interactions entre les nombreux personnages qui peuplent cet ouvrage en surfant sur les codes du polar bien évidement, mais également sur ceux du thriller et du roman noir que l'auteur parvient à conjuguer avec un bel équilibre.

    Monteperdido, village niché aux pieds des plus hauts sommets des Pyrénées, a défrayé la chronique judiciaire avec la disparition d’Ana et Lucia, deux fillettes de onze ans qui ont disparues sans laisser de trace. Toutes les recherches sont restées vaines et cinq ans se sont passés lorsque l’on retrouve une voiture accidentée au fond d’un ravin. Dans l’habitacle, le cadavre d’un homme et une jeune adolescente inconsciente que l’on identifie très rapidement. Il s’agit d’Ana. Dès lors, ce sont deux inspecteurs dépêchés de Madrid, Sara Campos et Santiago Baìn, qui reprennent l’affaire avec l’appui de la guardia civil. Et le temps presse pour localiser Lucia. Qui peut bien être ce mystérieux ravisseur ? Que s’est-il passé durant ces cinq années ? Et que craint Ana en se murant dans le silence ? Des questions qui restent sans réponse, d’autant plus que les policiers se heurtent rapidement à l’hostilité des habitants déterminés à régler leurs affaires entre eux pour conserver leurs plus vils secrets.

    Pour les adeptes des rythmes trépidants et des rebondissements sans fin il faudra passer son tour avec Monteperdido qui se cale sur l’atmosphère majestueuse de cette région montagneuse dans laquelle se déroule un récit emprunt d’une certaine forme de spleen tout en distillant un climat oppressant au sein d’une localité où les habitants vivent en vase clos une bonne partie de l’hiver. Habile, précis, Agustìn Martìnez réussit à mettre en place une kyrielle de personnages évoluant dans un décor qu’il parvient à décrire avec une belle force poétique permettant au lecteur d’éprouver les sensations que procurent cette faune et cette flore qui prennent une part prépondérante dans le cours de l’intrigue. Ainsi, l’auteur parvient à tisser une espèce de toile complexe pour dépeindre les diverses interactions entre les différents membres de cette communauté s’ingéniant à dissimuler quelques fautes inavouables. Comme des cercles qui s’entrecroisent on suit les différents ensembles de protagonistes qui interagissent soit dans le cadre familial des fillettes disparues ou de l’enquête qui est en cours mais également dans le microcosme des autres membres du village qui interviennent parfois pour relancer le récit dans une succession de rebondissement savamment équilibrés. Loin des clichés de carte postale et sans jamais en abuser, Agustìn Martìnez parvient également à intégrer le folklore et les traditions, notamment liées à la chasse, de cette province de Huesca que ce soit par le biais des spécialités culinaires mais également des légendes locales qui prennent une dimension particulière au fur et à mesure de l’avancée de l’enquête.

    Finalement assez éloignée des schémas classiques, malgré les apparences, l’intrigue tourne, pour une partie, autour du duo atypique que forme les deux inspecteurs chargés de l’enquête. Dans ce village replié sur lui-même, les deux policiers deviennent l’élément perturbateur qui met à mal l’apparente quiétude d’habitants tenaillés par leurs angoisses respectives et bouleversés par cette disparition inexplicable qui ne devenait plus qu’un lointain souvenir soudainement ravivé avec la réapparition de la jeune Ana. Les deux enquêteurs entretiennent une relation singulière puisque Santiago Baìn, vieux policier proche de la retraite endosse le rôle de pygmalion auprès de Sara Campos, jeune inspectrice tout en émotion et sensibilité qu’il a recueillie au terme d’une adolescence mouvementée où la jeune fugueuse se rendait compte que ses parents n’avaient même pas pris la peine de signaler sa disparition. On perçoit ainsi toute la vulnérabilité de cette enquêtrice déterminée, dont la quête pour retrouver les deux jeunes filles prend subitement une tout autre forme avec cette allégorie sur l’existence de l’homme au travers du regard des autres. Le roman emprunte ainsi des thèmes chers à Borges à qui l’auteur rend hommage par l’entremise de quelques vers du poète argentin qui émaillent le texte et quelques clins d’œil, comme ces labyrinthes que l’inspectrice dessine dans la marge de ses notes.

    Conte crépusculaire qui se décline sous la forme d’un huis clos tragique et oppressant Agustìn Martìnez intègre avec Monteperdido tous les archétypes du polar pour mieux les détourner afin de nous livrer une intrigue déroutante qui n’épargne aucun des protagonistes qui s’enlisent dans une tragédie noire et sordide sans concession et sans espoir. Poignant et dramatique.

