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  • Abir Mukherjee : Les Princes De Sambalpur. Les clés du pouvoir.

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    Capture.PNG"Lire c'est voyager; voyager c'est lire" jamais la citation de Victor Hugo n'aura été aussi appropriée en ces temps quelque peu troublés où il ne nous reste plus que la lecture pour explorer d'autres horizons. Dans un tel contexte, on peut également profiter du voyage pour remonter dans le temps afin de nous retrouver à l'époque de l'Inde coloniale comme nous y a convié le romancier Abir Mukherjee avec son premier roman L'Attaque du Calcutta-Darjeeling en nous permettant ainsi de découvrir les aventures du capitaine britannique Sam Wyndham et de son acolyte indien, le sergent Satyendra Banerjee, officiant tous deux au sein de la police impériale du Bengale. Un dépaysement garanti que l'on retrouve avec Les Princes De Sampalpur, second opus de la série, qui prend pour cadre l'un des nombreux royaumes de l'Inde régit par les maharadjahs sous la haute autorité du vice-roi des Indes. Oscillant, dans un bel équilibre, entre le récit historique et l'intrigue policière on ne manquera pas d'apprécier cette intrigue nous rappelant les romans d'Arthur Conan Doyle et de son célèbre détective souffrant d'addiction tout comme Sam Wyndham qui fréquente assidument les fumeries d'opium afin de se remettre momentanément de son passé de vétéran de la Première guerre mondiale.

     

    Juin 1920. En visite à Calcutta, le prince de Sambalpur est assassiné alors qu’il était accompagné de son ancien camarade de classe, le sergent Banerjee et du capitaine Wyndham. Le meurtrier, un étrange homme religieux, est parvenu à prendre la fuite une fois son forfait accompli. Affecté par ce meurtre, les deux policiers accompagnent la dépouille du prince en étant persuadé de trouver le commanditaire du meurtre au sein du royaume suscitant bien des convoitises avec ses célèbres mines de diamants. Au terme du voyage, ils sont reçus par le vieux maharadjah de Sampalpur, extrêmement éprouvé par la disparition de son fils, qui décide de leur confier l’enquête concernant les circonstances entourant sa mort. En passant des rituels religieux funéraires à la chasse au tigre à dos d’éléphant, Wyndham et Banerjee vont tenter de démêler les multiples intrigues qui se nouent dans les couloirs du fastueux palais du maharadjah en essayant de découvrir les mobiles du meurtre qui leur permettront de démasquer l’assassin. Mais il leur faudra toute leur volonté, quitte à forcer les portes du zénana, le harem du maharadjah au sein duquel ils trouveront peut-être quelques réponses à leurs risques et périls.

     

    Au niveau de l’intrigue policière, Les Princes De Sambalpur prend l’allure d’un « whodunit » que ne renierait pas les amateurs de Sherlock Holmes, même si le capitaine Wyndham est doté d’un esprit de déduction bien moins alambiqué que son illustre homologue. L’enjeu du récit consiste donc à déterminer qui est le commanditaire du meurtre du prince en découvrant les mobiles de cet acte tout en constatant, au gré des investigations des deux policiers, que les raisons peuvent être multiples au sein d’un petit royaume où les convoitises sont nombreuses à l’instar de cette vente d’une mine de diamants dont le prix semble surévalué. C’est ainsi l’occasion de découvrir les multiples personnages qui composent ce petit microcosme qui a réellement existé au temps de la splendeur des maharadjahs dont la multitude de royaumes composaient avec l’occupant britannique en nous donnant une idée du fonctionnement qui régit ces deux entités dont l’instauration d’une institution telle que la Chambre des princes censée donner l’illusion d’une certaine autonomie desdits royaumes. On découvre ainsi tout l’aspect des enjeux politiques qui vont nous donner une idée des ambitions contradictoires des différentes factions que comptent le royaume de Sambalpur. C’est peut-être là que réside tout le génie de l’auteur qui parvient, au fil d’une intrigue policière bien menée, à intégrer les éléments du contexte historique de l’époque, ceci sans que l’on ne ressente une quelconque lourdeur. Et puis il faut bien avouer que l’on apprécie cette atmosphère exotique qu’Abir Mukherjee restitue avec une belle justesse conjuguée à un humour caustique que l’on ne manquera pas d’apprécier surtout lorsqu’il vient du sergent Banerjee qui porte une regard circonspect sur le monde qui l’entoure. Avec ce décalage entre la vision du capitaine Wyndham et celle du sergent Banerjee, c’est également l’occasion de mettre en lumière les différentes strates sociale qui composent l’Inde de l’époque à l’instar de cette scène où le personnage principal observe, depuis le luxueux compartiment du train du maharadjah qu'il occupe, une famille modeste qui attend sous la pluie battante de la mousson le train qu’ils doivent emprunter et dont l’arrivée semble incertaine. On observera également, au terme d’un récit dont l’épilogue surprendra plus d’un lecteur, la place faite aux femmes au sein d’un royaume de Sambalpur où le harem semble bien éloigné de l’image que l’on pourrait s’en faire avec des épouses et des concubines qui savent parfaitement composer avec leurs conditions pour parvenir à tirer les ficelles du pouvoir.

     

    Brillant second récit d’une série de romans policiers prometteurs, Les Princes De Sambalpur conjugue avec une belle maîtrise le récit historique et l’intrigue policière qui séduiront ainsi les lecteurs les plus exigeants en quête d’évasion. Exotique et caustique.

     

     

    Abir Mukherjee : Les Princes de Sambalpur. Editions Liana Levi 2020. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Franchita Gonzalez Battle.

     

    A lire en écoutant : Prabhati de Yehudi Menuhin & Ravi Shankar. Album : Menuhin Meets Shankar. 1988 EMI Classic.

  • Abir Mukherjee : L’Attaque Du Calcutta-Darjeeling. Indian connection.

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    Abir Mukherjee, l'attaque du Calcutta Darjeeling, éditions liana leviComme son nom ne l’indique pas, Abir Mukherjee est un romancier britannique qui a vécu une majeure partie de sa vie en Ecosse et plus particulièrement à Glascow, une ville qui a connu gloire et déclin tout comme Calcutta, cité de l’état du Bengale, où se déroule les aventures du capitaine Sam Wyndham, ancien agent de Scotland Yard et vétéran de la première guerre mondiale qui choisit d’intégrer la police impériale du Bengale. Secondé du sergent Satyendra Barnejee, natif de cette Inde colonisée par les britanniques, les deux personnages incarnent finalement les deux facettes d’un auteur qui a baigné entre la culture anglaise et la culture indienne dont ses parents sont originaires. Premier opus d’une série qui compte déjà quatre ouvrages, L’Attaque Du Calcutta-Darjeeling se présente sous la forme d’un récit policier aux consonances historiques, non dénué d’humour, qui débute en 1919 alors qu’une vague d’agitation secoue l’ensemble du pays déjà en quête de son indépendance qui n’est pas au goût d’un occupant britannique bien décidé à conserver l’un des plus grands joyaux de son empire.

