4. Roman noir

  • JOE WILKINS : CES MONTAGNES A JAMAIS. SI LOIN ET POURTANT SI PROCHE.

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     Capture d’écran 2020-07-22 à 12.21.38.pngIl est bien possible que Gallmeister ait couvert, avec l’ensemble de ses publications, la totalité des états américains. Mais la particularité de cette maison d’édition emblématique c’est de donner la voix, par le prisme de ce courant littéraire qu’est le « nature writing », à des auteurs méconnus aspirant à mettre en valeur la région dans laquelle ils vivent. On découvre ainsi les parcs naturels du Colorado avec Edward Abbey ou les forêts du nord de la Californie avec Gabriel Tallent ou les grandes régions de l’Ouest et plus particulièrement du Montana avec James Crumley. Il est également possible de remonter le temps et de s’attarder sur les grands épopées de ce pays qui semble toujours baigner dans la violence avec en point de mire la conquête de l’ouest  qu’évoquent Bruce Holbert, Glendon Swarthout et Lance Weller qui s’est focalisé sur les affres de la guerre de Sécession et plus particulièrement sur la bataille de la Wilderness. Les éditions Gallmeister ont même réussi le tour de force de faire en sorte que ses auteurs soient davantage reconnus en France que dans leur pays d’origine à l’instar de Benjamin Whitmer et de Lance Weller dont le second ouvrage, Les Marches De l’Amérique (Gallmeister 2011) n’a été publié qu’en France. Poète, devenu romancier, Joe Wilkins, natif des Bulls Mountain dans le Montana qu’il met en lumière dans son premier roman intitulé Ces Montagnes A Jamais, fait partie de ces nouvelles voix et de ce courant particulier où le «nature writing» côtoie certains codes de la littérature noire pour mettre en scène une intrigue tournant autour de ces miliciens bien décidés à s’émanciper des carcans que leur impose un gouvernement et des autorités qu’ils ne reconnaissent plus.

     

    Pour les miliciens du Montana, Verl Newman est une espèce de légende qui a su tenir tête au gouvernement en tuant un garde-chasse venu lui demander des comptes au sujet d’un loup qu’il a abattu. Pour Gillian, Verl Newman n’est qu’un assassin qui a exécuté froidement son mari qui ne faisait que son travail. Pour son fils Wendell, il n’est plus qu’un fantôme qui a disparu dans les montagnes du Montana et dont le souvenir le hante toujours, même s’il a choisi de ne pas prendre parti pour ces milices séparatistes qui l’indiffère. Vivant modestement en travaillant au sein d’un ranch, Wendell voit débarquer dans sa vie le jeune Rowdy, fils d’une cousine incarcérée pour trafic de méthamphétamine, dont on lui confie la garde. Prenant ses responsabilité à bras le corps, Wendell va s’attacher à ce gamin de 7 ans, mutique et sensible qu’il prend sous son aile, comme s’il s’agissait de son fils. Assistante du principal de l’école dans laquelle est inscrit Rowdy, Gillian va également s'attacher  à cet enfant particulier qu’elle se doit de protéger de tous mauvais traitements. Confusions, mauvaises interprétations, c’est sur une série que quiproquos que se dessinent les drames à venir sur fond d’une première chasse légale du loup qui devient le moteur d’une violence que Wendell est bien décidé à repousser afin de ne pas reproduire la trajectoire qui a consumé son père.

     

    Il s’agit d’un roman choral où Joe Wilkins met en avant les points de vue de Wendell Newman et de Gillian Houlton deux personnages que tout oppose suite au meurtre du mari de Gillian froidement exécuté par le père de Wendell. Destiné à ne jamais se rencontrer, l'auteur met subtilement en scène ce jeune enfant autiste qui devient le lien qui va réunir ces deux antagonistes sur fond de préjugés et d’incompréhensions mutuels. C’est l’occasion de découvrir cette région grandiose des Bulls Mountain que l’auteur dépeint avec une belle justesse et une certaine forme de lyrisme, jamais outrancier, en nous immergeant dans cette somptueuse atmosphère de nature sauvage où l’on perçoit les enjeux qui vont opposer les différents protagonistes du roman avec l’exploitation excessive des territoires par des habitants en opposition avec les nouvelles normes écologistes imposées par le gouvernement. Joe Wilkins nous présente donc ces fameuses milices armées, mais également toute une galerie d'individus qui se distancient résolument des autorités cherchant à leur imposer des normes qui vont à l'encontre de leurs modes de vie et qui les poussent même à la ruine ou à la faillite. On s'éloigne donc des caricatures de personnages frustres et débiles pour découvrir des hommes et des femmes aux abois, complètement désespérés qui vont se radicaliser afin de lutter contre des instances étatiques qu'ils ne comprennent plus. Dans cette dichotomie extrêmement bien mise en lumière, Joe Wilkins met en scène avec brio les préjugés qui animent l'ensemble de ses personnages qui vont les conduire jusqu'au drame dont les rouages vont se mettre en place avec une lenteur impitoyable nous conduisant vers une époustouflante confrontation sur fond de sacrifice ultime qui plongera le lecteur dans le désarroi, avec ce vague espoir d'une réconciliation entre des individus que tout oppose, ce qui est loin d'être une certitude. Jalonnant le roman, il y a également ces extraits du journal de Verl qui, au-delà de l'acte abject qu'il a commis, va fusionner avec cette nature qui l'entoure tout en déclamant son amour pour sa femme et son fils Wendell. Un journal qui devient le testament ultime d'un homme qui n'a jamais été capable de montrer son affection vis à vis de sa famille et qui a préféré emprunter la voie de la violence.