     

    Agustìn Martìnez : Monteperdido. Actes Sud/Actes Noirs 2017. Traduit de l’espagnol par Claude Bleton.

    A lire en écoutant : What’s A Girl To Do de Bat For Lashes. Album : Fur And Gold. The Echo Label Ltd 2011.

     

     

  • Jean-François Vilar : Nous Cheminons Entourés De Fantômes Aux Fronts Troués. Pour ne pas oublier.

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    jean-français vilar, nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, éditions du seuil, éditions pointsQue ce soit dans les médias, sur les réseaux sociaux ou sur les blogs, il n'est plus question que de rentrée littéraire qui débarque de plus en plus tôt sur les étals de nos librairies avec une cohorte d'ouvrages grands formats reléguant les collections de livres de poche dans les rayonnages. Si vous n'êtes pas encore enfiévré par cette quête des nouveautés et si vous fouinez un peu, peut-être aurez-vous la chance de dénicher un roman de Jean-François Vilar. Peu importe le titre, prenez-le. Vous ne le regretterez pas car il s'agit de romans noirs d'une grande envergure tant au niveau de l'écriture qu'au niveau de l'intrigue où l'on perçoit l'engagement politique de l'auteur comme militant trotskiste. Durant les vingt-et-une dernières années de sa vie, Jean-François Vilar n'a publié que deux nouvelles et on peut se dire qu'avec un roman comme Nous Cheminons Entourés De Fantômes Aux Fronts Troués, publié aux éditions du Seuil en 1993,il n'avait peut-être plus rien d'autre à ajouter en parvenant au sommet de son art. Evoquant notamment l'écrasement du Printemps de Prague, dont on "célèbre" les 50 ans, Nous Cheminons Entourés De Fantômes Aux Fronts Troués aborde, avec une certaine forme de désenchantement empreint de nostalgie, plusieurs époques révolues comme la lutte des proches de Trotski qui doivent survivre à Paris en 1938 ainsi que l'effondrement du mur de Berlin en 1989 et cette fameuse révolution de Velours qui précipita la chute du Parti communiste tchécoslovaque.

     

    En 1989, après trois ans de captivité, le photographe Victor Blainville débarque à Paris avec son compagnon d'infortune Alex Katz. On parlerait bien de cette libération des deux otages, mais l'actualité se trouve soudainement chamboulée avec l'annonce de la chute du mur de Berlin. Déboussolé, Victor peine à retrouver ses repères, ceci d'autant plus que son appartement a été complètement vidé. Tant bien que mal, la vie reprend son cours lorsque survient la mort d'Alex. Un malheureux accident ? Une exécution ? Qui peut le dire ? Victor trouvera peut-être la réponse dans le mystérieux journal du père d'Alex qu'on lui a confié. Rédigé en 1938, il découvre les événements d'une autre époque qui semblent faire écho à cette période chamboulée. Et si l'histoire n'était qu'un éternel recommencement ? Un adage funeste où les fantômes se rappellent aux bons souvenirs de ceux qui survivent.

     

    Il s’agit bien d’une balade à la fois funèbre et poétique dans ces rues de Paris qui deviennent des lieux ou plutôt des liens de transition pour passer d’une époque à l’autre en déterrant les secrets enfouis dans les méandres de l’histoire. Bâtiments, monuments, tout est prétexte pour suivre les pérégrinations hasardeuses de Victor Blainville ce photographe presque désinvolte dont on ignore les circonstances de sa captivité qui l’a éloigné de Paris durant trois années. Un mystère de plus pour ce guide étrange, presque las de tout, dont le nom rend hommage à Marcel Duchamp qui fait partie de ce courant surréaliste que l’auteur affectionne tant. Il en sera d’ailleurs constamment question tout au long du récit où nous aurons l’occasion de croiser André Breton, Salvatore Dali, Paul Delvaux et bien d’autres notamment au cours de cette première exposition internationale du Surréalisme se déroulant en 1938. Une année charnière de l’intrigue puisqu’il s’agit également de la période où Lev Sedov, le fils de Trotsky, meurt dans d’étranges circonstances qui seront évoquées sous la forme d’un mystérieux journal qui ne recèle que la « vérité » de son auteur mais qui va offrir à Victor une espèce d'échappatoire salutaire. Engagements et trahisons, Jean-François Vilar met en scène avec une belle intensité tous les aléas d’une lutte dévoyée qui n’a plus rien de révolutionnaire mais dont l’inspiration reste éternel. Texte érudit mais complètement accessible, c’est par le prisme de cette littérature noire que l’auteur parvient à secouer l’histoire dans le choc des circonstances et des rencontres improbables. De l’audace des surréalistes aux conflits larvés entre staliniens et trotskistes, des étreintes dans un hôtel que fréquentait Burrough et Kerouac à l’effervescence de cette Révolution de Velours, Jean-François Vilar romance l’histoire avec le talent de celui qui en maîtrise toutes les arcanes dans un entrelacs d’époques qu’il nous projette au travers d’intrigues qui ne doivent pas forcément apporter toutes les réponses. Dans ce labyrinthe de rues et de passages obscurs, le lecteur s’égare ainsi dans l’incertitude de personnages refusant de livrer tous leurs secrets et va cheminer, parfois en vacillant, entourés de fantômes et de regrets mais avec la conviction d’avoir découvert un grand roman noir que l’on ne pourra pas oublier.