     

    Calcutta, 9 avril 1919. A peine débarqué en Inde et investi de sa fonction de capitaine au sein de la police impériale du Bengale, le capitaine Sam Wyndham doit enquêter sur le meurtre d’un haut fonctionnaire de la colonie dont on a retrouvé le corps dans les bas-fonds de la ville, à proximité d’un bordel offrant ses services aux notables de la cité. Avec l’appui du sergent Satyendra Barnejee, le capitaine Wyndham va mener ses investigations au coeur d’une ville complexe dont la chaleur moite et frelatée semble susciter quelques vocations de révolte à l’encontre des occupants britanniques. Grèves et émeutes secouent la cité ainsi que les régions avoisinantes avant de se propager dans tout le pays, rendant les investigations d’autant plus compliquées que ce sont les services secrets militaires qui s’en mêlent en trouvant au sein des groupuscules terroristes, le coupable idéal. Mais Wyndham est bientôt convaincu que la solution est loin d’être aussi simpliste et va poursuivre ses investigations en dépit des conseils avisés de ses supérieurs.

     

    Tournant autour d’une trame historique qui prend pour cadre l’indépendance de l’Inde, L’Attaque Du Calcutta-Darjeeling se focalise sur le massacre d’Amritsar où des soldats britanniques tirèrent sur des manifestants indiens qui protestaient contre le Rowlatt Act, un décret autorisant le gouvernement à emprisonner arbitrairement les agitateurs qui avaient des velléités d’indépendance. On croise donc ainsi le brigadier-général Dryer, responsable du massacre qui fit plusieurs centaines de morts et plus d’un millier de blessés. Outre ce sinistre personnage historique, on découvre également tout ce qui se trame autour du vice-gouverneur du Bengale avec l'influence des différents services gouvernementaux et des.notables du pays qui cherchent tous à obtenir ses bonnes grâces afin de mener à bien leurs affaires respectives. C'est dans un tel contexte qu'évolue le capitaine Sam Wyndham, personnage central de la série, au sein d'une ville de Calcutta sous tension que l'auteur décrit avec force de détails afin de nous immerger dans cet environnement exotique plutôt suffoquant. L'esprit ravagé par les souvenirs de la Grande Guerre, accroc aux drogues opiacées, le capitaine Wyndham est un homme de devoir qui sait pourtant se remettre en question en trouvant parfois l'inspiration dans les fumeries d'opium qu'il fréquente assidument en parcourant ainsi les bas-fonds de la ville pour ensuite nous entrainer dans les grands salons que fréquentent le gotha britannique. L'auteur nous permet ainsi d'avoir une vue d'ensemble de cette ville de Calcutta qui oscille entre le charme des quartiers de la bourgeoisie anglaise et le cauchemar des bas quartiers peuplés et miséreux qu'occupent la population indienne dont on perçoit les difficultés par l'entremise du sergent Satyendra Barnejee dont la loyauté vis à vis de l'occupant est mise à mal par les excès que commettent l'armée britannique qui tente de mater la révolte qui gronde dans le pays. Sur fond d'émeutes et de complots pour court-circuiter une enquête aux entournures politiques, l'intrigue qui débute sous la forme d'une enquête policière se poursuit sur le registre d'un récit d'aventure aux contours surprenants qui ne manqueront pas de bousculer le lecteur qui ne découvrira qu'en toute fin de récit le dénouement d'une enquête passionnante. 

     

    Sur fond d'un humour grinçant qui met en exergue la dichotomie entre deux cultures intrinsèquement opposées, L'Attaque Du Calcutta-Darjeeling, nous permet de faire la connaissance de ce duo atypique que forme le capitaine Wyndham et le sergent Barnejee dans le contexte exotique de l'Inde dont on découvre les débuts d'une quête vers l'indépendance qui va durer plusieurs années. Passionnant. 

     

     

    Abir Mukherjee : L’Attaque Du Calcutta-Darjeeling (A Rising Man). Editions Liana Levi 2019. Traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Battle.

     

    A lire en écoutant : Sampooran de Meekal Hasan Band. Album : Sampooran. 2004 MHB Music.

  • FRANCOIS MEDELINE : L’ANGE ROUGE. ORCHIDEE FATALE.

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    Service de presse.

     

    A la lecture des romans de François Médéline on ne peut s’empêcher d’éprouver une espèce de perte de contrôle avec des récits intenses comme La Politique Du Tumulte (La manufacture de livres 2012) parfois étranges comme Les Rêves De Guerre (La manufacture de livres 2014) voire même déjantés à l’instar de Tuer Jupiter (La manufacture de livres 2018) mettant en scène l’assassinat du président Macron. Comme à l’accoutumée, avec une écriture vive et un style tranchant qui donne le vertige, le lecteur, malmené dans la fureur du récit, va retrouver cette sensation de perte de contrôle dans son dernier opus, L’Ange Rouge dont l’action se situe à Lyon en mettant en scène un groupe de la brigade criminelle de Lyon traquant un tueur en série dont la particularité consiste à peindre une orchidée sur le corps de ses victimes. Flics borderlines, serial killer, à l’image des livres d’Ellroy dont il revendique l’influence, François Médéline nous concocte une intrigue aussi trouble qu’insensée dont l’ambition va bien au-delà des standards d’un thriller à la trame usée jusqu’à la corde, pour nous livrer un ouvrage ambitieux qui oscille entre le roman noir et le polar procédural.

     

    Lyon 1998. Alors que la nuit tombe, on distingue un étrange radeau dérivant sur les flots sombre de la Saône. Eclairée de torches enflammées, on peut distinguer sur l’embarcation un corps mutilé sur lequel on a peint une orchidée avant de le placer sur une croix en bois. Elaborée, macabre, la mise en scène marque les esprits pour celui que l’on appelle désormais le crucifié de la Saône  devenant ainsi une affaire spectaculaire qui échoit au commandant Alain Dubak et à son groupe de la brigade criminelle. Pression hiérarchique et médiatique, le groupe livre désormais une course contre la montre en traquant un tueur déterminé et audacieux qui les contraindra à violer les toutes les procédures tout en mettant leur intégrité physique en danger. Ils risquent bien d’y perdre aussi la raison.