     

    Intrigue émouvante que Joe Wilkins décline subtilement au gré des point de vue de personnages attachants, Ces Montagne A Jamais est un premier roman tout simplement magistral.

     

     

    Joe Wilkins : Ces Montagnes A Jamais (Fall Back Down When Die). Editions Gallmeister 2020. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laura Derajinski.

     

    A lire en écoutant : Wayfaring Stranger de Hayde Bluegrass Orchestra. Single : Wayfaring Stranger. 2017 Hayde Bluegrass Orchestra.

  • Cyril Herry : Nos Secrets Jamais. Couleur sépia.

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    Capture d’écran 2020-07-14 à 19.10.58.pngCe qu'il y a de réjouissant en évoquant le parcours de Cyril Herry c'est de voir l'influence de son environnement, de ses passions et de ses rencontres avec des auteurs autrefois méconnus qu'il a croisé alors qu'il dirigeait sa petite maison d'éditions Ecorce et la collection Territori de la Manufacture de Livre. Centré sur la région du Limousin où il vit, l'éditeur publiait les récits de Frank Bouysse et d'Antonin Varenne que l'on ne présente plus, ainsi que ceux de Patrick K Dewney (Crocs, Manufacture de livres 2016) et Séverine Chevalier (Clouer L'Ouest, Manufacture de livres 2015) que je vous recommande de découvrir si cela n'est pas déjà fait. Mais à force de parcourir les forêts et de bâtir des cabanes, il fallait bien un jour que Cyril Herry se lance dans l'écriture d'un roman, ce qu'il fit en 2018 en publiant Scalp (Seuil/Cadre Noir 2018) où il est justement question de forêts et de campements avec un récit lumineux qui prend tout de même quelques entournures noires comme on les apprécie dans ce contexte rural. De ruralité, il est encore question avec Nos Secrets Jamais qui fait la part belle à une autre passion de l'auteur, la photographie qui devient le point central d'un texte nous entrainant dans les méandres d'un petit village perdu dans la campagne qui recèle de bien trop lourds secrets.

     

    Elona connait bien cette vieille maison familiale qu'elle a dessinée tant de fois lorsqu'elle était enfant. Pourtant elle n'y a jamais mis les pieds jusqu'à ce jour où elle se découvre héritière de la demeure que sa grand-mère maternelle, qu'elle pensait disparue depuis bien longtemps, vient de lui léguer. La jeune femme s'installe donc dans cette vieille bâtisse qui ploie sous les secrets et dont le silence est troublé par quelques craquements, manifestations de vieux fantômes erratiques qui semblent prêts à livrer tous leurs secrets. Et c'est au travers des photographies de ses ancêtres qu'elle découvre dans les pièces de la maison, qu'Elona met à jour un drame familial tout en essayant de recueillir les témoignages de villageois plutôt méfiants et mutiques qui ne souhaitent pas évoquer les vieilles histoires d'autrefois.

     

    C'est avant tout dans l'écriture en tant que telle que l'on apprécie les romans de Cyril Herry, avec cette précision d'orfèvre qui nous offre un texte à la fois intense et marquant se focalisant sur cet ancien café abandonné devenant le point névralgique d'une intrigue délicate prenant la forme d'un labyrinthe à l'image du bâtiment recelant couloirs et pièce secrètes dans lesquels évolue Elona cette héroïne atypique qui s'imprègne de l'atmosphère des lieux. L'autre aspect du récit tourne bien évidemment autour de la photographie, avec cette jeune femme qui a embrassé la profession tout comme l'un de ses aïeuls qui a laissé un nombre conséquent de clichés devenant les pièces d'un puzzle complexe dans lequel on évolue sans trop savoir où tout cela va bien nous mener. Il émane donc de l'ensemble une sensation de huis-clos assez inquiétant agrémenté d'une impression d'étrangeté avec les ancêtres d'Elona qui imprègnent cet endroit silencieux. Des ascendants qui semblent influencer le comportement d'une jeune héroïne plutôt solide mais révélant tout de même quelques fragilités au fil de l'intrigue à l'exemple de sa propension à consommer de l'alcool avec excès.