     

    Jean-François Vilar : Nous Cheminons Entourés De Fantômes Aux Fronts Troués. Editions du Seuil 1993. Edition Points 2014.

    A lire en écoutant : Body And Soul de John Coltrane. Album : Coltrane’s Sound. 1964 Atlantic Records.

  • Jean-Hugues Oppel : French Tabloïds. Elections : vous en rependrez bien encore un peu ?

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    FRENCH TABLOÏDS

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    Après des élections municipales bien trempées et pour ceux qui ne seraient pas saturés de slogans ravageurs sur l'insécurité, cap sur la France avec un polar où vous pourrez passer en revue les gros titres des médias français auxquels nous avons eu droit entre mars 2001 et avril 2002, année où un certain Jacques C. a obtenu un score stalinien de 82 % des suffrages contre un certain Jean-Marie Le P.

     

    Dans ce contexte voici le point de vue d'un auteur pour expliquer comment les électeurs ont été contraint à un tel choix : « French Tabloïds » de Jean-Hugues Oppel.

     

    Avec ce roman, Jean-Hugues Oppel nous entraine dans les arcanes des agences de communication, des services secret et de la police qui œuvrent toutes pour quele grand raout des élections présidentielles ne soient plus qu'une formalité. On y suit également le parcours d'un homme solitaire qui glisse doucement dans une paranoïa démente.

     

    L'auteur parvient à mêler habilement  fiction et faits d'actualité en s'inspirant du style de James Ellroy. En fait, il s'agit, ni plus ni moins, d'un hommage réussi à l'un des maîtres du polar. Outre le titre qui fait évidemment référence à American Tabloïds, on trouve le même rythme dans l'écriture et chaque chapitre est précédé d'une série de gros titres extraite des divers médias qui ont ponctué la vie des français durant cette période.

     

    Sans être aussi dense et aussi détaillé que l'œuvre à laquelle elle fait référence, cette histoire bien menée et bien rythmée se lit d'une traite. Jean-Hughes Oppel décrit sans concession la grande manipulation des masses et les magouilles étatiques pour y parvenir et que l'on y adhère ou pas, on se laisse emporter pour suivre les tribulations de l'infâme commissaire Jacques Lerois, du lieutenant de police Hélène Carvelle, du machiavélique Piers Goodwhille, de la mystérieuse agence PML Consulting et surtout du banal mais très inquiétant Victor Courcaillet. Une histoire qui n'a presque aucun rapport avec notre actualité politique locale !

     

    A l'exception des aficionados du roman noir, Jean-Hugues Oppel n'a pas la reconnaissance qu'il mérite alors que c'est un auteur majeur du polar français. Six Pack (dont on a tiré une médiocre adaptation au cinéma), Brocéliande-sur-Marne, Chaton : Trilogie et Cartago sont quelques un de ses romans dans lesquels gravitent fréquemment héros dépassés et sinistres criminels diaboliques. Mais pas de détective, flic ou méchants récurrents au gré de histoires. Un pari courageux lorsque l'on voit les succès commerciaux de certains auteurs qui usent parfois leurs personnages principaux jusqu'à la corde (non je ne donnerai pas de noms).

     

    Avec Jean-Hugues Oppel vous vous plongerez dans des récits engagés, tous plus originaux les un que les autres où l'auteur marie très fréquemment politique et polar qui ne font jamais très bon ménage.

     

    Jean-Hugues Oppel : French Tabloïds. Edition Rivages/Thriller 2005.