     

    Que l'on se le tienne pour dit, L'Ange Rouge va bien au-delà des stéréotypes du thriller avec cette sempiternelle confrontation entre un serial-killer forcément retord et un enquêteur borderline dont le passé tourmenté ressurgit à mesure de l'avancée de ses investigations. François Médéline bouscule donc les codes à la façon d'un James Ellroy en nous offrant un récit extrêmement bien calibré où l'on retrouve, plus que le style syncopé, répétitif qu'il emploie, une intrigue à la fois adroite et profonde avec cette sensation de folie et parfois même de génie qui fait forcément référence au maître du polar américain. Pavé nerveux de près de 500 pages de ce qui s'avère être une série à venir, L'Ange Rouge s'articule autour de l'ensemble d'un groupe de la criminelle dont les protagonistes sont soumis bien évidemment aux aléas des investigations qu'ils doivent mener collectivement mais également aux pressions de la hiérarchie et des instances judiciaires dont on découvre toutes les arcanes et les enjeux que François Médéline décline avec rigueur et précision sans que l'on éprouve cette lourdeur d'une exactitude outrancière des procédures policières avec à la clé un mariage réussi en fiction et réalisme qui comblera les lecteurs les plus exigeants. Même si l'on découvre l'ensemble des membres qui compose ce groupe de la brigade criminelle de Lyon, il va de soi que l'on va se focaliser sur deux enquêteurs atypiques que sont Alain Dubak, commandant dudit groupe secondé de Mamy, son adjointe inamovible de la vieille école qui se gave de sucreries et sait manier le tonfa avec dextérité lui permettant de "dialoguer" avec les prévenus les plus mutiques. Un duo détonant qui compose avec les autres membres du groupe ainsi que les services d'appuis de la police qu'ils soient scientifiques ou psychologiques qui vont intervenir dans cette enquête qui risque à tout moment de s'enliser dans les méandres des fausses pistes. Personnage central du récit, on appréciera ce commandant Dubak, forcément borderline, mais pas trop, qui oscille entre certitudes et doutes en le faisant parfois basculer du côté de "procédures" qui ne sont pas forcément conformes aux directives policières. Issu de la brigade des stupéfiants où il a été affecté trop longtemps en consommant les produits qu'il saisissait, Dubak est un homme blessé, fragile qui tente de se remettre de ses excès, même si la démarche se révèle plutôt difficile tant les tentations sont nombreuses. Mais cette fragilité devient une force avec cette capacité à se retrouver sur le seuil de la folie qui devient un atout dans le cadre de cette traque au tueur en série.

     

    Et puis avec L'Ange Rouge il y a cette ville de Lyon et sa région que l'on découvre au gré d'un récit qui fait la part belle aux particularismes de la cité que ce soit sur le plan géographique bien sûr, mais également avec la dimension sociale et politique nous permettant de nous glisser dans les méandres des milieux extrémistes qu'ils soient de droite ou de gauche mais également dans le monde estudiantin de l'art. Natif de la région, François Médéline nous immerge ainsi avec quelques petites touches bien équilibrées dans le cadre de cette capitale de la Gaule que l'on parcoure dans tous les sens au détour du charme de ses traboules mais également d'endroits plus glauques comme les égouts de la ville abritant quelques sympathisants anarchistes qui vont interférer dans le cours de l'enquête. On le voit, même s'il s'agit bien d'un roman policier on retrouve quelques thématiques politiques, chères à l'auteur, qui donnent encore plus d'ampleur à un récit qui n'en manquait pas.

     

    Cocktail explosif de talent et de folie, L'Ange Rouge, premier opus d'une série à venir, nous réconcilie définitivement avec les histoires de tueur en série au détour d'un récit énergique et fascinant en côtoyant des personnages hauts en couleur que l'on se réjouit déjà de retrouver.

     

    François Médéline : L’Ange rouge. La Manufacture de livres 2020.

     

    A lire en écoutant : People Ain’t No Good de Nick Cave. Album : The Boatman’s Call. 2011 Mute Records Ltd.

  • Tiffany McDaniel : Betty. Petite indienne.

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    tiffany mcdaniel,petite indienne,gallmeisterAu-delà des auteurs inamovibles et de leurs romans annuels que l’on retrouvera en tête de gondole et dont le succès est déjà assuré, on observe durant la période de la rentrée littéraire ce phénomène de livres émergeant du flot des publications pour connaître un engouement unanime aussi bien sur les réseaux sociaux qu’au travers des médias traditionnels qui relaient ainsi un enthousiasme qui devient presque suspect ceci d’autant plus qu’il s’agit bien souvent d’un premier roman à l’instar de Ce Qu’il Faut De Nuit de Laurent Petitmangin (La Manufacture de Livres 2020) ou My Absolute Darling de Gabriel Tallent (Gallmeister 2019). On assiste ainsi à une espèce de traditionnelle « success story » ou de conte de fée littéraire que les journaux, radios et plateaux télé vont amplifier jusqu’à devenir assourdissant voir même assommant tant on a l’impression d’entendre les mêmes considérations. Pour l’année 2020, c’est Betty, second roman de Tiffany McDaniel qui connait ce coup de projecteur désormais traditionnel avec une déferlante de louanges qui sont loin d’être immérités. 

     

    Surnommée Petite Indienne par son père cherokee, Betty Carpenter est la sixième enfant d'une fratrie qui en compte huit. Après des années d’errance, la famille s’est installée dans la petite ville de Breathed dans l’Ohio. Mais avec une mère blanche et un père aux origines indiennes, les Carpenter vivent en marge d’une société américaine qui se focalise sur les différences raciales. Bercée par les histoires extraordinaires que lui transmet son père avec ce mélange de contes et de légendes indiennes, Betty grandit entourée de ses frères et soeurs au sein d’un jardin luxuriant qui permet à la famille de subvenir tant bien que mal à ses besoins. Mais en grandissant, Betty perçoit de noirs secrets qui affectent sa mère mais également sa grande soeur et découvre ainsi la dureté du monde des adultes. C’est avec l’écriture que Betty choisit de surmonter courageusement les difficultés qui se présentent à elle en couchant sur papier les instants douloureux qu’elle traverse avant d’enterrer sous terre les pages qu’elle rédige au fil des années et qui vont former une seule histoire qu’elle pourra révéler un jour.

     

    Il y a tout d’abord cette écriture limpide et lumineuse chargée de notes poétiques offrant au récit une charge émotionnelle permanente que Tiffany McDaniel distille avec beaucoup de pudeur et de sensibilité au gré de cette superbe chronique familiale de la famille Carpenter. Il y a ensuite cette atmosphère envoutante, ce cadre étrange d’une maison maudite et d’un jardin luxuriant dans lequel évolue les membres de cette famille que l’on découvre par le biais du regard de Betty, cette jeune fille dont les cheveux noirs et le teint mat trahissent les origines Cherokee de son père avec qui elle partage une grande complicité et une fascination pour ses contes et légendes qu’il améliore en fonction de son inspiration. On se glisse ainsi dans l’intimité d’une famille de condition modeste évoluant dans le contexte des sixties qui subit les affres de la discrimination et de la défiance, mais qui vit tout de même dans le cadre idyllique de ce fabuleux potager au travers duquel le père communie avec la nature en restituant le savoir-faire de ses ancêtres. Sous le charme de cette famille, ce sont pourtant les drames qui jalonnent ce roman qui fait la part belle aux femmes en dénonçant leurs conditions épouvantables comme on le découvre avec la mère de Betty qui ne s’est jamais remise des terribles maltraitances qu’elle a subit durant son enfance. Avec une femme qui glisse parfois dans une espèce de folie, on distingue ces fêlures qui brisent sa personnalité en dépit du soutien sans faille de son mari qui ne connaît pas l’origine du mal qui la ronge. C’est Betty qui va porter la charge du poids du secret et découvrir également les tourments que subit Fraya, sa soeur aînée, qui choisit de se taire. Avec le destin de ces femmes ayant subit les pires avanies, Tiffany McDaniel distille subtilement un message féministe qui nous renvoie aux conditions sociales de l’époque à l’instar de cet échange édifiant entre Betty et un directeur d’école qui livre son opinion sur l’habillement des écolières au sein de son établissement.