     

    Dans cette exploration du passé, Elona va s'interroger sur le comportement de sa mère qui n'a jamais voulu revenir dans son village natal et qui s'est suicidée en se tirant une balle dans la tête, mais également sur d'autres membres de sa famille comme sa grand-mère qu'elle n'a jamais connue. Mais outre l'exploration de la maison familiale, c'est en interrogeant les habitants du village qu'elle trouvera des réponses dans l'ensemble de mystères qui entourent les membres de sa famille. C'est l'occasion pour l'auteur de nous offrir une galerie de personnages mutiques comme Emilien ce vieux paysan renfrogné qui observe le comportement de sa nouvelle jeune voisine, ou John, un vieillard étrange, passionné de western, qui en sait plus long qu'il ne veut bien le dire sur les drames qui ont marqué le village, particulièrement durant la seconde guerre mondiale et bien évidemment Annie, la patronne de l'unique bar du village, possédant une télé étrange bloquée sur une chaîne musicale diffusant des clips des années 80.

     

    Oscillant entre le huis-clos d'une maison sombre et cette évasion dans une nature foisonnante entourant le village, on apprécie avec Nos Secrets Jamais, le juste équilibre d'un récit subtil, intelligemment mené nous conduisant vers la découverte de drames qui ont marqué cette famille qu'Elona apprend à connaître afin de s'émanciper d'un passé qui semble l'avoir marquée plus qu'elle ne saurait l'admettre.  Tout en délicatesse et en puissance, un récit envoûtant.

     

     

    Cyril Herry : Nos Secrets Jamais. Editions du Seuil/Cadre Noir 2020.

     

    A lire en écoutant : Les Nuits Blanches de Daran & Les Chaises. Album : Huit Barré. 1994 WEA Music.

  • NOELLE RENAUDE : LES ABATTUS. MURMURES ET RUMEURS.

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    Capture d’écran 2020-04-12 à 09.46.40.pngQuel que soit le genre littéraire dans lequel on se cantonne et bien au-delà du fait de lire une quantité astronomique de romans, ce qu’il y a de réjouissant avec la lecture c’est d’être constamment surpris aussi bien par l’intrigue, notamment dans le domaine de la littérature noire, mais également par le style ce qui se révèle bien plus ardu avec cette sensation que tout a été créé dans le domaine et qu’il ne reste guère de possibilités innovantes en matière d’écriture. Pourtant on ne compte plus les voix dissonantes qui nous interpellent et qui nous dérangent parfois en nous sortant de notre zone de confort à l’exemple de James Ellroy (Le Dahlia Noir, Rivages/Noir 1988) ou de David Peace (1974, Rivages/Noir 2002) pour ne citer que quelques exemples emblématiques contemporains qui ont marqué le roman noir. Bien moins médiatisés et probablement moins excessifs, des auteurs comme Andrée A. Michaud (Bondrée, Rivages/Noir 2016), Pierre Pelot (Braves Gens Du Purgatoire, éditions Eloïse d’Ormesson 2019), Eric Plamondon (Taqawan, éditions Quidam 2018), Gilles Sebhan (Cirque Mort, éditions du Rouergue 2019), Kent Wascom (Le Sang Des Cieux, éditions Christian Bourgeois 2013)  ou Frédéric Jaccaud (Hécate, Série Noire 2014) ont également contribué à cette diversité en matière de style avec une écriture à la fois dissonante et surprenante, s’accordant à merveille avec les sujets parfois dérangeants qu’ils abordent au gré de leurs sombres récits. Loin d’être exhaustive, on pourra désormais ajouter à cette liste le nom de Noëlle Renaude, dramaturge française, qui nous livre avec son premier roman noir, Les Abattus, un récit déroutant qui s’articule autour d’un individu étrange dont la vie terne est ponctuée d’une singulière somme de faits divers frappant son entourage.

     

    De 1960 à 1983, dans une petite ville de province, un jeune homme désincarné chronique dans son journal une vie sans fard au sein d’une famille aussi pauvre que dysfonctionnelle. Pourtant à mesure qu’il se raconte, on décèle quelques événements morbides qui ponctuent son existence comme le braquage dans lequel son frère est impliqué ou le meurtre de ses voisins. Et puis il y a ces flics et ces malfrats qui rôdent en se demandant s’il n’est pas en possession du butin que son frère lui aurait confié. Mais indifférent au monde qui l’entoure, le narrateur poursuit une existence morne tout en côtoyant une étrange journaliste qui s’interroge sur ces faits divers jusqu’à ce que qu’elle finisse par être victime d’une noyade. Et puis soudainement, le journal s’interrompt marquant la disparition brutale de celui que son entourage considère tour à tour comme une victime ou un suspect. Mais sait-on seulement s'il y a un lien entre tous ces faits divers ? 