     

    Bien loin des clichés sur la perte de l’innocence, sans pathos larmoyant, Tiffany McDaniel nous livre avec Betty un magnifique roman sur la possible rédemption en trouvant son issue dans le pouvoir des mots brisant les terribles secrets qui laminent les coeurs et les âmes de ceux qui les détiennent. Le destin bouleversant d'une petite indienne qui va devenir romancière.

     

     

    Tiffany McDaniel : Betty. Editions Gallmeister 2020. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Happe.

     

    A lire en écoutant : Everybody’s Talkin’ de Harry Nilsson. Album : Midnight Cowboy. 1985 MGM.

  • Stephen Marklay : Ohio. Le cercueil vide de l’Amérique.

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    Capture d’écran 2020-09-11 à 16.19.05.pngAu Etats-Unis, il faut saluer la démarche de ces auteurs audacieux faisant le bilan d’une génération bien souvent marquée par des guerres comme celles de la Corée ou du Vietnam. Et puisqu’il y est bien souvent question de combats, c’est logiquement autour d’un enterrement que débute ces romans générationnels où l’on rassemble quelques camarades aux parcours variés afin de faire un tour d’horizon des événements historiques qui se sont succédés et qui les ont frappés tout au long de leurs vies respectives. Il ne s’agit rien de moins que du symbole de l’autopsie d’une nation comme le fait Stephen Marklay avec Ohio, son premier roman traduit en français, qui dresse la formidable fresque d’une Amérique contemporaine complètement déboussolée à l’image des habitants d’une petite ville du Midwest qui se retrouvent à contempler un cercueil de location vide, rose platine, lors d’une procession rendant hommage à l’un de leur jeune concitoyen mort au combat durant la guerre d’Irak. Mais au-delà de ce prélude hallucinant, c'est autour du portrait de quatre jeunes trentenaires que l'on découvre une génération qui, du 11-Septembre jusqu'a nos jours, devient l'incarnation d'un pays désenchanté, marqué par une succession de guerres et de récessions économiques qui ont mis à mal ce fameux rêve américain.

     

    Ils sont quatre trentenaires à débarquer le même soir d’été à New Canaan, petite ville de leur enfance nichée au coeur de l’Ohio. Anciens camarades du lycée, ce n’est pourtant qu‘un concours de circonstance qui va faire qu’ils vont se croiser au cours de cette nuit où chacun d’entre eux va s’employer à atteindre le but qu’il s’est fixé. Pour Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire s’abimant désormais dans l’alcool et la drogue, il s’agit de remettre un mystérieux paquet dont il ignore tout du contenu. Stacey Moore, quant à elle a un rendez-vous avec la mère de son ex-petite amie disparue qui n’a jamais accepté leur liaison tout comme son propre frère avec qui elle doit régler ses comptes. En ce qui concerne Dan Easton, jeune vétéran ayant perdu un oeil en Irak, il doit retrouver son amour de jeunesse qu’il n’a jamais oublié en dépit du mal-être qui le ronge jour après jour. Pour Tina Ross, il ne s’agit rien d’autre que d’une vengeance qu’elle doit assouvir à tout prix afin de se libérer du souvenir qui ne cesse de la hanter. Quatre trentenaires aux trajectoires variées, qui ne se font plus d’illusion. Quatre trentenaires représentatifs d’une génération meurtrie par les aléas des guerres et des crises économiques qui se sont succédées sans interruption. Quatre jeunes trentenaires de l’Amérique d’aujourd’hui.

     

    Il y a bien évidemment ce sentiment de désillusion qui émane d’un texte à la fois dense et sinueux nécessitant une certaine attention pour mieux capter la kyrielle de détails que Stephen Marklay va rassembler au terme d’une construction narrative à la fois complexe et originale versant dans une noirceur terrible qui ne manquera pas de troubler le lecteur. Cercueil vide, bannière étoilée arrachée par le vent, le récit débute avec un prélude hallucinant où l’auteur nous présente cette petite ville de New Canaan en rassemblant ses habitants autour de la procession organisée pour rendre hommage à un jeune du pays qui a périt durant la guerre d’Irak. Puis sur l’espace d’une nuit, s’ensuit quatre parties se focalisant sur les activités de ces quatre trentenaires, anciens camarades de lycée, dont les destins vont s’enchevêtrer au fil d’une intrigue qui prend l’allure d’un roman noir. C’est donc autour du destin de Bill Ashcraft, de Stacey Moore, de Dan Easton et de Tina Ross que Stephen Marklay construit ce panorama social qui résonne comme un état des lieux d’une nation vacillant dans ses certitudes qui deviennent des clivages. Mais loin d’être un pamphlet, on découvre ces déconvenues dans le quotidien de chacun des personnages qui se remémorent leurs trajectoires au gré de cette nuit estivale ravivant les souvenirs en convoquant ainsi une multitude de protagonistes qui vont interférer tout au long d’un récit intense. Avec Bill Ashcraft, on prend la mesure de cette remise en question du patriotisme exacerbé par les événements du 11-Septembre et de cette remise en question des guerres qui en ont découlé qui résonnent comme autant de trahison pour une majeure partie de ses camarades dont l’un de ses meilleurs amis. Avec Stacey Moore, l’auteur aborde toute la thématique de l’homophonie et de l’intolérance avec en point de mire le radicalisme de certains membres de congrégations religieuses dont font partie son frère et la mère de sa petite amie aujourd’hui disparue. Tout en retenue, le personnage de Dan Easton nous permet d’avoir une vision de l’engagement de ses soldats qui peinent à se réinsérer dans le quotidien d’une vie morne qui semble dépourvue de perspectives. Avec Tina Ross, on découvre les clivages sociaux au sein du lycée et les dérives qui en découlent afin d’accéder à certaines castes et dont elle fera tragiquement les frais. Déshérence industrielle, absence de couvertures sociales qui fragilisent les travailleurs jusqu’à les mettre en faillite, pensions de retraite insignifiantes, c’est également avec l’ensemble des habitants de la ville de New Canaan que l’on découvre cette Amérique profonde de la Rust Belt qui ne se remet pas du déclin économique qui l’a frappé de plein fouet. 

     

    Portrait sans fard d’une Amérique désenchantée, Ohio met en lumière le mal-être de cette jeune génération meurtrie que Stephan Markley autopsie avec précision et sans complaisance au gré d’un récit à la fois fascinant et marquant qui secouera le lecteur jusqu’à la dernière page. Une véritable démonstration de talent.

     

    Stephen Marklay : Ohio (Ohio). Éditions Albin Michel/Terres d’Amérique. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé.

     

    A lire en écoutant : Oh Well de Fiona Apple. Album : Extraordinary Machine. 2005 Epic.

     

  • Cabanes/Manchette : Nada. Révolution manquée.

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    Capture d’écran 2020-08-31 à 20.35.43.pngEntre les éditions originales, les réimpressions, les rééditions dans d'autres collections, les recueils et les adaptations BD, on ne compte plus le nombre d'illustrations ou photos qui ont orné les romans de Jean-Patrick Manchette. Il faut bien l'avouer beaucoup d'entre elles sont assez médiocres à l'exception des adaptations BD et plus particulièrement la couverture du dessinateur Max Cabanes pour Nada qu'il a adapté avec Doug Headline qui n'est autre que le fils de Jean-Patrick Manchette. On y voit cette femme, les yeux fermés, exhalant la fumée de la cigarette qu'elle tient entre ses doigts. Il s'agit de Veronique Cash l'une des membres d'un groupuscule d'extrême-gauche composé d'amateurs qui s'est mis en tête de kidnapper l'ambassadeur des Etats-Unis, stationné à Paris. On y perçoit ce qui fait la quintessence de l'œuvre de Manchette que sont l'élégance, la désinvolture, la séduction et le danger omniprésent qui précède les éclats de violence marquant ce récit politique d'un auteur résolument engagé à une époque où les groupuscules révolutionnaires sévissaient dans le contexte des années de plomb.

     

    On ne s'est pas encore vraiment remis des lendemains désenchantés de mai 68 et l'heure est à la lutte armée comme le décrète ces six paumés composant le groupe Nada qui ne trouvent rien de mieux que d'enlever l'ambassadeur des Etats-Unis en goguette dans une maison close de Paris. Contre toute attente, les révolutionnaires amateurs parviennent à leur fin, même si l'opération tourne au vinaigre avec une fusillade laissant plusieurs membres des forces de l'ordre sur le carreau. Désormais sur la sellette, le ministre de l'intérieur est bien décidé à neutraliser les membres du groupuscule et laisse donc carte blanche au commissaire Goémond pour faire le ménage. Un nettoyage définitif qui va virer au carnage au bout duquel il ne restera "nada".

     

    Publié en 1972, Nada s'inscrit dans le contexte particulier de la stratégie de la tension qui sévissait dans toute l'Europe et plus particulièrement en Italie et en Allemagne avec des mouvements d'extrême gauche entrés dans la clandestinité afin d'entamer une lutte armée à l'instar de la Fraction armée rouge ou des Brigade rouges. "Le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique, quoique que leurs mobiles soient incomparables, sont les deux mâchoires du même piège à con.» fait partie de ces phrases cinglantes qui caractérisent le style de Manchette en résumant parfaitement le thème abordé dans un roman qui met en scène un groupe d’amateurs se lançant dans un projet d’enlèvement d’un diplomate américain sans que l’on ne connaisse la raison de leurs actes. On découvre ainsi six individus aux profils différents, plutôt pathétiques qui s’engouffrent dans un cycle de violence qui prend de plus en plus d’ampleur à la mesure de la réponse des institutions étatiques et des forces de police qui répliquent dans un déferlement de violence qui dépasse l’ensemble des protagonistes.

     

    Dans cette excellente adaptation du roman, il faut saluer l'énergie du trait de Cabanes qui restitue parfaitement cette période dynamique des années 70  et plus particulièrement les fusillades qui jalonnent le récit. On reste particulièrement fasciné par la prise d'assaut des forces de l'ordre qui encerclent le corps de ferme dans lequel s'est réfugié le groupe Nada. Une mise en image sublime de cette escalade de la violence qui devient incontrôlable avec la confrontation entre Véronique Cash et le commissaire Goémond qui vire à l'exécution pure et simple en nous donnant une idée de cette raison d'état qui autoriserait les pires exactions. Trench coat pour André Epaulard, gilet de berger pour Buenaventura Diaz, pantalon "patte d'éph" pour Véronique Cash, on apprécie le look des séventies des personnages ainsi que les voitures de l'époque que Cabanes restitue avec cette précision qui rend hommage aux descriptions très méticuleuses sur lesquels s'attardaient Manchette, notamment pour ce qui à trait aux véhicules et aux armes utilisés par les protagonistes du récit.

     

    Incarnation du schéma béhavioriste, cher à l'auteur, Nada est une superbe adaptation d'un récit cinglant qui s'inscrit dans l'air du temps d'une époque tragique où la violence devient l'unique échappatoire d'un groupuscule qui n'est plus en mesure de contrôler les conséquences des actes qu'ils ont déclenchés. Un album somptueux.

     

    Max Cabanes/Jean-Patrick Manchette : Nada. Dupuis/Aire Libre 2018.

     

    A lire en écoutant : Route 66 : Chuck Berry. Album : Blues. 2003 Geffen Records.

  • Adrian McKinty : La Chaîne. Ces liens qui nous unissent.

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    Capture.PNGEncensé par ses pairs, récipiendaire de prix prestigieux, il s'en est pourtant fallut de peu pour qu'Adrian McKinty ne renonce à sa carrière de romancier afin de trouver un autre moyen que de travailler en tant que chauffeur Uber pour subvenir aux besoins de sa famille. Dans nos contrées francophones, on découvrait cet auteur avec la série consacrée au sergent Sean Duffy, éditée par la regrettée collection Cosmopolite noire chez Stock qui n'a traduit que deux des cinq ouvrages composant cette série prometteuse aux connotations historiques puisqu'elle se déroule en Irlande, dans les années 80, en pleine période des Troubles sévissant notamment dans le nord du pays. C'est avec Une Terre Si Froide (Cosmopolite noire 2013), que l'on fait la connaissance de cet enquêteur atypique, de confession catholique, travaillant à Belfast au sein de la très protestante police royale de l'Ulster alors que le récit débute peu après la mort du prisonnier politique Bobby Sands, suite à une longue grève de la fin, qui va enflammer les hostilités entre les deux communautés religieuses tandis que l'on perçoit avec Dans La Rue, J'Entends Les Sirènes (Cosmopolite noire 2013), toute la fermeté du gouvernement Tatcher qui ne fait qu'attiser l'intensité d'une guerre civile qui semble inextricable. Outre l'originalité des intrigues imprégnées du climat social de l'époque avec un personnage central composant avec l'hostilité de l'IRA et celle de ses propres partenaires, on apprécie le style mordant et cet humour acide qui ponctuent le récit ainsi que cette bande-son détonante dont on a un aperçu avec les titres de chaque roman faisant références aux chansons de Tom Waits. Malgré ces belles qualités, agrémentées d'un certain succès critique, on perdait de vue cet auteur prometteur qui n'a jamais rencontré son public, jusqu'à ce que l'agent littéraire de Don Winslow ne se penche sur sa carrière en lui demandant s'il n'aurait pas un thriller qui trainerait dans ses tiroirs. Un pitch, quelques pages envoyées suscitant l'enthousiasme ainsi qu'une avance confortable permettront de relancer la carrière d'Adrian McKinty qui obtient enfin la consécration avec La Chaîne, un best-seller dont la Paramount a acquis les droits en délivrant un chèque conséquent. Une success-story comme on les aime, le mettant à l'abri du besoin afin de poursuivre son travail d'écrivain, ceci pour notre plus grand plaisir.