     

    Avec cette chronique d’une France ordinaire, Noëlle Renaude décline une succession de faits divers qui vont survenir dans le cours de la vie de ce personnage désincarné dont on ne connaît ni le nom, ni même le prénom en insufflant au texte ce sentiment d’étrangeté qui contrebalance avec la banalité de cette vie morne, presque déprimante au sein d’une famille frappée durement par la pauvreté dont on découvre toute la panoplie de dysfonctionnements sociaux qui vont avec. En parcourant cette première partie qui se décline sous la forme d’une espèce de journal où le jeune narrateur relate, avec une froideur qui fait frémir, tous les événements qui ponctuent son existence, on ne peut s’empêcher d’éprouver une espèce de fascination pour cet individu dont on ne sait pas vraiment quoi penser. Simple spectateur des faits divers qui frappent son entourage, ou manipulateur machiavélique, tout l’enjeu de l’intrigue réside dans le rôle que joue cet étrange narrateur qui semble totalement dépourvu de sentiment. Avec le regard distant de ce singulier protagoniste, le lecteur découvre cette dichotomie propre au roman noir au moment où la banalité du quotidien est soudainement bousculée par l’impact du fait divers en tentant vainement de faire le lien entre les multiples événements qui jalonnent son existence à l’instar du meurtre sanglant de ses voisins ou du braquage dont son frère est l’instigateur et avec lequel il entretient d’ailleurs des rapports ambigus. Au cours de cette chronique du quotidien, on découvre également les petites veuleries et les petites trahisons de toute une galerie de personnages qui gravitent autour du narrateur avec cette impression de mesquinerie et de secrets dérisoires que chacun d’entre eux semblent détenir et vouloir préserver à tout prix, comme une espèce de bien précieux comme cela semble être le cas avec Max, le beau-père de l’auteur du journal, ou Rachel, cette journaliste énigmatique qui s’acharne à vouloir éclaircir les zones d’ombre du meurtre des voisins du narrateur qui semble être un témoin-clé. 

     

    Avec le décès de la journaliste que l’on retrouve noyée et la disparition soudaine du narrateur, Noëlle Renaude entraîne le lecteur dans une seconde partie qui apporte autant de confusions que de réponses en adoptant le point du vue des différents protagonistes qui ont fréquenté cet étrange jeune homme que tous s’accordent à définir comme refermé sur lui-même. Comme une toile d’araignée savamment élaborée, on découvre ainsi bon nombre d’interactions et de liens surprenants entres plusieurs personnages au gré de certaines interprétations qui se révéleront, pour quelques unes d’entre elles, complètement biaisées. On navigue ainsi toujours dans le doute quant au déroulement des multiples faits divers qui ont marqué certains des protagonistes, ceci d’autant plus que flics et enquêteurs amateurs ne parviennent pas à trouver d’explications au sujet de la disparition du jeune homme et de corrélations entre les multiples événements qui ont jalonné sa vie. Il faut dire que l’on côtoie des femmes et des hommes résolument ordinaires qui n’ont absolument pas le profil d’enquêteurs chevronnés qui seraient dotés de facultés hors norme en matière d’investigation. C’est bien le coup de génie de Noëlle Renaude de faire en sorte que le quotidien, que l’ordinaire reprennent le dessus au détriment de toute velléité de résoudre ces singulières affaires qui sombrent dans l’oubli.

     

    On baigne ainsi dans un environnement glauque et déprimant où la résignation semble être le mot d’ordre qui frappe l’ensemble de protagonistes choisissant de reprendre le banal cours de leur triste existence tandis que dans une troisième partie prenant la forme d’un épilogue, Noëlle Renaude donne la parole aux morts ou plutôt aux fantômes qui vont finalement nous éclairer sur le destin de certains des personnages principaux. En adoptant cette dimension surréaliste, la romancière met ainsi en lumière quelques quiproquos et quelques éléments surprenants qui vont nous permettre d’avoir un vision saisissante sur l’ensemble d’un récit se révélant finalement bien plus terrible qu’il ne le laissait paraître.

     

    Nouvelle voix originale, sortant du registre habituel du roman noir à caractère social, Noëlle Renaude nous livre avec Les Abattus un récit âpre à l’atmosphère à la fois poisseuse et cafardeuse qui s’inscrit dans le quotidien ordinaire d’individus troublants qu’elle met en scène avec un indéniable talent autour d’une succession de faits divers singuliers. Une réussite.

     

    Noëlle Renaude : Les Abattus. Rivages/Noir 2020.

     

    A lire en écoutant : Les Souvenirs de Léo Ferre. Album : L’Espoir. 1974 Barclay.