     

    Rachel semble voir le bout du tunnel alors qu'elle se remet d'un cancer et trouve un emploi dans l'enseignement lui permettant d'abandonner son travail précaire comme chauffeur Uber afin de subvenir décemment aux besoins de sa fille Kylie dont elle a la garde. Mais soudainement le téléphone sonne et bouleverse ce fragile équilibre. Un mystérieux interlocuteur lui annonce qu'elle fait désormais partie de La Chaîne et que sa fille vient d'être enlevée. Pour la récupérer, il lui faut verser une rançon, enlever un enfant et contraindre ses parents à commettre à leur tour un kidnapping pour perpétuer cet implacable système. Tout manquement aux règles de La Chaîne aura de funestes conséquences. Rachel n'a donc pas le choix et doit rassembler les fonds pour la rançon, chercher une victime et mettre en place tout le dispositif nécessaire pour séquestrer sa proie. Il n'y pas d'échappatoire, car La Chaîne à l'œil sur tous les faits et gestes de ses membres. Rachel pourra-t-elle surmonter une telle épreuve ?

     

    A la fois original et audacieux, il faut bien admettre qu’Adrian McKinty nous propose, avec ce qui apparaît comme un pur thriller, un excellent point de départ pour une intrigue tournant autour d’une organisation mystérieuse ayant mis en place depuis des années, une chaîne d’enlèvements d’enfants en contrôlant des parents victimes, qui deviennent, à leur corps défendant, bourreaux. Enlever un enfant pour sauver sa fille, on apprécie dès lors toute la dichotomie intérieure de Rachel, cette mère courage, bien sous tout rapport, qui doit basculer dans la criminalité pour avoir une chance de revoir Kylie tentant de son côté d’échapper à ses ravisseurs. Le récit débute donc avec toute la mise en place d’un kidnapping que Rachel organise à contrecoeur en étant secondée par son beau-frère Pete, vétéran de la guerre en Afghanistan qui a sombré dans la toxicomanie. Au fil des chapitres, on mesure toute la détresse de ces deux personnages, un peu paumés, tentant de faire face aux multiples difficultés qui se présentent à eux comme le fait de ne pas informer le père de Kylie de la situation alors que celui-ci vient sa fille pour le week-end. En faisant preuve d’un sens de la narration efficace, Adrian McKinty répond à tous les critères du genre sans pour autant sombrer dans l’excès de rebondissements outranciers ce qui fait que l’on s’achemine sur une intrigue solide ponctuée de tensions et d’actions qui tiennent la route mais qui sont parfois bien trop prévisibles. C’est particulièrement le cas pour la dernière partie du roman qui comportent un certain nombre de scènes dont on devine aisément où elles vont nous conduire comme cette confrontation finale évidente, suivie d’un épilogue extrêmement convenu qui ne bouleversera pas le genre. Mais malgré ces travers, il faut bien admettre qu’Adrian McKinty, en narrateur hors-pair, parvient à nous entraîner sans effort d’un bout à l’autre d’un récit tumultueux au rythme soutenu en suivant le parcours d’une femme bien déterminée à protéger sa fille à tout prix, mais également résolue à découvrir quelles sont les personnes qui se cachent derrière La Chaîne afin de mettre une terme à leurs terribles activités.

     

    Best-seller pleinement assumé, on prendra donc plaisir à découvrir avec La Chaîne, un redoutable thriller tout en tension qui se base sur la simplicité d’une intrigue au suspense bien maitrisé qui répondra aisément aux attentes les plus exigentes des aficionados du genre.

     

     

    Adrian McKinty : La Chaîne (The Chain). Editions Mazarine 2020. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Pierre Reignier.

     

    A lire en écoutant : The Rhythm Of The Heat de Peter Gabriel. Album : Peter Gabriel 4/Security. 2015 Peter Gabriel Ltd.

  • Kanae Minato : Expiations, Celles Qui Voulaient Se Souvenir. Le prix à payer.

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    Capture d’écran 2020-03-12 à 10.43.57.pngPour prendre la pleine mesure de l’abîme qui sépare deux cultures comme celles de l’occident et de l’extrême-orient, on peut se focaliser sur les textes japonais pour appréhender bien évidemment la typologie si particulière du système graphique, mais également la façon de parcourir une texte qui se lit à la verticale. Néanmoins c’est certainement au niveau de la sémantique que l’on s’aperçoit des différences radicales dans la manière d’aborder des notions telles que le singulier/pluriel ou le présent/passé comme l’évoque Dominique Sylvain lorsqu’elle explique son travail de traduction en collaboration avec son mari Franck pour la maison d’éditions Atelier Akatombo qu’ils ont créée afin de nous permettre de découvrir les textes d’un pays à la fois fascinant et mystérieux, notamment pour ce qui a trait à la littérature noire. Une expérience déconcertante si l'on en croit ses propos (1). Même s’ils ne sont pas encore très nombreux à être traduits, on commence à distinguer dans le domaine du roman policier quelques auteurs contemporains japonais émergeant dans nos contrées francophones comme Keigo Higashino publié chez Actes Sud, Tetsuya Honda chez Atelier Akatombo et désormais Kanae Minato qui intègre la même maison d’éditions après une parution chez Seuil de son premier roman, Les Assassins De La 5e B, un thriller dérangeant se déroulant dans le cadre d’un établissement scolaire. Second ouvrage de la romancière traduit en français (publié en 2009 dans sa version originale) et intégrant donc Atelier Akatombo, Expiations, Celles Qui Voulaient Se Souvenir met en scène, dans un contexte similaire, le meurtre d’une écolière qui va impacter le destin de ses quatre amies et camarades de classe.

     

    Une petite ville tout ce qu’il y a de plus ordinaire, hormis l’air qui est le plus pur du Japon. Cinq fillettes qui jouent au ballon, après les cours, à l’ombre du bâtiment scolaire. Une journée estivale comme les autres jusqu’à l’apparition d’un individu demandant leur aide pour vérifier le ventilateur du vestiaire de la piscine de l’école primaire. Sae, Yuka, Maki et Akiko sont toutes volontaires, mais c’est Emiri qui est choisie pour accompagner l’inconnu. Alors qu’il est temps de rentrer à la maison, ses camarades s’inquiètent de ne pas la voir revenir et, après quelques recherches, découvrent son corps sans vie dans le vestiaire. Seules témoins du crime, les fillettes sont incapables de fournir un signalement du meurtrier en affirmant à la police n’avoir plus aucun souvenir. Mais la mère d’Emiri, broyée par le chagrin, ne peut accepter cette perte totale de mémoire et les exhorte à collaborer avec les forces de l’ordre pour trouver le criminel, sans quoi elles devront trouver un moyen pour expier leur faute car sinon elles ne pourront pas échapper à sa vengeance. Mais 15 ans plus tard, le coupable n’a toujours pas été identifié et les fillettes sont devenues des adultes. Et alors que le délai de prescription du crime est tout proche, Sae, Yuka, Maki et Akiko sont toutes confrontées à une série d’événements tragiques les contraignant à revivre cette terrible journée qui a toujours pesé sur leur existence. Expier ou se souvenir, tel est le choix qui s’impose désormais à ces jeunes femmes bouleversées par les terribles épreuves auxquelles elles doivent faire face.

     

    A la lecture d’un roman tel que Expiations, Celles Qui Voulaient Se Souvenir on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de tension et de malaise qui imprègne l’ensemble d’un texte tout en retenue, distillant pourtant quelques scènes effroyables d’une grande maîtrise. Il faut dire que  Kanae Minato possède cette capacité extraordinaire en matière de construction narrative pour mettre en place de terribles et implacables machinations qui s’emboitent à la perfection, telles de fines mécaniques subtiles et délicates que l’on découvre par l’entremise du point de vue des différents protagonistes intervenant tout au long du récit. L’intrigue tourne donc tout d’abord autour des souvenirs du meurtre d’Emiri pour se focaliser ensuite sur Sae, Yuka, Maki et Akiko, ses quatre camarades de classe devenues adultes puis sur la mère de la victime rongée par le chagrin et la rancoeur. Chaque chapitre nous permet donc de découvrir les drames auxquels sont confrontés chacune de ces protagonistes. Des drames qui vont bien évidemment bouleverser leur vie tout en leur permettant de présenter la forme d’expiation qu’elles ont endossé afin de satisfaire aux exigences de la maman d’Emiri qui va devoir expier à son tour.  C’est également l’occasion pour ces jeunes femmes de tenter de recouvrer quelques souvenirs enfouis qui permettraient d’identifier le meurtrier. Mais avec Kanae Minato, rien n’est simple et tout demeure incertain jusqu’au chapitre final qui fait figure d’épilogue au goût amer. 

     

    Ce que l’on apprécie également avec un roman comme Expiations, Celle Qui Voulaient Se Souvenir c’est de pouvoir s’immerger dans le quotidien d’une petite ville de province japonaise pour saisir les us et coutumes d’une communauté d’un pays lointain qui paraît forcément quelque peu décalée pour l’occidental néophyte que je suis. Et c’est bien évidemment à travers le prisme de ce quotidien que Kanae Minato diffuse les malaises et les dysfonctionnements qui vont submerger l’ensemble de personnages dont l’affliction paraît exacerbée. Le poids de la faute et du devoir qui n’a pas été accompli, on ressent en permanence cette frustration pesant sur les épaules de Sae, Yuka, Maki et Akiko qui n’ont pas été capable de répondre aux attentes d’une mère éplorée qui s'est délestée de son propre fardeau, sans même s'en rendre compte jusqu'au moment où elle devra endosser la somme d'expiations des quatre camarades de sa fille. 

     

    Présentée par ses pairs comme "la reine du Iyamisu", terme japonais désignant des thrillers à l’arrière-goût désagréable, Kanae Minato nous offre avec Expiations, Celles Qui Voulaient Se Souvenir, un récit choral à la fois terrifiant et raffiné où les vies de cinq femmes se désagrègent dans l’amertume de la faute, du remord et du désarroi. 

     

    Kanae Minato : Expiations, Celles Qui Voulaient Se Souvenir (Shokuzai). Atelier Akatombo 2019. Traduit du japonais par Dominique Sylvain, Saori Nakajima et Frank Sylvain.

     

    A lire en écoutant : Natsu No Maboroshi (Summer Illusion) de Akiko Yano. Album : Piano Nightly. 2005 Nonesuch Records.

     

    (1) "Toi qui traduit du japonais, abandonne toute espérance" par Dominique Sylvain. Article paru dans la revue 813 n° 135, décembre 2019.

  • Nicolas Mathieu : Rose Royal. Point de rupture.

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    nicolas mathieu,rose royal,éditions in8
    "Le feu passe au vert et elle redémarre lentement. La silhouette de la Saab devient comme une bande noire sur les vitrines sans lumière. Un matin comme celui-là, à l’aube, elle a cru voir Martel. C’est impossible bien sûr. Elle rentre chez elle, elle va dormir, demain c’est lundi, une grosse journée. Un accident dans une papeterie, un mec presque mort. Tout le monde est désolé. Elle monte le son. Elle n’est pas triste. Elle persévère."

     

    Nicolas Mathieu. Aux Animaux La Guerre.

     

     

    Qu’est qu’on avait aimé ce portrait sans fard de Rita, cette inspectrice du travail opiniâtre qui tente de faire en sorte que les conditions des ouvriers soient respectées dans un environnement paradoxal où les usines ferment les unes après les autres en assistant impuissant au lent déclin d’une désindustrialisation programmée qui devient la toile de fond sociale de Aux Animaux La Guerre (Actes Noirs 2014), premier roman noir de Nicolas Mathieu. Avec son second livre, Leurs Enfants Après Eux (Acte Sud 2018), auréolé du prix Goncourt 2018, toujours ancré dans le même contexte de marasme économique, on appréciait également le personnage de Stéphanie, cette jeune fille qui tente d’échapper à la monotonie d’une bourgeoisie provinciale étriquée en s’engouffrant dans l’enfer du parcours des filières scolaires, un véritable tamis social sans concession, où seule l’élite est admise, au rythme d’un « marche ou crève » hallucinant. Après la digestion des fastes d’un Goncourt, Nicolas Mathieu, fait un retour plutôt discret au sein de la littérature noire en intégrant la maison d’éditions In8 et plus particulièrement la collection Polaroïd dirigée par Marc Villard et qui compte quelques grands noms du roman noir qui se sont essayés à l’exercice du récit sous forme de nouvelle ou de novella comme on l’appelle aujourd’hui. Brièveté du récit, quintessence de ce qu’il fait de mieux, à savoir la capture de l’âme d’un personnage, Nicolas Mathieu nous invite donc à découvrir, avec Rose Royal, l'instantané, le polaroïd tragique de Rose qui s’inscrit dans ce quotidien ordinaire d’une femme cinquantenaire qui n’a guère été épargnée par la vie.

     

    La cinquantaine énergique, divorcée, des enfants qui se sont éloignés, Rose a collectionné les déboires sentimentaux avec des gars qui lui ont davantage fait de mal que de bien. Aussi après le boulot, elle soigne ses désillusions en éclusant quelques verres au Royal où elle a ses habitudes avec sa meilleure amie Marie-Jeanne. Des soirées de rires, de confidences et de complicités qui s'enchaînent jusqu'à ce que Luc débarque un soir dans le rade et que Rose ne se laisse entraîner dans une nouvelle histoire d'amour qui ne lui fera pas de mal car elle s’est jurée de ne plus jamais se laisser avoir. Et dans son sac à main, Rose a un flingue.

     

    Les petites péripéties de la vie, des attouchements d’adolescents maladroits et parfois quelques beignes, préliminaires d’accouplements expéditifs, voici la jeunesse de Rose, le prix à payer en refusant d’admettre la notion de viol ou de contrainte dans une société où les filles ne récoltent que ce qu’elles méritent comme l’évoque d’ailleurs la mère de Rose en parlant d’une de ses camarade. C’est toute une mécanique du quotidien d’une jeune femme malmenée que Nicolas Mathieu dépeint avec un réalisme qui fait froid dans le dos. Tout s’inscrit dans une certaine acceptation, une certaine banalité qui nous donne envie de hurler tandis que l’horreur indicible s’estompe dans le silence et les larmes, même s'il en reste un lourd passif qui va interférer dans ses relations comme l’achat de ce petit pistolet calibre .38 qui va devenir le point névralgique de l’intrigue. Comme une menace, on se demande tout au long du récit ce qu’il va advenir de cette arme et qui va finalement s’en servir.

     

    Du bar Royal à l’hôtel Royal d’Evian, on assiste donc à cette ascension sociale du couple que forme Rose et Luc qui s’aiment malgré quelques petites dissonances dont Rose semble accepter la sale petite musique qui s’installe au gré d’un enfermement dont elle ne prend pas pleinement conscience. Nicolas Mathieu décortique ainsi, dans le quotidien du couple, la terrible mécanique de l’isolement et de la dépendance de Rose vis-à-vis de Luc avec l’abandon de son travail, l’éloignement de ses amies et l’installation dans sa résidence. On s’achemine ainsi vers la tragédie sans trop vraiment savoir ce qu’il va advenir de ces deux personnages tout en imaginant un final aussi terrible que percutant.

     

    Magnifique portrait d’une femme meurtrie, on apprécie le retour de Nicolas Mathieu qui parvient à transcender, avec Rose Royal, le quotidien de cette cinquantenaire dont on découvre toute la complexité au gré de ces petits moments de joie et de ces instants dramatiques qui résonnent durement pour nous livrer la conclusion d’un drame programmé. Une nouvelle d’une noirceur implacable.

     

    Nicolas Mathieu : Rose Royal. Editions In8/Collection Polaroïd 2019.

     

    A lire en écoutant : Dormir Dehors de Daran et les Chaises. Album : Huit Barré. 1994 WEA Music.

  • JOE MENO : LA CRETE DES DAMNES. BOULE A ZERO.

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    joe meno, le crête des damnés, agullo éditionsOk, on ne va pas trop se mentir, le roman dont il est question n’a pas grand chose à voir avec la littérature noire. Pas le moindre crime, même pas le frémissement d’un fait divers ou l’évocation d’une dérive sociale dans cet ouvrage abordant la délicate période d’un adolescent en quête de liberté et d’émancipation au cœur d’une banlieue de South Chicago à la fin de l’année 1990. Tout juste pourra-t-on dire que son auteur, Jo Meno a écrit deux superbes romans noirs aux entournures à la fois poignantes et poétiques, Le Blues De La Harpie (Agullo/Noir 2016) et Prodiges Et Miracles (Agullo/Noir 2018) avant de nous livrer son dernier opus, La Crête Des Damnés, évoquant le thème universel du passage de l’enfance au monde adulte, sur fond d’une bande sonore endiablée où l’on trouvera quelques classiques de groupes punks comme The Clash, The Ramones ou The Misfit, ou de hard rock comme Guns N’Roses, AC/DC ou plus surprenant, un morceau de Chet Backer interprétant Time After Time, un standard de jazz. Une compilation loin d’être exhaustive ne nécessitant pas forcément d’approfondir vos connaissances dans le domaine de la musique punk ou rock, puisqu’il y est surtout question de ces rapports complexes entre adolescents en quête d’amour et d’identité tout en rejetant le conformisme de modèles sociaux dans lesquels ils ne se reconnaissent plus.

     

    Tout ce qui compte pour Brian Oswald, lycéen d’un établissement catholique de South Chicago, c’est d’inviter sa meilleure amie Gretchen, dont il est secrètement amoureux, au bal de promo. Mais comment un adolescent boutonneux et binoclard peut-il s’y prendre afin séduire cette fille un peu enrobée, au look punk destroy, qui n’hésite pas à mettre son poing dans la gueule de toutes personnes qui la contrarie ? C’est d’autant plus difficile que Gretchen en pince pour Tony Degan, un abruti de suprémaciste blanc âgé de 26 ans qui rôde autour du bahut afin de séduire les filles. Sans bagnole, plutôt insignifiant pour ne pas dire looser, Brian va tenter tant bien mal de surmonter toutes ces difficultés et se lancer dans la création de la plus belle compilation cassette-audio de tous les temps afin d’éblouir celle qu’il aime. Parce qu’en 1990, lorsque l’on a à peine 17 ans et des rêves de star du rock plein la tête, tout ce qui compte c’est la musique qui peut vous conduire sur le champs encore inexploré de l’amour. Mais rien n’est gagné d'avance et Brian ne le sait que trop bien.

     

    Roman ultra référencé, rendant hommage à cette période des années ’90 et plus particulièrement à la culture punk, sans que cela soit trop ostentatoire, on appréciera l’énorme travail de traduction d’Estelle Flory pour restituer cette ambiance ainsi que la multitude de références d’une époque imprégnée de culture underground dont on peut prendre la pleine mesure à la lecture de la biographie de Joe Meno, natif de Chicago, tout comme Brian Oswald, personnage central de La Crête des Damnés, affichant sans aucun doute les mêmes passions que son auteur. Rédigé à la première personne, dans un style parlé plein de spontanéité avec ce langage familier qui le caractérise, on découvre ainsi le quotidien presque banal d’un jeune homme évoluant dans une morne banlieue de Chicago. Mais c’est au travers de ces petits riens ou de ces micros événements qui ponctuent la vie de Brian que Joe Meno parvient à transcender ce quotidien insignifiant pour en restituer les enjeux essentiels avec un texte lumineux, bourré d’énergie au détours des scènes truculentes pleines d’humour et d’autodérision. Il y est donc surtout question de rapports humains finement restitués que ce soit lors de ces moments passés avec l’inénarrable Gretchen, cette fille complètement déjantée dont on découvre, au fil du récit, toute la vulnérabilité qu’elle dissimule derrière un look destroy faisant office de bouclier ou lors de ces instants poignants où le naufrage d’un mariage s’achève avec les adieux d’un père laissant à son fils ses rangers auxquelles il tenait tant. Roman d'apprentissage pour un jeune homme en quête de repères et d'émancipation, La Crête Des Damnés n'a pas pour vocation de nous révéler les grands secrets de la vie ou de nous entraîner sur une vague de révolte insensée, bien au contraire, puisque Brian ne désire finalement rien d'autre, parfois en dépit de grandes contradictions, que de s'intégrer dans l'environnement dans lequel il évolue tout en relevant tout de même quelques dysfonctionnements qui le heurte à l'instar de cette discrimination raciale qui règne dans son quartier et dans son lycée. 

     

    Fragment à la fois drôle et émouvant de l'existence d’un adolescent en proie aux doutes sur une douloureuse quête d'amour et dont l'épilogue reste ouvert sur l’incertitude d’une vie qu’il reste à construire, La Crête Des Damnés nous permet ainsi de nous remémorer avec une belle nostalgie ces instants décisifs lors de l’élaboration d’une compilation enregistrée sur une cassette-audio destinée à l’être aimé tout en se réappropriant les souvenirs d’une scène musicale à la fois riche et variée qui ne cessera jamais de nous bousculer. Un roman essentiel.

     

    Joe Meno : La Crête Des Damnés (Hairstyles Of The Damned). Editions Agullo 2019. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Estelle Flory.

     

    A lire en écoutant : The Magnificent Seven de The Clash. Album : Sandinista ! 2013 Sony Music Entertainment UK Limited.